A la découverte du monde à 20km/h…

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Chapitre 13: Dakar à la mode sédentaire

 »’C’est qui? C’est Diallo! »

Voilà, me voici enfin à Dakar! 5’600km, 80 jours, 6 pays et une crevaison après mon départ de Lausanne, je boucle la première véritable étape de mon périple!

En arrivant à Dakar, je retrouve ma famille, les Diallos.  »Comment ça, William est africain?! » me direz-vous. Pour faire vite: Sandrine, une cousine lointaine a épousé il y a une vingtaine d’année Karim. De leur union sont nées deux filles Maïmouna et Julie qui ont à peu près mon âge. La dernière fois que je les ai vues, c’était il y a une dizaine d’années, et je suis très excité à l’idée de les revoir! En revanche, je n’ai aucun souvenir de Karim, je crois ne l’avoir jamais rencontré. Savoir que je vais retrouver de la famille, même éloignée, m’a souvent servi de carotte pour avancer durant ces dernières étapes. Merci aux aïeules pour cette famille tentaculaire!

Une fois arrivé dans la ville de Dakar, je demande le quartier de Hann Mariste. Un mécanicien qui rentre chez lui à vélo me guide sur plusieurs centaines de mètres. Ensemble, nous slalomons entre les voitures et les nids de poules. Une fois dans le quartier en question, j’appelle Sandrine: il faut que je me rende auprès d’un certain rond-point. Là, elle viendra me chercher. Bien sûr, je me trompe de rond-point, mais une chose assez incroyable se produit. Alors que j’attends sagement, une voiture s’arrête à ma hauteur, et un type sort sa tête par la fenêtre:  »Eh vous, vous-êtes qui? Es-tu William? ». Je le dévisage, et sa tête ne me dit rien. Je me demande qui peut bien  me connaître à Dakar ? Certes, je vais devenir une célébrité, mais ce n’est pas encore le cas! Comme le monsieur ne ressemble pas du tout à Sandrine (eh oui, c’est un homme et il est noir, Sandrine est une femme et elle est blanche -> je suis un très bon observateur), je lui dit que je cherche un certain Karim. Aussitôt, sont visage se fend d’un grand sourire et m’affirme être ce même Karim. Je me méfie, j’ai rencontré pas mal de gens qui essayaient de se faire passer pour je ne sais quelle connaissance lointaine dans le but de me soutirer quelques sous. Heureusement, très vite, Karim dit le mot de passe  »Aaaah, William, tante Geneviève (ma grand-mère) m’a prévenu de ton arrivée, mais je ne savais pas que t’étais déjà à Dakar, quel hasard de se rencontrer comme ça! »

Eh oui, quel hasard. J’étais à plus de 2km du lieu de rendez-vous fixé par Sandrine, et Karim, qui ne me connaît pas, rentrait du boulot et n’était pas averti de mon arrivée imminente. Ainsi, c’est en suivant la voiture de Karim que je rejoins la maison des Diallos. Accueilli comme un des leurs, je vais y passer deux semaines  avant de m’envoler vers l’Amérique Latine!

Dakar

Les premiers jours passés chez les Diallos se déroulent sous le signe de la paresse. Alors que j’avais envie de visiter la Casamance et la Gambie, chaque jour je me réveille avec un objectif journalier bien plus singulier: attendre le prochain repas. Mais attention, je me lève tôt, coupe du monde de Rugby oblige! Les demie-finales débutent à 7h30, heure sénégalaise. A l’heure dite, je suis en place devant la télé, la tête dans le cul certes, mais bien décidé à rattraper mon retard. En effet, la dernière partie que j’ai pu suivre était… Italie – Russie alors que je me trouvais encore à Tan-Tan: ça fait un bail!

Donc me voilà bien en place, un bol de chocolat au lait en face de moi. Coup d’envoi, Pays de Galles – France, ça promet d’être serré! 10minutes s’écoulent et d’un coup, plus de ventilo, la télé s’éteint. Noooooooooooooon! Coupure de courant……. Pendant mon interminable attente, la maisonnée se réveille peu à peu, Karim et Sandrine peuvent ainsi assister à mon interminable attente! Mon frère me tient au courant par SMS, mais soudain, miracle, alors que je croyais la partie terminée, ma grasse matinée sacrifiée inutilement, la télé se rallume! Je peux enfin m’enfoncer dans le canapé et assister à la dure victoire du XV de France. Cette place en finale face aux All Blacks rajoute du suspens à mon séjour sénégalais. Dans une semaine, je devrais trouver une télévision captant TF1…

Durant cette première semaine à Dakar, certes, je ne suis pas aussi actif que je l’avais prévu, mais je parviens quand même à découvrir la ville. Maïmouna me fait découvrir l’entier du quartier des maristes de nuit, me présente à plusieurs de ces copains sénégalais. Sandrine me fait découvrir de jour ce même quartier qui a alors des allures totalement différentes.

Souvent je prends mon vélo pour me rendre dans le centre-ville. Au total, je fais plus de 100km dans Dakar. Je peux constater avec fierté que j’arrive en seulement quelques paroles fermes mais polies à éloigner les vendeurs ambulants qui ont une réputation terrible dans tout le pays.  »Tu verras, ils te suivent parfois pendant 20 minutes » m’avait-on dit. Mes semaines d’entraînement marocaines m’ont bel et bien été utiles. Je me rends aussi au bout du Cap Manuel pour y contempler tranquillement l’océan que je m’apprête à survoler…

Entre Interview et conférences

Karim et Sandrine travaillent au sein du groupe scolaire Marc Perrot (Karim est le big boss) qui réunit des élèves allants de la maternelle au Lycée dans deux établissements. Il me propose de présenter mon voyage devant certaines classes avec l’aide de Naomi, une volontaire qui s’occupe de l’atelier bibliothèque (entres autres). Ensemble, nous mettons sur pied une conférence adaptée à chaque niveau. A chaque fois,  je montre mon vélo chargé, et quand l’électricité est au rendez-vous, je projette certaines de mes photos. Moi qui n’ai aucune expérience pédagogique, je découvre les joies de  »l’enseignement »! Pas facile de captiver son auditoire quand un professeur s’amuse dans mon dos à filmer l’assemblée et à projeter le tout en direct sur un écran TV!

Les enfants sont enthousiastes. Ils me serrent la main quand j’entre dans la cours de l’école, m’interpellent quand ils me croisent dans la rue et écrivent de gentils commentaires sur mon site. J’espère que, outre leur avoir fait louper une heure de maths ou de français, je leur ai permis de voyager un peu et donner  l’envie  de partir à la découverte du monde…

Grâces aux contacts de Karim, je rencontre aussi un journaliste qui me fait interviewer par une jeune stagiaire. Ainsi, je me rends un soir aux bureaux du journal Le Soleil. Je me fait photographier sur mon vélo, et répond aux questions de ma jeune interlocutrice. Le rendu est flatteur et correspond bien à ce que j´ai dit pendant l’interview. Le tout occupe une page entière du supplément de l’édition du week-end et comporte trois photos de moi. Suite à cet article, Karim m’appellera  »la vedette » jusqu’à mon départ.

Trip en Toubab style avec Julien

Vous vous rappelez de Julien de Saint-Louis? C’est le français qui était dans la même auberge que moi et qui ne parvenait pas à connaître la date de sa rentrée universitaire. Eh bien, les profs ne se décidant pas à commencer leurs cours,  il me contacte pour me proposer un trip vers la Casamence! Malheureusement, je n’ai que 3 à 4 jours de disponible, ce qui est trop peu. Nous décidons de nous rendre dans le delta du Siné-Saloum, un peu plus près, et aussi très joli. Nous commençons notre voyage depuis M’Bour où nous nous retrouvons dans une petite auberge tenue par une… Suissesse! Lors de la soirée passé dans cette ville de la Petite Côte, nous constatons la popularité de la région au sein des consommateurs de sexe. Rien qu’au restaurant où nous nous rendons, à chaque table se trouve un toubab (homme ou femme) relativement âgé, en compagnie  de deux noirs qui ne sont pas là pour leur propre plaisir…

La première étape de ce long week-end est  »la forêt de Baobab »! Nous retrouvons Marie (cf. chap 12) devant une agence tenue par un de ses amis qui propose des tours en… Buggy! Allez, ça fait pas de mal de retomber sur les rails du tourisme conventionnel, me voilà parti pour une matinée de rallye. Attention, si nous roulons à fond la caisse pour rejoindre chaque point d’intérêts, les stops sont tous très intéressants, et notre guide nous apprend plein de chose sur la faune, la flore, les us et coutumes des habitants de la région. Nous pénétrons même à 5 à l’intérieur d’un baobab creux! Bilan: expérience enrichissante en plus d’être amusante. Ouf, au départ nous avons craint le pire avec Julien!

La deuxième étape. Ndangane et le détroit du Siné-Saloum. A moins de 200km de Dakar, le changement de décor est total. Après avoir changé plusieurs fois de bus, pris deux taxis, traversé des villages perdus et emprunté des pistes délaissées, nous arrivons à Ndangane. C’est depuis cette petite ville au bord de l’eau qu’il est possible de partir explorer le delta à bord d’une pirogue. Nous faisons la connaissance d’Obi No Mag qui nous propose de faire un tour d’une demie-journée pour un prix plus que raisonnable. Nous acceptons. Cette après-midi, à s’enfoncer dans les botongs, sortent de canaux  serpentant au coeur de la mangrove, est forte sympathique. Nous nous arrêtons aussi sur la belle et grande île de Mar Lodj, où il n’y a, comme à Zermatt, aucune voiture.

A Ndangane, c’est ultra galère de trouver une tv pour regarder la finale de la coupe du monde de rugby. Je me lève à 7h pour faire du porte-à-porte, d’auberges en auberges, de petits hôtels en petits hôtels. Aucun établissement n’a TF1… Heureusement, Marie qui est restée à M’bour me tient au courant du score en temps réel via SMS, merci Marie!

Troisième et dernière étape: Retour sur Dakar et visite de l’île de Gorée. Cette île, à seulement 20minutes de bateau contraste drastiquement avec l’agitation de la capitale. Ici les gens sont posés, accueillants et souriants. Gorée est connu pour sa maison des esclaves, symbole fort rappelant au monde l’horreur de la déportation et du commerce triangulaire. La visite de cette petite maison où pouvait s’entasser jusqu’à 200 personnes me rappelle aussi l’horreur des camps de concentrations européens. On est vraiment des salauds, nous les humains…

A Gorée, Julien et moi trinquons une dernière fois. Au sommet de l’île, en contemplant le soleil  qui se couche derrière Dakar, nous buvons notre dernière Gazelle, la bière locale que nous buvions tout le temps à Saint-Louis. Ces quelques jours de voyage en sa compagnie étaient sénégalaisement très sympathique! Rendez-vous en Europe dans un an, autour d’une même Gazelle, hein Julien!

Dakar, suite et fin

Mardi 25 octobre, me voilà donc de retour à Dakar pour préparer mon départ. En vérifiant mon heure de départ sur internet, je réalise que mon avion part 24h plus tôt que ce que j’avais noté. Course contre la montre: je pars le lendemain! Après une chasse au carton dans tout le centre-ville, je parviens à trouver de quoi emballer mon vélo. A grand renfort de Scotch, je parviens à faire rentrer ma monture dans un vieux carton de réfrigérateur. Ouf, tout est prêt à temps! Le carton est immense, et c’est grâce à Maïmouna et ses contacts que je peux vous écrire depuis Rio. En effet, car sans elle, jamais je n’aurai trouvé quelqu’un pour le transporter jusqu’à l’aéroport!

Mon séjour en Afrique est terminé, je suis heureux d’avoir refait la connaissance de ses cousines éloignées. Maintenant, cap sur Rio où de nouvelles aventures – d’un autre genre – m’attendent.


Chapitre 12: Teranga sénégalaise

Premiers instants sénégalais

Après trois semaines de désert, le vert du Sénégal est le bienvenu. Le premier barrage de police m’annonce néanmoins la couleur : ce n’est pas avec les autorités que je ferais ami-ami, celles-ci étant bien plus austères qu’en Mauritanie !

En me dirigeant vers Saint-Louis, je rencontre aussi beaucoup plus de monde, les villages que je traverse étant toujours plus peuplés et animés. Les maisons en terre et les huttes ont remplacé les tentes des nomades : changement de décors !

Mes premiers kilomètres sénégalais se font en compagnie d’Aliou. Il s’agit d’un jeune sénégalais de 16ans, parti faire une course à 40km de chez lui sur son vieux VTT. Ensemble, nous parcourons une trentaine de kilomètres, nous arrêtant de temps en temps à l’ombre d’un arbre ou dans un village pour remplir nos gourdes. Aliou est très mature pour son âge. Issu d’une famille pauvre, il sait que la seule clé pour évoluer et sortir de sa condition est l’éducation. En fin de journée, nous nous séparons. Merci Aliou d’avoir accompagné mes premiers coups de pédale au Sénégal !

A l’heure du bivouac, je renoue avec les précautions élémentaires pour ne pas être repéré. Dans le désert, je ne pouvais pas trop me cacher, et je m’en moquais, mais là, je ne veux pas être importuné par les curieux d’un possible village voisin ou par quelques voleurs de vélos pendant la nuit. Ainsi, je m’élance d’un coup hors de la circulation pour rejoindre un petit bosquet à 500m de la route. Une fois à l’abri de la végétation, j’attends l’arrivée de la nuit pour monter ma tente. En attendant, j’écris dans mon carnet et je prépare  mon repas du soir. Barrero, mon collègue cyclo-espagnol qui aimait beaucoup la discrétion serait fier de moi (cf. chap 2) !
J’aurais certainement pu « trasher » et arriver à Saint-Louis le soir même, mais je tenais à faire connaissance avec la terre sénégalaise via cette première nuit à même le sol. Ce que je n’avais pas pensé, c’est d’être si vite présenté aux moustiques locaux. Aussitôt la nuit tombée, ils pullulent autour de ma tente ! Je finis ma platée de pâtes en quatrième vitesse, temps pis pour la vaisselle, je la ferais demain à Saint-Louis !

Saint-Louis

M’étant couché à une soixantaine de kilomètres de Saint-Louis, la ville exerce dès le matin son pouvoir d’attraction. Je ne prends pas mon petit-déjeuner, comme je le fais d’habitude, à proximité du campement après avoir rangé mes affaires. Cette fois-ci je charge mon petit paquet de céréales sur ma sacoche de guidon et les manges tout en roulant. Expérience concluante, j’arrive à effectuer 10km de la sorte !

Peu à peu, le nombre de voiture s’accroît, les foules sur le bord des routes sont toujours plus denses, les nids de poules encore plus profonds, et soudain le fameux Pont Faidherbe ! Tel une Tour Eiffel couchée en travers du fleuve Sénégal, ce long pont métallique me permet de rejoindre l’île de Saint-Louis où je vais séjourner cinq jours.

Cette ville est parfaite pour l’acclimatation à l’Afrique Noire. Après plusieurs semaines de Maghreb me voilà réellement dans le vif du sujet. J’entre dans un autre monde, mes yeux sont grand ouverts, c’est la découverte totale. Je suis certes déjà allé en Afrique du Sud et au Kenya, mais de par mon mode de transport, je me trouve complètement immergé dans la culture et la société sénégalaise et les rencontres se font nombreuses.

Aussitôt arrivé sur l’île de Saint-Louis, je m’installe à la terrasse du premier café venu pour finir mon petit-déjeuner. En forme et de bonne humeur je me dirige ensuite vers l’auberge de jeunesse de la ville où je vais poser mes sacoches pour quatre nuits.
L’adjectif qui correspondrait le mieux à la ville de Saint-Louis  est PAISIBLE. En effet, dans cette ville terminus de l’aéropostale, on est loin de la vie trépidante et stressante de Dakar la capitale ! Pendant ces quelques jours, je fais la connaissance de Julien et Marie deux jeunes français, futur étudiants en sociologie à l’université de la ville. Par leur intermédiaire, je découvre les joies de la bureaucratie sénégalaise. En effet, chaque matin je les verrais partir sur le campus afin de tenter de décrocher un logement, mais surtout de connaître la date de la rentrée scolaire qui est imminente !

Julien est présent sur place depuis déjà plusieurs jours, du coup c’est lui qui me fait visiter la ville. Ensemble nous rencontrons plusieurs personnes sympathiques. Aziz par exemple, qui tient une petite boutique de bijoux et de sculptures, nous invite tous les soirs à venir faire une partie d’Azalée devant son magasin. Avec un autre Aziz, nous allons boire un verre en attendant un concert qui ne viendra jamais au Quai des Arts. Finalement, avec les personnes gravitant autour de l’auberge, nous passerons des heures à parler de la politique et de l’avenir du pays. Les élections présidentielles de février prochain préoccupent : Wade va-t-il oser se représenter ?

Après ces quelques jours de repos, je prends une dernière fois la route pour…

Dakar

260km me séparent de mon terminus. A l’origine, je voulais les savourer et prendre le temps de m’arrêter dans les villages et de bivouaquer sur la route entre les baobabs. Mais Dakar m’attire ! Comment flâner en étant si près du but ? Le pouvoir d’attraction de Dakar est trop fort, j’y arrive en deux jours. Ces derniers kilomètres du parcours sont marqués par les sourires et les marques de sympathie des gens que je croise sur la route. La Teranga sénégalaise, cet art de l’accueil, je l’expérimente aussi en route. A Louga, alors que je cherche une gargote pour ingurgiter une platée de riz, Ibrahim, un enseignant de l’école de la ville, m’invite dans sa demeure pour partager son repas.

L’arrivée sur Dakar est digne d’un rodéo urbain. Les voitures foncent, se doublent, me frôlent, la route est étroite. Tel une barque dans une mer agitée, je lutte pour ne pas chavirer. Chaque cinq secondes, quand un camion me dépasse au quadruple de ma vitesse, la masse d’air qui le suit me percute, me chahute, me fait perdre le nord pendant quelques instants. Aussitôt je m’emploi à redresser la barre, si je m’éloigne trop de mon cap, la prochaine déferlante risque de me frapper de plein fouet ! Je tiens bon, je ne chavire pas !

C’est sportif d’arriver ainsi dans une mégapole ! De plus, la poussière dégagée par ces monstres ambulants me bouche les narines, me pique les yeux. Je trouve la solution en enroulant mon chèche autour de ma bouche et en enfonçant mon chapeau jusqu’à mes lunettes de soleil. Ainsi vêtu, je m’amuse à fixer les gens sur le bord des routes qui détournent aussitôt les yeux ! Je fais peur, on me laisse tranquille !

Finalement, après 80 jours de vélo et plus de 5’600km de vélo à travers la France, l’Espagne, le Maroc, le Sahara Occidental, la Mauritanie et le Sénégal, je dépose mes sacoches dans la cour de la famille Diallo, ma famille…

à suivre …


Chapitre 8: Du Toubkal…

Retour à Marrakech. Ces jours de repos m’ont fait du bien, je suis motivé, mais je ne me fais pas d’illusion, je sais qu’à tout moment je peux replonger dans l’ennui. A moi de trouver les moyens pour éviter que ça se reproduise!

Tout d’abord, en route pour le Haut-Atlas! Durant la première partie du voyage, j’ai réalisé que j’avais besoin de faire des marches; même si je ne fais pas de randonnées très régulièrement en Suisse, je sens qu’ici ça me manque.

Ainsi, de Marrakech à 450m je monte jusqu’à Imlil, 1’740m, petit village au départ des principaux treks que le massif propose. L’ambiance montagnarde me plait, même si on sent l’influence citadine de Marrakech. Je plante ma tente dans le jardin du refuge du club alpin…français. Tenu par une Française d’une soixantaine d’années, il s’apparente plutôt à une auberge de jeunesse. Le vrai refuge, toujours du CAF, il est là, en-haut, dans les rochers à 3’200m. Le lendemain, 1’400m plus tard, j’y arrive. Il est midi à peine. J’ai bien marché sur ce chemin ou cohabitent muletiers et trekkeurs européens. Heureusement qu’ils cohabitent car ces mules transportent toutes les affaires de nombreux marcheurs qui partent trekker plusieurs jours en compagnie d’un guide. Pour avoir rencontrer quelques uns de ces petits groupes, j’en arrive à la conclusion que ça doit être bien sympa d’évoluer ainsi, et de découvrir l’Atlas avec l’aide d’une personne qui en connaît un rayon sur l’histoire, la géographie et les us et coutumes de la région.
Au refuge, le vrai (3’200m), je dépose mes quelques affaires (puisque je n’ai qu’un petit sac de 10L avec moi, je n’ai quasiment rien), je mange un peu et commence à me prélasser et à discuter avec les autres trekkeurs. Il est 14h et je décide quand même d’aller explorer la vallée, et tenter d’apercevoir le Lac d’Ifin depuis un col. Je ne pars qu’avec mon appareil photo, de l’eau et un pull. Très vite je me rend compte que j’ai pris le mauvais chemin: je suis en train de monter vers le Toubkal! Tant pis, je me le réservais pour le lendemain, mais si dieu le veut…  »Inch Allah »!
J’entame donc la montée dans le pierrier, et… ça glisse! Peut importe ce que peut dire Murielle, grande militante anti-bâtons de marche, ici ils auraient été utile!

J’arrive au sommet vers 16h00. Je suis a 4’167m et je suis parti d’Imlil 8 heures plus tôt à 1’700m. En 6 heures de marche les 2’400m de dénivelés je les sens. Le manque d’oxygène me monte à la tête et j’ai un peu l’impression d’être sur un nuage. Comme qui dirait: « c’est un peu comme avoir fumé un demi-joint en prenant du poppers ». La vue est superbe. Ça vaut vraiment le détour! Je vois des montagnes arrondies, basses et très jaunes à l’Est, et des géants plus anguleux à l’Ouest. Au Nord on peut deviner Marrakech dans les nuages, et au Sud… encore des montagnes. Pour le Sahara il faudra attendre un peu!

J’arrive à rentrer juste avant la nuit, et surtout juste à temps pour le repas! C’est marrant, on se croirait dans un refuge au cœur du Valais: les cartes sur les murs, le piolet au dessus de la cheminée, mais ce soir on mange…de la tajine! On ne trouve pas des roestis ou des croûtes au fromage partout! 😀 Durant le repas je fais connaissances avec deux trios de Polonais et de trois jeunes Marrakechis venus 4 jours en vacances dans l’Atlas. Avec eux je discute pas mal. Ils parlent assez bien français et l’un deux est même allé quelques mois en Bretagne pour faire un stage d’agronomie. Dans le dortoir en revanche, je tombe sur trois Irlandais de 60 ans. Ils ont fait le Mt-Blanc et le Kilimanjaro, et cette année c’est le Toubkal. Eux, ce sont des vrais, le brandy coule à flot!

Le lendemain, après une nuit agitée et courte (pleine lune?), je repars vers le col d’où je peux apercevoir le fameux Lac d’Ifni. Il parait que sa couleur est exceptionnelle. Du haut du col, à 3’600m, je l’aperçois, mais rien de si exceptionnel. Je pense qu’il faudrait s’en rapprocher et s’y baigner pour apprécier.

Je redescends donc d’une traite jusqu’à Imlil. Les jambes en coton après 2’000m de descente, j’arrive dans le village et entend « William, William! » Mes trois amis marrakechis du refuge m’invitent à leur table et ensemble nous partageons une tajine à la manière où en Suisse on aurait partagé une fondue après une jolie course en montagne. Il faut que je prenne des forces car demain je reprends la route en direction du fameux col Tizi N Test….à suivre, tatatam!!


Chapitre 6 : « Eh m’sieur, ça va ? »

Tnine-Serafah 

Je quitte donc Chefchaouen avec le sourire, en espérant que le moral va rester au top. La route que j’empreinte traverse des régions très peu visitées (qui est déjà allé à Ouezzane, ou à Tnine-Serafah ?), et partout autour de moi se trouvent des bergers (enfants ou vieillards) accompagnés d’un petit cheptel d’une vingtaine de moutons. Tous me saluent avec le sourire et des « Eh m’sieuuuuh, ça va ? » amicaux fusent autour de moi. Lorsque je m’arrête pour acheter à manger dans une petite ville, les commerçants s’inquiètent de mon itinéraire, demandent d’où je viens, et me vendent leurs produits pour la première fois à des prix raisonnables que je n’ai pas besoin de négocier ! La gentillesse des gens couplées aux beaux paysages que je traverse font que je suis de bonne humeur !

Je pédale jusqu’au soir et je me dis qu’au coucher du soleil, je m’arrêterai dans un quelconque resto pour y manger de la Harira, la soupe de lentille très consistante, parfois agrémentée de viande et de pois chiches que tout le monde mange à la fin du jeûne. Ainsi, je débarque dans un café d’une station service après 100km de route. Je m’installe à une table et attend tranquillement l’appel des minarets signifiant qu’on peut commencer à manger. Mais j’ai mal choisi mon endroit, ce n’est pas un restaurant mais juste un café ! Heureusement, le gérant ainsi que 2-3 de ses amis ou collègues m’invitent à leur table et je mange en leur compagnie une très bonne Harira accompagné de plusieurs petits plats à partir de viande et de pommes de terre ainsi que de dattes et de Chebakia (les fameuses friandises au miel que je mange à longueur de journée).

Bien sûr, quand je veux repartir, il fait nuit. Après quelques kilomètres pour sortir de cette petite agglomération, je sors de la route pour essayer de trouver un endroit discret pour planter ma tente. Alors que je pense avoir trouvé un endroit compatible avec mes attentes, deux personnes s’avancent vers moi. Je leur demande si ça les dérangent que je campe ici. Je ne comprends rien à ce qu’ils me disent, mais ils insistent pour que je les suive : Inch Allah, j’y vais. Nous nous enfonçons dans la nuit noire, en nous éloignant de la route. Après quelques minutes de marche, nous arrivons aux abords d’une maison. Ils m’invitent alors à pénétrer dans la cours intérieur où une femme lave du linge, où un enfant de 1 ou 2 ans gambade et ou deux chiens semi-sauvages aboient sans discontinuer. Apparemment, ces deux hommes m’invitent à passer la nuit dans leur demeure, et à la lueur d’un lampion, je découvre leurs visage et comprends enfin leurs noms : Badr, Norde. Ils sont frères, ont une trentaine d’année, et ne parlent pas un mot de français, d’anglais ni d’espagnol. Aussitôt, ils insistent pour que je m’asseye dans la salle principale : une longue pièce de sept mètres sur trois de large bordée de coussins ou de couvertures et avec une armoire pour seul et unique meuble. Aussitôt, un troisième frère, Driss qui est l’aîné, arrive avec un plateau-repas digne des grands restaurants : Harira, petits poissons frits qui se mangent comme une glace-esquimau en les tenants par la queue, salade verte et tomates incroyablement bien assaisonnée. Je suis très touché par leur gentillesse ! Ils insistent pour que je mange tout, malheureusement ce deuxième dîner consécutif est plus difficile à caser dans mon estomac. J’invoque des problèmes intestinaux pour justifier le fait que je ne mange pas tous les petits poissons. Je tente de leur proposer quelques dattes et Chebakia, mais ils ont déjà mangé, et se contentent de me regarder. Pendant ce temps, le petit Mohammed, le fils de Driss, s’est soudainement endormi face contre terre. Quand on le découvre ainsi à nos pieds, on éclate tous de rire, et Driss sont père se charge d’aller le coucher.

Pendant tout le repas, Badr, Norde et Driss ne disent rien, mais quand j’éloigne le plateau, la peau du ventre bien tendue, commence alors un dialogue hasardeux, fait de sourires, de gestes et de 2-3 mots arabes, français et espagnols prononcés en vain pour essayer de faire passer un message que l’autre fera, par politesse, mine de comprendre. Heureusement, j’ai un livre pour apprendre l’arabe qui comporte un petit lexique : « L’arabe pour les nuls ». Je sors mon album photo comportant les photos de ma famille et de mes amis et les leur présentent grâces aux quelques mots tirés de ce bouquins. Badr porte un maillot du FC Barcelone (très populaire dans toute cette partie du Maroc : environ un enfant sur trois que je croise porte un maillot de cette équipe !), du coup on prononce les noms des stars barcelonaises que sont Messi, Iniesta, Villa et Xavi, on rigole en évoquant la coiffure de Puyol, et on fait des grimaces en évoquant le Real de José Mourinho et de Ronaldo. L’avantage du foot, c’est qu’on peut en parler dans toutes les langues !

Finalement, je me couche par terre sur mon tapis de sol, couvert par les couvertures mises à ma disposition. Alors que je suis installé bien confortablement, Badr et Norde reviennent dans la pièce avec un bouquet de Cannabis, qu’ils trient et réduisent en poudre à quelques dizaines de centimètres de ma tête mais en silence. Dans le rif marocain, la culture du cannabis est une affaire de famille !

Kenitra

Les adieux avec Badr sont émouvants. Je suis touché par le sens de l’accueille de cette famille qui n’a ni électricité ni eau courante. Ils m’ont acceptés comme un des leurs, et ne m’ont rien demandé en échange.

Je reprends la route en direction de Rabat. Les vendeurs ambulants sur le bord de la route sont toujours là, mais la marchandise change. Des figues de barbaries, je passe carrément aux poulets et aux dindons vivants attachés en ligne à une petite corde. En plein soleil toute la journée, ils attendent d’être sélectionnés par un acheteur qui les feront figurer au menu du souper du soir.

Ce même soir, je décide de dormir à 40km de Rabat dans une ville quelconque : Kenitra. Je dégote un camping désertique, peuplé de chats errants, de trois bergers allemands, et d’un touriste sexuel fort sympathique ! En effet, je fais connaissance de Jean-Yves (n.d.l.r : prénom connu de la rédaction), 66 ans, qui vient de passer six mois cette année au Maroc à rendre visite à ses copines de vingt ans réparties entre Tanger et Agadir. « Je suis un peu comme les marins : une dans chaque port ». Il me raconte sont repas de la veille avec sa copine de dix-neuf ans, ainsi que les ébats qui ont suivit. Selon lui, les marocaines ne sont pas aussi prudes et réservées qu’on pourrait le croire, et il parle en connaissance de cause !

Rabat…

La ville de Rabat constitue un point crucial dans mon voyage en Afrique du Nord. C’est en effet dans cette ville que je dois acquérir mon visa pour la Mauritanie, et c’est aussi là que je prends une décision surprenante aux yeux de beaucoup de gens : rentrer en Suisse pour quelques jours. A suivre dans l’épisode 7 !

PS: Pour les photos, je vous donne rendez-vous sur la page facebook intitulée 20kmh.net – Tour du monde à vélo


Chapitre 4bis : Andalousie suite et fin !

En direct du Maroc, voici un condensé de mes derniers jours passés sur le territoire européen. Reprenons là où nous en étions : en Andalousie.

Je pars de Luque avec un gros sourire ! En effet, la voie verte (piste cyclable créée sur le tracé d’un ancien chemin de fer) que je parcours depuis Jaen se poursuit en descendant sur une cinquantaine de kilomètres ! Quand je retrouve la route, après trois jours de pistes cyclables, celle-ci me mène à Teba, un autre village perché qui m’accueuillera pour la soirée : je décide de garer mon vélo devant un bar, et d’y regarder le classico qui fait tant parler la presse sportive mondiale. Ce match de foot me permet de prendre la température des pubs andalous lors des soirs de grands matchs : Je ne suis pas déçu : les cris d’encouragements sont au rendez-vous ainsi que les gentilles vannes lancées aux rares supporters du FC Barcelone en ce fief pro-Real.  A minuit et quelques minutes, la partie se termine ; et c’est dans le noir que je redescends en plaine pour me trouver un champ ou un olivier pour planter ma tente. Chose délicate car je me rends compte que j’ai oublié ma lampe de poche à  l’auberge de Luque…

La journée suivante est magnifique ! Dès le matin, la route monte. Cela fait depuis la veille que les oliviers ont disparu, et j’ai à faire à un paysage très varié dans un premier temps, collineux ensuite  pour finalement devenir franchement montagneux. A midi, je fais étape dans la superbe ville de Ronda, posée au bord d’un gouffre de plusieurs dizaines de mètres et entourée de montagnes. Puis, le soir je rejoins Gaucin perchée à une trentaine de kilomètres du rocher de Gibraltar. J’y rencontre tout un gang d’Anglais avec qui je bois une bière. Ils me conseillent un coin superbe pour dormir ainsi que les villes que je dois impérativement traverser au Maroc, mais surtout, ils me permettent de pratiquer un peu la langue de Shakespeare. Heureusement, car la journée suivante j’atteins Gibraltar !

Gibraltar, 16 août 2011

Ça y est, je passe ma première véritable douane ! Dès la frontière passée, et la piste d’atterrissage traversée (oui oui, comme pour un passage à niveau, il faut attendre que la barrière s’ouvre et que le feu soit vert pour passer), on se trouve plongé en terre britannique ! Livres sterlings, boîtes aux lettres et cabines téléphoniques rouges, Mark&Spencer, boîtes de Beans et de petits pois à tous les rayons, On se croirait vraiment en Angleterre, sauf qu’il fait beau et chaud et que des singes peuplent les rues de la côte Est du rocher !

Je passe 24h en territoire britannique ainsi qu’une nuit fabuleuse sur une petite falaise à 10m au-dessus de la mer, en direction du levé du soleil. Cela épate de nombreux locaux qui se demandent comment je ne me suis pas fait prendre par la police…

Ensuite, je rejoins Tarifa, à l’extrème sud de l’Europe. Après une soirée passée en compagnie de deux jeunes cyclos belges, je prends le bateau pour Tanger au Maroc le  jeudi 18 août 2011, après 2’550km de route depuis la Suisse.

Rien que pour vous, je vous permets d’accéder au film (réalisé par mon frérot) de mes derniers jours en Suisse:


Chapitre 4: Andalousie

Alcaraz: superbe.

J’y arrive en début de soirée après une longue descente. Quand je vois les ruines d’un fort perché sur une colline abrupte je me dis: c’est là que je vais passer la nuit. En effet, après avoir mangé des pâtes à la sauce tomate sur la place du village, j’arrive au sommet de cette colline, juste à temps pour admirer le coucher du soleil. La vue qui s’offre à moi depuis l’endroit où j’ai planté ma tente est à couper le souffle! A presque 1’000 m, je surplombe une plaine rougie par le crepuscule et par une terre acide, riche en fer. Les derniers rayons du soleil donnent à ce paysage des airs de Mordor, bien que, paradoxalement, celui-ci inspire la paix et la tranquillité. Bref, voici quelques photos :

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Jusqu’à 22h, je contemple cette étendue que je traverserai demain. Je repense à ma journée: arrêt à Albacete, longues lignes droites de plusieurs dizaines de kilomètres, et Alba de El Jardìn. Cette jeune serveuse/étudiante en droit montre de l’interet à mon voyage, et demande si elle peut  joindre sa signature à celle de mes amis sur mon t-shirt.

Le lendemain, je rentre au « Royaume des Oliviers ». L’Andalousie est surpeuplée d’oliviers! Au sommets des collines, au fond des vallées, au coeur des villages: des oliviers. Cela fait maintenant 3 jours (J’écris à J28) que je pédale dans ces immensitées et jamais je n’ai passé plus de 5 min sans avoir un de ces arbres dans mon champ de vision.

Malheureusement, les oliviers ne sont pas hauts, et ne procurent pas beaucoup d’ombre. Celle-ci serai la bienvenue. La journée, les températures dépassent régulièrement 40ºC. Entre midi et 15h, la chaleur anéhantit tout. Les locaux sont réfugiés chez eux, les bars et les magasins ferment et moi…. je pédale. Je ne suis pas synchro, et ne m’arrête pour manger sur les places de villages que vers les 14h30-15h. Ce qui fait que j’avale des litres d’eau et de jus de fruits pour m’aider à tenir jusqu’à la prochaine place ombragée.

Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre une demie-journée de pause: je me suis trouvé une petite auberge municipale à 10€ dans la ville de Luque. Les maisons blanches sont accrochées au flanc de la montagne, et se voyent de loin. Les gens que j’ai rencontré jusqu’à présent sont très sympa, et fait unique: ils essayent de parler anglais! Pour l’instant, je n’ai rencontré personne étant d’accord de s’y essayer ! Je voulais profiter de cette nuit en auberge pour descendre dans un bar voir le Clasico Real-Barca, mais erreur de calcul: c’est demain…

Ma prochaine étape, Gibraltar approche à grand pas. Si tout va bien j’y arrive dans 3 jours. J’ai hâte d’arriver en Afrique!


Chapitre 2: Barrero, Vincente et les autres

Sortir de Barcelone: quel défi! Je savais qu’entrer et sortir des grandes villes n’est jamais une chose aisée, mais je ne m’attendais pas à me trouver sur une autoroute à 2x 4 voies! Au début, ça fout les boules, mais la bande d’arrêt d’urgence est large, et je m’y sens bien plus en sécurité qu’en équilibre sur la bande blanche de certaines départementales françaises. Après une cinquantaine de kilomètres, à Sitges, je décide de m’arrêter. Cette demie journée de vélo avait comme objectif de me sortir des tentacules de Barcelone et de me rapprocher un peu plus de Valence à plus de 300km. Comme chaque soir, dénicher un endroit pour planter ma tente me prend du temps, mais ce soir je n’ai pas envie de tergiverser: je la plante  à 50m de la clôture d’un immense camping, ce qui me permet de m’approvisionner en eau.

Des rencontres…

Depuis mon entrée en fanfare en Espagne (cf. chapitre 1), je n’ai pédalé qu’un jour sans la compagnie d’un autre voyageur. Afin de confirmer cette tendance, ma route jusqu’à Valence se fera en compagnie de plusieurs autres cyclos. Ce mardi 27, J12, je fais la connaissance dans un premier temps de Pavel, puis de Teddy et Sébastien, et enfin de Barrero. En sortant de Sitges, je me fais rattraper par un cycliste monté sur un vélo de route muni de petite sacoches: Pavel. Il est polonais, a mon âge et est parti de Varsovie il y a quelques semaines pour rejoindre Lisbonne. Notre conversation dure 1min30 à tout casser. Il veut juste me prendre en photo en pédalant. Ce faisant, il me lance: « I’m like japaneses, I take picture of everything! », puis file a toute allure. rencontre furtive…

Peu avant midi, alors que j’étais perdu dans mes pensées, des bruits de sonnettes retentissent et deux figures apparaissent dans mon rétroviseur: Teddy et Séb. Etudiants, ils ont quittés Paris il y a 3 semaines pour rejoindre Alicante où des copains les attendent pour faire la fête. Nous avons effectué quasiment les mêmes étapes depuis la frontière espagnole, et ils ont dormis le soir précédant Sitges, à quelques centaines de mètres de ma tente, dans le camping à côté duquel j’ai bivouaqué! Nous faisons route ensemble dans la bonne humeur et mangeons sur le parking d’un supermarché. Leur compagnie m’est très agréable et c’est avec regret que je me sépare d’eux à Saloù

En fin de journée, alors que j’entre dans la ville au nom incongru de Miami Playa, un cycliste d’une soixantaine d’année, Barrero, m’aborde en espagnol. Ayant toujours été nul en langues, et mon niveau d’espagnol étant faible, je comprends qu’une infime partie de ce qu’il me dit. Je crois comprendre qu’il veut faire un peu de vélo demain et qu’il aimerait faire quelques kilomètres en ma compagnie. Il demande où je compte dormir, et quand je pense partir le lendemain, puis prends congé de moi en me donnant rendez-vous sur la route.

Après une nuit passée dans le maquis, je démarre en oubliant la conversation de la veille avec cet étrange cycliste, mais après plus d’une heure de vélo, je tombe sur un autre vélo chargé, et c’est avec surprise que je constate qu’il s’agit de Barrero! Je comprends enfin que ce vieux barcelonnais souhaite se rendre à Séville via Valence. C’est parti pour 250km  deux!

Au début tout se passe bien. Il me montre comment faire des sandwichs en frottant une tomate contre la mie de pain, et ensemble nous assistons à une fête de village avec des vaches lâchées dans les rues du centre-ville, mais en fin de journée je fatigue: essayer de parler et de comprendre l’espagnol pendant 8h non-stop (Barrero est très bavard): c’est plus crevant que le vélo!!!

Le soir, Barrero veut être invisible. Il préfère attendre la nuit pour monter la tente, et veut se mettre sous les branches tombantes des arbres afin de bénéficier d’un camouflages quasi-parfait. Ses précautions quasi-excessives m’aggacent. Néanmoins, la présence Barrero est agréable, et il est très sympathique. Avec lui je pratique l’espagnol et peux profiter le soir d’un accès à Internet grâce à son ordinateur portable! 😀

Après 15 jours de voyage et 1600km depuis la Suisse, nous entrons dans la vieille ville de Valence avec l’orage à nos trousses! Après un café glacé d’adieu, nous nous séparons avec le sourire: bon voyage Barrero!

Guadassuar

Je ne fais que traverser Valence, voulant rejoindre pour 15h Guadassuar, une petite ville située à 30km au sud de Valence où Vincente (le cyclo rencontré juste avant Barcelone) et sa famille passent leurs vacances. Aussitôt, je suis très bien reçu par Delphine, sa femme, et Lucas, leur fils. Je découvre enfin l’Espagne de l’intérieur en goûtant aux spécialités culinaires locales et en écoutant Vincente me raconter l’histoire de la région et de la ville. Durant ces 24h passés en leur compagnie, je rencontre un personnage atypique, amusant, et pouvant parler pendant plusieurs minutes de chaque composant de mon vélo: Alfonso. L’hiver passé, il a pédalé sur un vélo Décathlon à 100€ jusqu’à Marseille avec une caisse fixée sur le porte-bagages en guise de sacoches. Sans expérience, il arriva pourtant à destination 4 jours après, avec une moyenne de presque 300km par tranches de 24h! Le froid l’empêchant de dormir (il n’avait pas de matériel pour camper), il était obligé de pédaler pour se réchauffer!

Vincente, son fils Lucas et Alfonso me raccompagnent jusqu’aux portes de Valence et passe le témoin aux esprits de la ville qui seront plutôt blagueurs pendant plus d’une semaine!


Chapitre 1: Barcelona!

 Article premier: Barcelona!

3…., 2…., 1…., GO!!!

Allez, j’y vais! Je m’élance pour couper le ruban symbolisant la ligne de départ tout en pédalant, mais celui-ci ne veut pas céder, et je manque de commencer ce tour du monde par une chute! Cela fait bien rire l’assemblée. Finalement, et sans accident, ce samedi 16 juillet 2011 à 12h les premiers coups de pédales sont donnés!

Départ en fanfare

Ces derniers jours sont passés à 200km/h. J’ai l’impression de n’avoir pas pu faire la moitié de ce que je devais faire. Cela fait des années que je pense à ce moment-là. Je m’étais dit que je serais si bien organisé que mon vélo sera près plusieurs jours á l’avance. C’est faux, la vieille, à 2h du matin, j’arrivais enfin à tout entasser sur mon vélo. Je le pèse aussitôt: 50kg! C’est trop, beaucoup trop. Mais il est trop tard pour tout déballer et essayer d’éliminer ce qui est superflu: dans deux semaines Fred, Aruran, Tania, Sarah et Amélie me rejoindront à Valence, et je les chargerai de rapatrier mes affaires à ce moment-là.

Bref, revenons au départ. Vous étiez très nombreux à venir assister à ce fameux franchissement de la ligne de départ. Des amis venus de divers horizons: collège, gymnase, université, amis d’amis, famille etc… Certains arborèrent même des t-shirt « ICH BIN EIN WILLAMER »!

Quelques uns d’entres vous m’ont même servis d’escorte jusqu’à la frontière! Ces premiers kilomètres de bonne humeur furent déjà marqués par une rencontre qui nous a fait tous rigoler après coup. Lors d’une halte près d’un magasin, le patron s’avance, et de son aire « je-sais-tout » me demande où je vais. Après lui avoir dit que je partais vers l’Afrique, il regarde ma selle et dit  » C’est dommage, c’est dommage. Tu ne vas pas y arriver, ta selle n’est pas formée. C’est trop tard pour le faire. Et tes sandales à la Jésus, tu vas vite y renoncer ». Ahahah! Ces quelques mots nous firent bien rire avec Daniel durant les journées qui suivirent! 😀

Le cortège de départ

Après un premier bivouac en terre genevoise, et une nouvelle série d’adieux, nous nous dirigeons, Daniel et moi vers la frontière. Un automobiliste passerait celle-ci certainement sans s’en rendre compte, pourtant, pour les cyclistes que nous sommes, un détail fait toute la différence: le changement de bitume. Du revêtement suisse lisse, voir presque soyeux, nous passons aux routes françaises, raccommodées de partout et pleines de nids de poules! Et pour nous jouer des tours, la visibilités est loin d’être top: le temps nous fait la gueule: pluie et vent de face. Pour couronner le tout, deux longues montées   sont au programme de la journée. Pourtant, dans ces conditions, nous avançons bien, et le sourire est présent aussi bien sur mon visage que sur celui de Daniel. La descente du Rhône continue sans heurts majeurs, et c’est au J3 (Jour nª3) que la voiture-balai familiale vient rapatrier Daniel au sud de Lyon. Retour au bercail pour lui. Les derniers adieux de ce long gala de départ s’effectuent autour d’une table d’auberge, avec des cuisses de grenouilles dans nos assiettes!

Une fois seul, l’adrénaline me booste durant deux jours (où est-ce le mistral qui me pousse vers la mer?). Toujours est-il que j’avance  bien, et assez facilement. Au J5m je fais même une étape de 160km jusqu’à Avignon, et au J6 je me jette dans la mer, ou plutôt une mer de touriste en atteignant les villes de la Grande-Motte et de Palavas-les-flots. J’ai du mal à comprendre comment les gens peuvent aimer s’entasser sur des plages à deux pas d’une route Nationale. Eux aussi doivent régulièrement se poser la question car j’en vois beaucoup qui font la tête: pas facile les vacances!!! Pourtant, ces coins touristiques ont leurs avantages, comme par exemple ces douches à disposition des baigneurs qui veulent se rincer après leurs baignades font mon bonheur: je peux enfin prendre une bonne douche!

Bivouac les pieds dans l'eau

Les trois jours jusqu’à l’Espagne sont pénibles. Beaucoup de vent de face, trop de voitures! Le moral baisse régulièrement lorsque je me trouve sur les grands axes, mais remonte aussitôt lorsque je me trouve un beau coin pour dormir (comme à Bages près de Narbonne) ou quand je fais un bout de route avec des personnes sympathiques (à l’image de ces deux jeunes allemands se rendant à Compostelle avec leurs vélos rafistolés).

Bages

Dernière ville française: Banyuls. Je partage mon repas avec un jeune tsigane qui veut me faire passer pour son frère quand les gendarmes arrivent. Je passe la frontière espagnole au niveau du col de Banyuls. Premier col, et, bien que tout petit (357m), celui-ci m’achève après une journée de plus de 100km avec du vent de face. Heureusement, au sommet j’y trouve un ancien bunker aménagé en refuge, ainsi qu’une famille d’Allemands et un jeune couple de catalans. Nous mangeons tous ensembles à la lueur du feu et des bougies.

L’entrée en Espagne est célébrée en fanfare par mes intestins.  C’est affaibli que je me traîne jusqu’à la côte où je campe, sur un cap huppé, caché parmi les grandes villas et les beaux hôtels.

Vincente

La dernière ligne droite jusqu’à Barcelone s’effectue en compagnie de Vincente qui a quitté Marseille il y a 4 jours dans le but de rejoindre Valence où sa femme l’attend dans leur maison de vacances. Il me donne plusieurs tuyaux comme celui d’aller dans les bars de zones industrielles pour bien manger pour pas cher. C’est ainsi que nous nous régalons d’une saucisse, de frites et de deux œufs pour 4 euros seulement!

Ainsi, c’est le ventre plein et en bonne compagnie que j’entre à Barcelone après 10 jours sur les routes  et plus de 1’130km parcourus. Une nuit a l’auberge, un tour sur internet, et hop c’est reparti pour un tour: prochaine étape: Valencia!!!

PS: Tu noteras Daniel que je n’ai pas parlé de ta chute à l’arrêt après seulement 15 km de voyage 😉


Date du départ!!

Le jour J approche.

Le mois de février se termine, le semestre de printemps commence, et dans moins de 6 mois j’enfourcherai ce vélo qui me nargue du fond du garage! Je pense qu’il est donc temps pour moi de vous informer de la date du départ. Pour l’instant, le voyage devrait débuter aux alentours de 10h

le samedi 16 Juillet 2011

Celui-ci aura certainement lieu à Lausanne, quelque part au bord du lac. Des informations plus précises suivront pour ceux qui auront réservé leur matinée pour être présent au p’tit déjeuner-apéro « d’adieu »!

Hasta bientôt

PS: N’oubliez pas de vous abonner au site afin d’être avertis lorsque je posterai des news ou des photos! cf. à droite de la page.


LE vélo!

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Jeudi 13 Janvier 2011, 18h47, premiers coups de pédales avec ma nouvelle monture!

Après avoir passé une partie de l’après-midi à assembler les différents composants du vélo dans le magasin Hood Cycles, je me lance sur le Boulevard de Grancy. Je transporte déjà les sacoches et une partie du matériel qui me suivra toute l’année prochaine. Le simple fait de rouler avec ces sacoches pendues de tous les côtés me met déjà dans l’ambiance…

Voici la bête:

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  • Cadre alu
  • Groupe Shimano Deore
  • Pneus Schwalbe marathon dureme
  • Selle Brooks
  • Porte bagages Tubus
  • Sacoches Ortlieb

Pourquoi le vélo?

Le vélo…

Un moyen de transport si performant, mais pourtant si simple. Seulement deux roues, un pédalier, un guidon, une selle, le tout relié par un cadre et le tour est joué !

Le vélo est depuis son élaboration au XIXe siècle, devenu le moyen de déplacement le plus utilisé dans le monde – après la marche à pied bien sûr. Du commerçant afghan au businessman américain, de l’ouvrier chinois au marabout sénégalais, tout le monde est familier avec ce moyen de transport et nous sommes plusieurs milliards sur Terre à savoir monter à bicyclette.

De par sa simplicité et sa popularité, le vélo offre le moyen de transport le plus adéquat pour un voyage au long cours à qui cherche à vivre des moments privilégiés, faits de rencontres et d’échanges. En effet, voir un homme arriver seul et tranquillement à vélo dissipe plus vite les craintes et les préjugés que s’il était arrivé à toute allure en 4×4 parmi une horde de touristes, et laisse ainsi plus aisément place au dialogue, à la découverte de l’autre.

De plus, le vélo permet au voyageur de se fondre dans un paysage, de ne faire plus qu’un avec lui. En voyageant en train, en voiture ou en avion, le voyageur se trouve trop souvent face à une vitre, qui agit tantôt comme une protection face aux éléments, tantôt comme des œillères empêchant au voyageur de percevoir son environnement tel qu’il est réellement, pour le meilleur ou pour le pire.

La bicyclette est selon moi la clé d’un voyage réussit au contact des populations locales, éloignées des grands centres surpeuplés. Aussi, elle permet de s’affranchir des entraves empêchant de vivre au plus près la réalité du terrain et de se morfondre dans l’immensité des régions traversées.

C’est donc sur un vélo, à une vitesse moyenne n’excédant pas les 20km/h, que je compte traverser les déserts et franchir les chaînes de montagnes.

Durant ce voyage, j’espère pouvoir m’imprégner des paysages, mais je voudrais surtout découvrir les us et coutumes des peuples rencontrés.

Le vélo…

Un moyen de transport si performant, mais pourtant si simple. Seulement deux roues, un pédalier, un guidon, une selle, le tout relié par un cadre et le tour est joué !

Le vélo est depuis son élaboration au XIXe siècle, devenu le moyen de déplacement le plus utilisé dans le monde – après la marche à pied bien sûr. Du commerçant afghan au businessman américain, de l’ouvrier chinois au marabout sénégalais, tout le monde est familier avec ce moyen de transport et nous sommes plusieurs milliards sur Terre à savoir monter à bicyclette.

De par sa simplicité et sa popularité, le vélo offre le moyen de transport le plus adéquat pour un voyage au long cours à qui cherche à vivre des moments privilégiés, faits de rencontres et d’échanges. En effet, voir un homme arriver seul et tranquillement à vélo dissipe plus vite les craintes et les préjugés que s’il était arrivé à toute allure en 4×4 parmi une horde de touristes, et laisse ainsi plus aisément place au dialogue, à la découverte de l’autre.

De plus, le vélo permet au voyageur de se fondre dans un paysage, de ne faire plus qu’un avec lui. En voyageant en train, en voiture ou en avion, le voyageur se trouve trop souvent face à une vitre, qui agit tantôt comme une protection face aux éléments, tantôt comme des œillères empêchant au voyageur de percevoir son environnement tel qu’il est réellement, pour le meilleur ou pour le pire.

La bicyclette est selon moi la clé d’un voyage réussit au contact des populations locales, éloignées des grands centres surpeuplés. Aussi, elle permet de s’affranchir des entraves empêchant de vivre au plus près la réalité du terrain et de se morfondre dans l’immensité des régions traversées.

C’est donc sur un vélo, à une vitesse moyenne n’excédant pas les 20km/h, que je compte traverser les déserts et franchir les chaînes de montagnes.

Durant ce voyage, j’espère pouvoir m’imprégner des paysages, mais je voudrais surtout découvrir les us et coutumes des peuples rencontrés.