A la découverte du monde à 20km/h…

Episode 3, GR5 Chrono

Previously, on 20kmh…

William a traversé des moments  très difficiles. Après la perte de son appareil photo, il a même pensé à rentrer chez lui, la queue entre les pattes. Heureusement, un rendez-vous pour une journée de marche au pied du Mont-Blanc convenus avec ses amis Sylvane, Lucille, Jean et Fabien lui redonne le punch nécessaire pour continuer sans se poser de questions…


Épisode 3

Vitesse de croisière

Samedi 8 août, 12h20, refuge du Col de la Croix du Bonhomme. J’ai gravi un peu plus tôt mon 8’848m de dénivelé positif : l’altitude de l’Everest…

Devant une grosse assiette de pâtes carbonara (comme si je n’avais pas déjà mangé assez de pâtes !), je relis ce que Sylvane & Co m’ont écrit dans mon carnet lors de la journée précédente. Elle me demande de faire « gaffe aux loups et aux français », et Fabien se propose en tant qu’héritier numéro 1 de ma Playstation si je n’arrive pas à leur échapper !

Aujourd’hui, le passage du Col du Bonhomme dans le brouillard est un moment clé. Dorénavant, je ne peux plus faire demi-tour aussi facilement que lors des journées précédentes. Jusqu’à hier, il me suffisait de basculer sur un versant opposé pour passer en Suisse, et ainsi rentrer chez moi en moins d’une heure de train. J’ai l’impression que le lac et la mer agissent comme des aimants, et aujourd’hui la force d’attraction de la côte d’azur est devenue plus forte que celle du Léman. Après ces quelques moments difficiles, je ne doute plus, et je suis persuadé que j’arriverais au bout de mon voyage dans environ deux semaines. Et puis, j’avance maintenant sans l’aide de cartes topo. Je ne m’oriente qu’à l’aide des petits traits de peinture rouge et blanc tatoués sur les rochers, ainsi qu’en me basant des informations glanées dans le grand livre La Traversée des Alpes, Du Léman à la Méditérranée de chez Glénat. C’est limite, mais je n’ai pas envie d’acheter une dizaine de cartes et de les trimbaler tout du long pour ne les utiliser qu’un jour ou deux chacune.

L'orage approche!

 

Les journées se succèdent. Je rencontre Victor, un américain d’une cinquantaine d’année, effectuant aussi le GR5. Il marche plus lentement que moi, mais quasi sans interruptions de 7h à 19h. Du coup, à cause de mes nombreuses pauses, on se croise et recroise, et nous faisons connaissance.

 

Un soir, alors que la nuit s’annonce humide, je décide de m’abriter dans une sorte de vieille bergerie abandonnée.

Bivouac intra-muros

C’est après de nombreuses tentatives pour ouvrir la porte que je parvins à m’introduire dans un intérieur sans fenêtres et très poussiéreux. Je mange sur le pas de la porte, et une souris essaye passer plusieurs fois entre mes jambes, mais elle fonce à chaque fois en plein dans ma bouteille en plastique couchée à même le sol! Ça me fait rire d’imaginer l’état de son museau !

Cette nuit-ci, je dors paisiblement, bien que j’entende les souris trottiner près de ma tête, à la recherche de mes provisions précautionneusement accrochées à un clou au plafond.

 

 

Le lendemain, j’enjambe l’Isère qui traverse plusieurs kilomètres plus bas la ville de Grenoble. Je me rends compte que les batteries de mon téléphone sont à plat malgré le fait que je l’ai mise à charger sur mon petit panneau solaire toute la journée. Ça me met de mauvaise humeur : je ne peux plus prendre de photos jusqu’à ma prochaine rencontre avec une prise de courant…

Le soir, un orage très impressionnant débute alors que je recroise Victor. Ensemble nous arrivons à Rosuel, un petit village à 1600m d’altitude, adjacent au Parc national de la Vanoise.

Encourageant!

De nombreux villageois sont réunis près d’une buvette. Ils nous disent qu’un torrent a inondé la route un peu plus loin, et ils nous déconseillent de passer. Je n’ai nul part où camper, les espaces propices sont détrempés, et semblent peu sûrs. Victor décide de passer une nuit dans un hôtel non loin de là, mais je ne l’accompagne pas. Au lieu de ça, je repère un refuge en construction, et décide de dormir sur le balcon, qui est à peu près le seul endroit complètement à l’abri. Durant la soirée, je vois défiler pelleteuses et pompiers partant limiter les dégâts causés par cette pluie diluvienne.

 

 

En me réveillant, je réalise que je ne suis pas loin d’Aussois près de Modane, où la famille de mon filleul passe des vacances. Je décide de faire le maximum pour y arriver dans la soirée. Malgré une météo toujours aussi maussade, j’entre dans le parc de la Vanoise. Le bivouac y est interdit, et la nature superbe : tout est très vert, et j’approche des bébés marmottes de très près sans les effrayer, c’est la première fois que j’en vois. Au sommet du Col du Palet (2650m), j’aperçois entre deux nuages la ville de Tignes-le-lac. Quelle surprise, et quel contraste ! Alors que jusqu’à aujourd’hui la nature était magnifique, et les villages traversés authentiques, je tombe sur une ville de chalets-immeubles de 10 étages, entourés de parkings, de terrains de foot et de rugby, de stands de tirs à l’arc, de manèges d’équitation, d’un centre aquatique avec des toboggans géants, d’une gare pour le métro-funiculaire déposant des skieurs sur le glacier de la Grande-Motte et le tout à une altitude de 2100m ! Un panneau affiche fièrement en grandes lettres : «  Tignes, le plus bel espace skiable du monde ». Ironie ? Autodérision ? Après huit jours passés en pleine montagne, me voilà débarqué en plein Disney Land alpin…

 

Malgré tout, je profite de cette ville pour me ravitailler et prendre mon petit déjeuner de 11h (je prends généralement deux petits déjeuners par matin): deux croissants, du pain au Nutella, 1 litre de lait chocolaté froid et un quelconque jus de fruit  Du coup, c’est le bide rempli à raz-bord que je me lance dans l’ascension du Col de la Leisse, l’un des plus hauts cols du parcours, à 2760m. La montée est douce mais longue. Peu à peu, les groupes d’une quinzaine de touristes deviennent rares, et la montagne redevient mienne. Je regrette de ne plus avoir de batteries pour utiliser l’appareil photo de mon téléphone. Le vent, la pluie, et le parcours au milieu des rochers donne des airs d’Islande à ces paysages. Ces derniers sont magnifiques, la géologie et la géomorphologie très riches : schistes et micaschistes de diverses couleurs, failles, verrous glaciaires, vastes tabliers d’éboulis, glaciers rocheux…etc. Je regrette de ne pas avoir pris quelques cartes, notes et livres de cours pour reconnaître certaines autres formes, de plus, je me demande en vain si je me trouve dans le domaine briançonnais ou le piémontais ! Je connais certaines personnes qui jizzeraient sur place 😛

Un peu de géologie!

 

Après avoir ingurgité une soupe très copieuse au refuge de la Leisse en compagnie d’une mère et de sa fillette, je pars à toute allure en direction de Termignon, ville se trouvant au bout, au « terminus », de la vallée de Modane. En chemin, je dois arrêter plusieurs personnes afin d’essayer leurs téléphones. Malheureusement, il n’y aucun réseau, je ne peux donc pas avertir la famille Poiret de mon arrivée. Comme me l’avait averti la femme croisée au refuge, la descente est longue (ils m’avaient conseillés de faire du stop une fois arrivée au Refuge du Plan du Lac, ce que je refuse de faire), mais toujours aussi belle. C’est finalement à 17h que j’arrive à joindre les Poiret, et à 19h qu’ils me retrouvent au bord de la route, à Termignon, après une journée de marche de plus de 11h30.

 

Break

Après huit jours de marche sans interruption, et approximativement 230km parcourus, je m’accorde une pause d’une journée en compagnie de mon filleul Henri et de sa famille dans le petit village d’Aussois. L’occasion pour moi de prendre une vrai douche ( !), faire une lessive, joindre mes parents, recharger mes batteries (corps et téléphone), et d’alourdir mon sac avec des provisions, à savoir du très bon fromage et un gros saucisson de la région ! Entre mini-golf, visites d’amis des Poiret, courses dans les fromageries et charcuteries du village, le temps passe vite, et il est déjà temps de partir. Il est 7h15 le mercredi 12 août lorsque je me fais prendre en auto-stop jusqu’à Modane, où je retrouve le GR5, et Victor qui a pris un peu plus de temps pour sillonner le parc de la Vanoise. Il me dit qu’il a remarqué le « Hello Victor » que j’avais gravé dans la boue avec la pointe de mon bâton deux jours auparavant.

 

GR5, « Monte à bord » !

Afin de me remettre en jambe, je décide de faire un petit détour, et d’accrocher le Mont Thabor à 3178m. Je gravis les 2100m de dénivelés en 6h, et je ne suis pas déçu de la vue, je distingue même le massif des Ecrins, ainsi que le Parc des Queyras.

Planète Mars ou Mont Thabor?

 

Ce qui me marque lors de cette étape, c’est le changement de végétation, beaucoup plus sèche, composée notamment de quelques pins et arbustes peuplant aussi les rives de la Méditerranée. Le fait de pouvoir constater ce type d’évolution progressive dans le paysage est vraiment super et jamais, ô grand jamais, il n’aurait été possible de le faire en voyageant en train, en voiture, ou en avion !

Durant cette journée, je ne rencontre plus Victor, mais je croise énormément d’italiens. En effet, le haut de cette vallée, bien que située en territoire français, débouche sur l’Italie. Le bivouac au Col des Thures est magnifique. Une vaste étendue d’herbe à 2200m, agrémenté d’un petit lac, et d’un troupeau de mouton un peu plus loin.

Col des Thures

J’y rencontre Philippe, un randonneur de mon âge, partit il y a deux jours de Modane (j’y étais le matin même), mais ralentis par un ENORME  sac! On croirait un sherpa.Son sac de couchages et sa tente se superposent sur le haut de son sac qui atteint le poids de 25kg (sans l’eau)! J’apprendrais un peu plus tard qu’il a été forcé d’abandonner quelques jours après notre rencontre à cause de son chargement. Nous bivouaquons dans le même secteur, et nous mangeons ensemble. C’est une bonne soirée. J’apprends qu’il est « ferronnier acrobatique », c’est-à-dire qu’il fait des travaux dans des endroits difficiles d’accès, accrochés à une corde de rappel. Le lendemain, nous nous séparons après une demi-heure de marche commune.

En fin de journée, j’arrive à Briançon qui est la ville la plus haute de France perchée à environ 1320m d’altitude. Je ne rêve que d’une chose : d’un MacDo pour y commander un Cheeseburger et un MacFlurry glacé, avec du chocolat dedans et tout et tout ! Cela fait depuis la veille que je me suis mis cette idée dans la tête. À force de manger des pâtes au bouillon ou au fromage tous les soirs, j’ai envi de varier un peu, et de la malbouffe une fois de temps en temps ne peut pas faire de mal ! 😀

Malheureusement, c’est une fois arrivé tout en bas de la ville qu’on m’annonce que le Macdonald se trouve tout en haut, à l’opposé de la ville… C’est le moral dans les chaussettes que je mange donc un Kebab dans un parc!

Plongeon vers Briançon

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