A la découverte du monde à 20km/h…

Chapitre 19: Le voyage de Star et Puissant en Bolivie et au Pérou

Bon, San Pedro de Atacama, malgré ses déserts de sel, ses vallées lunaires et ses lagons sur-salés du style Mer Morte n’était peut-être pas à notre goût, mais il faut avouer que la région qui l’entoure est de toute beauté!  Nous dirigeons néanmoins vers la Bolivie en ce jour de décembre 2011. Après avoir discuté avec l’asiatique de notre auberge (toutes auberges dignes de ce nom possèdent au moins un asiatique solitaire un peu bizarre qui hante les dortoirs de celle-ci et qui ne parle (presque) pas un mot d’anglais) nous choisissons la même agence, et nous lançons dans un tour de trois jours avec cet asiatique en question, Sio, ainsi que 4 autres personnes. Nous sommes heureux de quitter San Pedro, mais pas le Chili qui nous a apporté de nombreuses bonnes surprises lors de ce voyage en stop. Les autres membres de ce tour sont anglos-portugo-indiens (Bruno et Anita), finlandais ( Meriana), Chinois (Sio), grecques (Paris) et français (moi), Le 26 décembre 2011, nous partons à 6 dans une jeep, en direction de la Bolivie, et plus précisément d’Uyuni!

La Bolivie

Après une nuit agitée (Sio est un des pires ronfleurs jamais rencontré en auberge), nous embarquons dans une Jeep en direction de la Bolivie. La Bolivie, cela fait tellement de temps que j’en parle, que j’en rêve. Premièrement, ce sont les récits et les photos d’autres (cyclo)voyageurs qui m’ont mis l’eau à la bouche. Puis, je me suis un peu plus intéressé à l’actualité  du pays. Qui est donc cet Evo Morales dont on parle tant? Jean Ziegler, Mr. Google, Robin B., puis d’autres répondrons à mes questions. Le sujet me passionne, à tel point que la politique de Morales sera le sujet de mon travail de mémoire pour mon Bachelor de géographie. J’ai hâte d’enfin aller tâter le terrain afin de vérifier que ce que j’ai raconté n’était pas des bêtises!

Avec le chauffeur, nous sommes 7 dans la Jeep. Je suis heureux de ne pas mesurer 1m80 comme Meriana, assise à côté de moi et qui doit faire de la contorsion pour s’enfiler à sa place. Même si nous sommes un peu serré, ce n’est pas grave, les paysages qui défilent devant nos yeux sont magnifiques. Le poste frontière, une petite cabane supplantée d’un drapeau tricolore, se trouve au pied du volcan Licancabur qui culmine à presque 6’000m. Hormis deux ou trois volcans qui traînent ça et là, le paysage est plat, vide, désertique et peuplé de… mouettes! Elles nous font bien rire! Que font-elle ici, à presque 4’000m, entre Andes et Atacama? Nous sommes aussi escortés de quelques autres Jeeps. Ce tour est l’un des plus célèbre des Amériques, le Salar est un must, pourtant, en ce lendemain de Noël, nous ne sommes pas très nombreux. Les personnes présentent dans les autres voitures, nous ne les connaissons pas encore, mais allons les croiser de nombreuses fois tout du long du parcours, et certaines même jusqu’à La Paz!

Salar d’Uyuni

Après quelques jours au niveau de la mer (ou pas loin) me revoilà dans les hautes altitudes. La piste monte raide, et atteins des altitudes frôlant les 5’000m. Je pensais être acclimaté, mais Aconcagua ou pas, je suis essoufflé rapidement et vite fatigué. Bon, il faut dire qu’on ne fait pas dans la dentelle, le premier soir, à environ 4’300m, nous nous lançons dans une partie de foot efreînée avec deux enfants du hameau dans lequel nous logerons. Au début, lorsque la balle passait à proximité de mes pieds, je me lançais dans un sprint plein d’espoir. Grave erreur! Au bout de 15min, la tête au bord de l’implosion, je réalise que la meilleure stratégie pour survivre à un match en altitude, c’est d’être gardien!

 La voiture s’arrête régulièrement pour nous laisser admirer les paysages. Lacs aux couleurs improbables, allant du vert au blanc en passant par le rouge pétant, ciel tantôt d’un bleu profond, tantôt d’un noir apocalyptique et …flamands roses qui rajoutent une touche improbable à cette palette de couleur. Durant ces trois jours en Jeep, nous passons nos journées à admirer ces merveilles, en attendant la plus célèbre de toute, le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel au monde. Rien ne sert de blablater plus sur ces lacs des premiers jours, les photos parlent d’elles même.
Le Salar, quant à lui, nous à réservé une superbe surprise. Sur la plupart des photos, on ne voit que du sel, du sel et du sel à perte de vue. C’est marrant d’ailleurs, car n’offrant aucun point de repère, ce paysage lunaire permet de prendre des photos loufoques en jouant sur la perte de notion des distances. Mais bon, du sel, c’est du sel, et Paris était septique au début de ce tour: « Trois jours pour voir du sel, c’est beaucoup non? ». Heureusement, nous avons la chance d’être en saison des pluies, et après une nuit extrêmement orageuse, quand nous nous aventurons dans le Salar, nous constatons que celui-ci est recouvert d’une minuscule pellicule d’eau. Un demi centimètre de profondeur en moyenne, cette couche opère tel un miroir. Le ciel est bas et nuageux et nous donne l’impression de se prolonger sous nos pieds. Nous marchons dans le ciel, dans un calme absolue, et dans un paysage sans limites et grandiose. Quand, en fin de journée, nous débarquons à dans un cimetière de vieilles locomotives en bordure du Salar, nos yeux sont encore écarquillés.

Les mines de Potosi
Retour à la civilisation, et d’emblée, nous jouons le rôle des touristes toujours pressés en sautant dans un bus à peine débarqués dans la ville d’Uyuni. Bus sans toilettes, surpeuplés et sans clim’, c’est parti pour une nuit de route…enfin, de piste! Le chauffeur est motivé, il roule à fond pour gravir un premier col, puis il s’arrête. Nous attendons 10min, 20 min. Personne ne bouge, personne ne s’inquiète. 30min, 40min. Nous sortons jeter un coup d’oeil: un camion est embourbé en travers de la route, la cabine et la remorque formant un angle improbable qui empêche tout véhicule de le dépasser. Une dizaine de personnes (des chauffeurs pressés) aident le malheureux camionneur à se dépêtrer de cette situation. Différentes manoeuvres sont essayées, jusqu’à ce qu’un véhicule spécial vienne le sortir de là. On a pris 2h de retard, et le chauffeur veut à tout prix les rattraper: le reste du trajet est extrêmement cahoteux!
Potosi est une ville particulière. Déjà, perchée á presque 4’000m, c’est la plus haute du monde de cette taille. Puis, son histoire m’avait marqué lorsque j’étudiais le passé colonial de la Bolivie. Le Cerro Rico, montagne pyramidale qui surplombe la ville, a une particularité qui fera le bonheur des européens et le malheur des indigènes: elle regorge (ou plutôt regorgeait) d’argent. Cela fait plus de 400 ans que des gens sont envoyés creuser cette montagne qui maintenant à littéralement l’allure d’un Emmental. Plusieurs millions d’indiens sont morts dans ces gueules du diable, et toujours aujourd’hui, les conditions de travail sont désastreuses. En arrivant à Potosi, nous apprenons qu’il est possible de visiter les mines, ce qui m’attire énormément. On prend le risque de s’engager dans une visite d’une demie journée, on espère de ne pas se transformer en touristes voyeuristes: « Oh, t’as vu Roger, il y a même des enfants qui travaillent! Que c’est mignon! ».

Finalement, les deux heures et demie passées sous terre sont très instructives, et me font réaliser la difficulté de ce travail. Plus de douze heures passées sans voir le soleil, sous des kilomètres de roche, tout ça pour ramasser les miettes de minerais d’argent laissés par les conquistadores. Sans montre ni lumière du jour, le seul moyen de connaître l’heure, c’est de mâcher de la coca. Au bout de trois heures, les feuilles de celles-ci dégagent un goût amer. Au bout de trois ou quatre tournus de coca, le mineur sort des tunnels. En partant pour la mine, la guide nous a conseillé d’acheter des bouteilles de Soda, d’eau, des cigarettes ou de la coca pour les offrir aux mineurs que nous rencontrerons. Ainsi, lorsque nous croisons des travailleurs, nous les ravitaillons en biens de première nécessité!
Certains des tunnels ont plus de 400 ans, tout comme les poutres qui maintiennent les tonnes de roches au-dessus de nos têtes. Rassurant. Parfois nous devons ramper dans des boyaux oppressants, parfois nous suivons des rails où des wagonnets de plusieurs tonnes déboulent poussés par trois mineurs. Dans certains couloirs, on tombe sur des sculptures, couvertes de feuilles de coca. Sorte d’icônes divines, les mineurs leurs livrent une partie de leurs provisions en offrande afin de se protéger des éboulements et des accidents. Chaque fin de semaines, les travailleurs, même les plus jeunes, viennent trinquer avec la statue en buvant de l’alcool à … 96º!!!

Malgré des ambiances rappelant le Germinal de Zola, la visite de cette concession nous surprend: nous nous attendions à voir des êtres détruits, tristes, et rongés par les maladies et le désespoir: ce n’était pas le cas. Certes certains travailleurs puaient l’alcool, et d’autres semblaient accablés par la fatigue, mais la beaucoup étaient souriants, blagueurs et plein d’entrain. Cette visite nous a marqué, et plusieurs semaines après j’y repense encore souvent.

Un Nouvel-An à Sucre

Nouveau trajet en bus, nouvelle ville, nouvelle année arrivant à grand pas. Cette fois-ci, nous s à Sucre, considérée comme étant une des plus belle ville de Bolivie. En prenant un petit déjeuner à la roots dans une échoppe du marcher central, nous tombons sur Liza, une des filles qui voyageait dans une des autres jeep au Salar. Liza, bretonne, fini sa thèse en histoire à Santiago. Elle a pris des vacances pour voyager jusqu’en Bolivie. Ensemble, nous nous rendons dans une auberge ou se trouvent d’autres amies de sa jeep: peu à peu l’équipe se reconstitue, c’est avec eux que je passerai le réveillon.
31 décembre 2011, l’année tire sa révérence. Paris à l’honneur de mettre un pied en 2012 bien avant nous: il salue 2011 à 20h en allant se coucher avant tout le monde! Après un buffet où chacun préparait sa spécialité perso, nous nous dirigeons vers la place centrale de Sucre. Celle-ci est noire de monde, des pétards et des feux d’artifices amateurs fusent de tous les côtés. Une fusée explose dans la guirlande d’un bâtiment administratif et se commence à flamber. Personne n’en a cure, et la fête se poursuit. Les souvenirs de cette soirée sont très nombreux, mais il m’est impossible d’établir une trame chronologique des événements. Je me souviens avoir passé une partie de la nuit à chercher les autres autour de la place, avoir retrouvé Liza, dansante au sein d’une fanfare, passé une partie de la nuit avec des étudiants en biologie cariocas, taper dans le dos de nombreux Boliviens et être rentré me coucher au chevet de Paris vers les 5h du matin.

Le changement d’année nous fait réaliser une chose: il nous reste que 9 jours pour rejoindre Lima d’où nous nous enlevons pour nos destinations respectives. Paris rentrera au Canada, et je me rapprocherais de mon vélo resté à Rio. Entre temps, il nous faut jeter un oeil au lac Titikaka et nous perdre dans les ruines du Machu Picchu. On ne perd pas de temps: bus de nuit vers la Paz où nous dégustons une fondue dans un resto tenu par un fribourgeois (cette fondue nous procure une joie intense), puis passage de la frontière entre la Bolivie et le Pérou. Avant cela, nous passons une dernière nuit en mode Star et Puissant sur les rives du lac. Nous en avons marre de voyager entre les auberges gorgées d’américains et d’australiens ne voulant que faire la fête, et cette nuit sous la tente face à ce lac grandiose (le berceau de la civilisation Inca selon nos sources!) et sous un des ciel les plus pure nous rappelle notre début de voyage en auto-stop, où rien n’était calculé. Ainsi, nous quittons la Bolivie avec le sourire…

Le Pérou

Bon, le Pérou, que s’est-il passé? Je vais faire vite, car je me suis pas mal étalé sur la Bolivie et certains trouveront ennuyant de m’entendre parler de mes vacances alors qu’ils préfèreraient y lire des récits d’aventure. Le Pérou, ils nous a « dressé » comme dirait Paris. Nos tentatives de Stop entre Puno sont infructueuses, et on à l’impression que tout va de travers. Pourtant, une fois arrivé dans la fameuse ville de Cuzco, nous avons la chance de réussir à réserver notre billet d’entrée pour le Machu Picchu. Il parait que c’est difficile de les obtenir à l’arrache car les entrées sont limitées. Notre vol depuis Lima est dans 4 jours à peine, du coup nous devons nous dépêcher. Ce n’est pas pour ça que nous allons prendre le train qui nous déposera directement au pied de la montagne Inca, nous préférons emprunter un itinéraire plus diversifié, moins cher, mais aussi plus long pour nous y rendre.

On the Road to the Machu Picchu

En surfant sur internet, le matin du 6 janvier, nous trouvons un pareil chemin, mais il est déjà midi. Si on veut visiter le lendemain le Machu Picchu (à 150km de là), il faut speeder. On laisse nos sacs à l’auberge, n’emportant que le nécessaire, et on saute dans un bus. Le trajet est magnifique, mais dure 7 heures et le chauffeur écoute ÇA à fond! Nous traversons des paysages rappelant ceux du canton du Fribourg, slalomons entre des montagnes acérées et gravissons des cols vertigineux. Les nuages entrent dans les vallées, les couleurs sont sombre, et on a l’impression de rentrer dans un monde perdu.

Les tympans endommagés, nous arrivons à Santa Maria où nous attrapons au vol un mini-bus pour rejoindre une autre ville perdue: Santa Teresa. Il fait nuit, mais nous savons la piste vertigineuse. Grâce à la lune, nous voyons que, à droite le précipice est incroyablement menaçant et si proche de nos roues. Le chauffeur roule à fond en rythme avec Police et les Village People qui passent à la radio. Jamais plus nous n’écouterons leurs chansons de la même manière!

Trempés de sueurs froides, nous arrivons vivant à Santa Teresa en même temps que deux backpackeuse argentine. Elles ont les mêmes objectifs que nous: rejoindre la base du Machu Picchu cette nuit, par le même chemin. Cela nous arrange car nous devons utiliser un taxi (que nous avons cherché longtemps) afin de rejoindre une usine hydroélectrique à 40minutes de piste. A 22 heures nous y sommes, le ciel est très menaçant et il fait nuit noire. Cela fait plusieurs heures que nous roulons dans des paysages sauvages d’une beauté rare, et maintenant nous nous apprêtons à nous enfoncer un peu plus dans l’inconnu.

Ce qui nous attend alors, ce sont environ 9 km de marche en pleine nuit le long des rails du train qui se rendent à Agua Caliente, le village au pied du MP. A la lueur de la lune, nous voyons les rails s’enfoncer dans la jungle, au loin, nous pouvons entendre le générique d’Indiana Jones. Lorsque, tous les quatres, nous commençons à marcher, il ne pleut pas, mais au bout de trente minutes, c’est le déluge. En un rien de temps, nous sommes tous trempés malgré nos K-way, et nous ne pouvons rien voir à plus de quelques dizaines de mètres. 23h, 00h, 01h, nous arrivons finalement à Agua Calientes à presque 2h du matin, trempés, congelés et exténués. Mais tout reste à faire: nous devons trouver un pieu. Après 30 minutes de recherche dans toute la ville, nous trouvons un hôtel qui nous laisse dormir tous les quatres dans une chambre pour trois. Sans avoir pu suspendre nos vêtements pour les faire sécher, nous nous endormons comme des bébés.

Le réveil est dur, et remettre nos habits trempés encore plus. Cette fois-ci, nous prenons le bus pour grimper jusqu’au Machu Picchu. Nous sommes très excités de voir cette ancienne capitale Inca, seulement découverte en 1911 par un archéologue américain. En effet, le site est sublime! Nous montons et descendons les nombreuses terrasses, passons de ruines en ruines et volons des informations aux différents guides qui informent des touristes plus fortunés. En contemplant la vallée sous nos pieds, et constatons qu’hier, nous avons marché plusieurs heures juste en dessous du Machu Picchu sans nous douter de sa présence. Heureux d’avoir accompli notre dernière mission touristique, nous rentrons à Cuzco pour une dernière nuit avant de prendre l’avion pour Lima, puis nous y séparer.

Cette dernière nuit, nous ne  voulons pas la payer. Nous sommes ruinés après avoir acheté un vol Cuzco-Lima car le trajet en bus dure presque 24h, et nous aurions risqués de louper nos vols pour le Canada et le Brésil. Nous retournons donc à l’auberge où nous avons laissés nos sacs, et y passons l’après-midi puis le soir le plus discrètement possible. On tue le temps en jouant au Monopoly et aux fléchettes. Finalement, quand tout semble calme, nous allons nous installer confortablement dans les canapés pour finalement nous éclipser au petit matin (après avoir raconté une histoire sans queue ni tête au staff pour justifier notre présence clandestine). Notre dernière nuit au Pérou s’est donc fait à la mode « filouterie d’auberge ».

C’est dans l’aéroport de Lima que je me sépare de Paris, après presque un mois de voyage. Le Chili, la Bolivie et le Pérou, nous les avons gérés! Je suis heureux d’avoir fait ce bout de route en sa compagnie, grâce à lui j’ai appris un peu mieux à voyager avec quelqu’un, et je suis sincèrement triste de savoir qu’il s’en retourne dans le froid polaire du Québec. -20ºC c’est froid quand même!! 😉

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Une Réponse

  1. Fred

    Ouais ouais, Machu Picchu, Fribourg, c’est pareil!

    PS: bien joué la filouterie d’auberge 😉

    21 janvier 2012 à 19 h 53 min

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