A la découverte du monde à 20km/h…

Chapitre 10: « through the desert on a bike with no name »

Co-voiturage vers la Mauritanie

On est le 27 septembre, je dois faire un nouveau choix. Mon Visa Mauritanien finit dans une semaine, et je me trouve encore à 300 km de la frontière. Une fois en Mauritanie, j’ai 500 km à faire pour atteindre la capitale Nouakchott pour pouvoir espérer prolonger un peu mon visa, suffisamment en tout cas pour atteindre en vélo la frontière sénégalaise. Du coup, je décide de rejoindre Nouadhibou, la première ville mauritanienne, en voiture. Me voilà donc en route pour la Mauritanie, et de nouveau à bord d’un véhicule motorisé! Certains y verront une marque de faiblesse, de la triche, de la paresse. Il faut savoir que là je suis réellement embêté de snober les 300km restant de Sahara Occidental. En plus, avec le vent qui souffle, j’aurai une fois de plus pu avancer à vive allure! Bon, pour me consoler, je vais profiter de l’invitation de François, franco-suisse rencontré sur la route, dans sa super maison à proximité de Nouadhibou. 🙂

Le trajet entre Dakhla et la frontière mauritanienne est long et monotone. Etrangement, je trouve ça moins casse-pieds d’être dehors à pédaler. Je suis à bord d’une voiture mauritanienne, une vieille Mercedes, et mon vélo est casé dans le coffre, dépassant des deux côtés. Pourvu qu’il ne s’accroche pas au premier camion que nous doubleront! Souiran, le chauffeur est un peu lunatique. Je le trouve tantôt très amical, tantôt bizarre. Je suis méfiant, je me rappelle la fois où, en Albanie, un chauffeur verreux nous avait arnaqué copieusement avec Robin. En route, nous ramassons un autre voyageur marocain qui s’occupe de faire le thé dans la voiture. En continu, nous buvons de ce breuvage qui, en descendant vers le Sénégal, s’intensifie, s’assombrit, et se couvre d’une écume toujours plus dense et épaisse. Le rituel de préparation devient aussi de plus en plus long, en Mauritanie, il faut bien compter 1h pour boire les trois thés réglementaires !

No Man’s Land

A 16h, c’est le point phare de cette journée: le passage de la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. Les deux pays sont séparés d’un No Man’s Land d’environ 6km. Cette bande de terre est lourdement minée, et des voleurs l ‘arpente nuit et jour. Pour compliquer le tout, la route disparaît et est remplacée par une piste en piteux état! Après être passé dire bonjour aux gendarmes, aux policiers et aux douaniers, nous nous élançons sur cette piste jalonnée de cadavres de véhicules. Le chemin n’est pas toujours clairement indiqué, et ce qui devait arriver arriva: nous prenons un mauvais embranchement et nous nous ensablons! Aussitôt, des enturbannés apparaissent. Que nous veulent-ils, et mon vélo, va-t-il attirer leur attention?? Finalement, tout se passe bien. Deux d’entre eux sont des chauffeurs d’un autre camion: solidarité « chauffeurienne »! En revanche, deux autres ont l’air beaucoup plus louches, surgissant de derrière une dune. Ensemble, nous poussons la voiture, dégonflant les pneus. On essaye de trouver une adhérence, une accroche. Finalement, après une vingtaine de minutes d’effort, la voiture avance de 10m! Le moteur chauffe, 120°C, il faut attendre, trouver de l’eau pour refroidir le tout. Deuxième acte : on pousse encore plus fort. Cette fois-ci, c’est plus facile, la voiture jaillit du sable, et enturbanné (le plus louche de tous) qui est au volant part à toute allure, nous laissant tous plantés sur place. « Mon vélo »! (avec la voix de Bourville dans La Grande Vadrouille). Quelques instant de semi-panique, mais heureusement, c’était une farce, le chauffeur s’arrête 100m plus loin. Peu à peu la frontière Mauritanienne se dessine, les uniformes changent, et là …

Nouadhibou

…Ça y est, je rentre en Mauritanie! Je suis excité car je ne connais rien de ce pays, si ce n’est pour sa réputation de pays hautement à risque. Al Qaida au Maghreb Islamique, prises d’otages, les événements des dernières années ont fait une très mauvaise publicité au pays. Afin de prendre la température, je fais donc étape à Nouadhibou, chez François, au « Cabanon 3 ».


Nouadhibou, à l’instar de Dakhla, est situé sur une presqu’île qui s’enfonce dans l’Océan Atlantique sur une cinquantaine de kilomètres, parallèlement à la côte. La maison de François est située à dix kilomètres de la ville, les pieds dans l’eau. Elle est orientée vers le continent, côté lagune. Ici, on est loin de tout complexe touristique classique, il s’agit plutôt d’un mixte entre auberge, maison d’hôte, et base de loisirs à usage des aventuriers! Pour trouver le Cabanon 3, il vous faut emprunter une piste de dix kilomètres (quand celle-ci n’est pas inondée par la marée), traverser un bidonville et slalomer entre les ornières pleines de sable pour rejoindre ce mini-hameaux paradisiaque. Et si la marée vous coupe du monde, vous pouvez toujours rejoindre la ville en bateau! François a une spécialité, ce sont les raids en motos, en 4×4. A 22 ans, il est parti avec des copains faire une boucle dans toute l’Afrique de l’Ouest. Avec les quelques motos à disposition dans le garage, il propose plusieurs circuits dans tout le pays, que ce soit dans les dunes de l’Adrar ou dans le parc côtier du Banc d’Arguin. Mais ce n’est pas tout, il organise aussi des treks côtiers autour de l’immense et magnifique Baie du Lévrier. Les marcheurs évoluent sur le sable, pieds nus, pendant plusieurs jours dans un décor somptueux! Ce type de parcours correspondrait parfaitement aux amateurs de pêche car l’eau y est extrêmement poissonneuse, et c’est un vrai régal que de cuisiner sur un feu
sa courbine. Malheureusement, ce n’est pas facile de faire venir des gens quand le site internet de la diplomatie française annonce la Mauritanie comme étant un pays extrêmement dangereux où tout le monde peut se faire kidnapper n’importe quand !

A la base, je ne voulais pas abuser de l’hospitalité de François, et je ne comptais dormir qu’une nuit, mais finalement je reste 3 nuits au Cabanon! Comme à Tiznit, à 1400km, je souffle. Je fais ma lessive, Philou m’aide à laver ma chaîne de vélo, je rattrape un petit peu mon retard de rédaction…etc. Le deuxième jour arrivent deux couples de Nouakchott qui profitent d’un week-end prolongé pour se ressourcer au Cabanon: Tom/Manu et Saleck/Fé. Nous faisons connaissance, puis sympathisons autour d’une partie de Uno nocturne. Tom est anglais et travaille au sein de la commission européenne d’aide au développement. Manu est professeur à la fac de Nouakchott, c’est un expert de littérature mauritanienne francophone. Saleck est mauritanien, et sort avec Fé, franco-allemande, qui vit à Paris. Lors des repas, de nombreuses discussions et débats concernant la Mauritanie et la région saharienne m’apprendront énormément sur la politique, l’histoire et les compositions ethniques de cette région du globe.
D’après eux, le pays est relativement sûr, en tout cas pour ce qui est de la partie côtière de la Mauritanie. Je n’ai donc rien à craindre entre Noadhibou et Nouakchott. Suite aux enlèvements d’occidentaux perpétrés par Al Qaida au Maghreb Islamique il y a quelques années, le gouvernement a mis en œuvre des mesures drastiques pour chasser les terroristes du pays et assurer la sécurité des voyageurs. Je vais bientôt pouvoir en faire l’expérience!

Nouadhibou-Nouakchott au fil des checkpoints

Je profite du départ des 4 compères pour me faire déposer au niveau de la frontière marocaine. Reconnaissant, je quitte François et Philou. J’espère les revoir un jour, à Genève, à Chamonix, ou ailleurs.

30 septembre, 12h30, me revoilà sur la route. Cette fois il fait chaud, et le vent pour se venger de mon infidélité, a tourné. Faché du fait que je lui ai préféré une voiture il y a quelques jours, il a décidé de changer sa direction: pendant 4 jours, le vent ne sera plus un allié, mais un ennemi à combattre.

François m’annonçait cette partie du Sahara comme étant un Must. Eh bien, c’est le cas ! Le désert commence en étant très jaune, plein de sable, et … très désert ! Pas grand monde, de la chaleur, du vent de face. C’est bien, je ne m’imaginais pas une traversée facile du Sahara. Mais au bout de 200km, les dunes se voient couvertes de quelques touffes d’herbes, de quelques buissons. En se rapprochant de Nouakchott, on se rend bien compte que la saison des pluie vient de se terminer, les paysages sont magnifiques tant les verts sont variés et contrastent avec les jaunes-orangés des dunes . Le premier jour de cette traversée, je profite d’une tente de nomade plantée à côté de la route pour faire baisser la température de mon corps. La dame qui tient cette tente me propose une grosse platée de riz/poisson pour 500 Ouguya (un peu plus d’1€), ainsi que du thé. J’accepte. Dorénavant, je suis à l’affût de ce genre de tentes/restaurants. Ils constituent une pause bienvenue.

Alors que la nuit s’apprête à tomber, je repère deux buissons qui pourront me protéger du vent. Je plante donc ma tente à proximité en prenant soin de bien l’orienter. En effet, le vent soulève des grains de sables qui, passant sous ma toile de tente, viennent buter contre la moustiquaire. Celle-ci fait office de tamis et laisse passer les grains de sables les plus fin. En cas de mauvais calcul, je me trouve, au matin, recouvert d’une fine poussière blanche et j’éprouve de la difficulté à respirer avec le nez !

Bref, je campe entre ces buissons, tout va bien quand j’entends une voiture se rapprocher. Un coup d’œil dehors : des phares se dirigent à toute allure vers ma tente. Je mets mon t-shirt, attrape mon passeport et ma balise Spot, au cas où (genre Al Qaida enlève les gens sans les fouiller…). C’est la gendarmerie, ouf ! Un officier sort, vêtu d’un boubou il m’annonce :

« –  vous êtes en zone à risque monsieur, c’est pas bien de camper ici !

– Pourtant je suis caché ici, non ? Comment vous m’avez trouvé? 

– On voit les bandes réfléchissantes de votre vélo depuis la route, il faut venir avec nous ; on va vous déposer en lieu sûr. » 

Il est 23h, Je remballe tout mon matériel, range ma tente que j’ai si soigneusement planté, et monte dans leur pick-up. 10Km plus loin, ils me désignent une zone  »sûre ». Pour veiller sur moi, ils montent un barrage routier, et restent à proximité de la tente toute la nuit ! C’est pas tous les pays qui veillent ainsi sur les voyageurs !

Le lendemain, tous les 50km, je rencontre une autre patrouille, qui contrôle les passeports des routiers. Tous sont sympathiques, ils s’appellent de postes en postes, demandent aux voitures qui passent s’ils ont vu un toubab à vélo, bref, je suis le feuilleton de l’été! Un soir, je partage leurs nouilles au méchouis, un midi, je cuisine des lentilles sous leur tente. A chaque fois, je passe de bons moments en compagnie de ces jeunes gendarmes souriants.

Les usagers de cette route sont aussi très sympathiques. De temps en temps une voiture s’arrête, et on me demande si j’ai besoin de quelque chose. Souvent, j’accepte une bouteille d’eau. Scène irréelle le deuxième jour. Un pick-up s’arrête et un mauritanien grisonnant sort de la voiture. Sont boubou virevoltant autour de lui, lui donne des airs d’empereur du désert. Il tient entre ses mains une cocotte-minute. Il l’ouvre devant moi, et avec un grand sourire me tend un bout de dromadaire sanguinolent ! Quelle générosité ! Mais, je dois refuser, ce bout de viande ne m’inspire pas confiance. Je prétexte un manque de place dans mes sacoches. Il retourne vers sa voiture et arrache le paquet de biscuit des mains de sa femme (qui ne veut pas le lâcher) et va chercher une bouteille d’eau. Cette fois-ci, je ne fais pas la fine bouche, j’accepte avec le sourire !

A propos de viande, tous les kilomètres une odeur nauséabonde envahit mes narines : une carcasse ! J’en croise depuis la Suisse, plusieurs dizaines par jour. Elles sont de précieuses sources d’informations. Grace à elles, je peux notamment établir un petit inventaire de bêtes peuplant les contrées que je traverse. Actuellement je croise beaucoup de gerboises, de chèvres, de poissons (!?), d’ânes, de vaches ou même de dromadaires ! Malheureusement toutes ces jolies bestioles sont écrasées et en cours de décomposition!

Au fil de ces charmantes rencontres, la route se poursuit pendant 4 jours, et 450km. Le trajet est plus éprouvant que dans le Sahara Occidental, mais je sais qu’au bout je vais avoir une récompense de taille ! Et pour cause, à Nouakchott  Manu et Tom m’attendent avec un frigo rempli de bière belges !

A suivre ….


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4 Réponses

  1. Robert

    enfin le temps de lire quelques passages de votre aventure, une fois qu’on commence à lire on ne peut plus s’arrêter! on ressent bien l’amabinace!
    bonne continuation et à bientôt!

    Robert

    5 mars 2012 à 8 h 42 min

  2. Hola William , esto funciona , pues este tiempo en Africa tiene su peligro , 🙂 Mencanta tus comentarios casi puedes estar viendolo , por el agua todo bien y comer nada de gastro hahaha jajaja ,,;;;;) cuidate pues estas lejos , ale ale wili adelante canpeon ,))))

    19 novembre 2011 à 13 h 39 min

  3. Super bien écrit, et captivant, surtout quand on connait un peu le coin. Mais à Nouakchott, chez Tom et Manu il s’est passé quoi ? Putain, vivement le prochain post !

    16 octobre 2011 à 19 h 22 min

    • Ahah, mystère! Je vais me remettre au boulot pour finir le chapitre 11. Ça s’passe à Nouadhibou? Tu viens à Dakar finalement? A plus!

      17 octobre 2011 à 9 h 35 min

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