A la découverte du monde à 20km/h…

Chapitre 30: Sprint

Ces derniers jours, tout s’est precipité, et je ne trouve presque jamais de temps pour  »faire mes devoirs », à savoir écrire un nouvel article. Voyons ce que j’arrive à faire aujourd’hui…

PiBin, in and out

je vous avais laissé alors que je m’appretais à quitter Istanbul. Le départ était fixé après la finale de l’euro, le 1er juillet. Ce ne sont pas les klaxons espagnols qui m’ont tenus éveillés jusqu’à tard dans la nuit (car inexistants dans cette partie du monde), mais la perspective de quitter le lendemain cette ville si particulière m’empêcha de laisser filer quelques précieuses secondes dans un lit à ne rien faire. Je me balade de nuit dans les rues de Taksim qui me rappellent légèrement les ruelles à flanc de Cerros de Valparaiso.
Je suis près à partir vers 11h du matin, et c’est alors que, coup de théâtre, je reçois un message de PiBin. Il vient de recevoir son visa pour l’espace Shengen et sera à Istanbul prêt à pédaler avec moi dès le lendemain. Je défais donc mes sacoches et m’accorde une journée de plus pour l’attendre. Je me réjouis de retrouver PiBin et partager avec lui les plaisirs du voyage. PiBin est bel est bien le compagnon de voyage parfait.
Nous nous retrouvons donc prêt à partir le 2 juillet, et là, la course commence. Mon ami d’université Grégoire prevoit de me rejoindre à Tirana pour pédaler avec mois une dizaine de jours. Tirana, capitale de l’Albanie, est à plus de 1’100km d’Istanbul et je dois y etre le 12 juillet, dans 9 jours. Je dois donc mettre le turbo et inciter pibin à en faire autant.
Les premiers jours avec pibin sont super, on se marre toujours autant, et la chance nous souri tous les jours. Pour une des siestes de PiBin,  nous nous allongeons sur la pelouse devant un centre de distribution de fruit secs; le patron vient voir qui sont ces hobos qui empietent sur son territoire, mais au lieu de nous mettre dehors il nous mène  à la cafète de l’entreprise, nous sert deux bols de çorba puis nous remet 850gr des meilleurs abricots secs de Malatya. Il y en a pour 15€. Ces abricots me serviront de carburants de luxe pour la semaine qui suit.
Apres une autre sieste, à l’ombre des arbres qui entourrent une petite mosquee de village, l’Imam, jeune dynamique et anglophone nous invite pour boire un çay. Je lui demande la permission d’aller jeter un oeil dans la mosquée. L’Imam nous fait une visite guidée, nous explique où et comment prient les fidèles, et surtout nous laisse monter en haut du minaret qui surplombe la mer Marmara. Avant de partir, il nous remet un beau coran et un chapelet coranique.

Sprint greco-mecédo-albanais

Malgré tout, quelque chose ne va pas lors de cette chevauché avec Pibin à travers la Thrace: on n’avance pas, ou en tout cas pas assez. Il faut faire au moins 120km pour arriver à temps à Tirana et là, nous faisons du 80km/jours au max. PiBin ne peux rouler lors des heures les plus chaudes de la journée et moi, j’enchaine crevaison sur crevaison. Mes rustines se decollent à cause de la chaleur. Alors que je n’avais crevé que trois fois jusqu’alors, je me retrouve le pneu arrière à plat cinq fois en deux jours. Je suis contraint de réparer mes chambres à air en plein soleil face à 5 chiens errants géants et affamés qui attendent que je leur jette quelques bouts de pains.
Pibin est trop lent, jusqu’alors cela ne me gênais pas, et je préférais même voyager à son rythme,  mais là je veux arriver à temps pour réceptionner Grégoire à Tirana. Je dis donc à PiBin que je compte continuer seul afin de pouvoir tout faire en vélo, tandis que lui prendra un bus de Thessaloniki en Grèce pour me rejoindre en Albanie quand Grégoire sera là. Il veut le rencontrer et nous ne voulons pas nous dire adieu maintenant.
Je passe seul la frontière turco-greque le 6 juillet, après avoir traversé la patrie d’Atatürk d’Est en Ouest, a vélo et parfois en bus. Les 1’200km de ce parcours, je les aurais fait le trois-quart du temps avec mon ami chinois à mes côtés.

C’est parti pour la Grèce! J’ai 390km à couvrir pour arriver à Thessaloniki, deuxième ville du pays. Je trace donc, retrouvant le rythme adopté en début de voyage, en Espagne. Il fait super chaud, mais cette fois je suis adapté et peux pédaler même lorsque la température fait fondre le bitume. Pour aller plus vite, je roule sur l’autoroute. Pas d’ombre, pas d’eau, pas de stations service. Rouler sur une autoroute en Grèce est synonyme de traversé du désert. Tous les 30km il y a une sortie qui rejoint une station service au centre d’un village ou je me repose et remplis mes gourdes. Je traverse de jolies villes, comme Kavala, mais je ne prends pas le temps de visiter, je dois pedaler. Je dois arriver à Tirana à temps…
Malgré ce sprint, je fais quelques jolies rencontres, comme le jour où une voiture s’est arrêtée et qu’un jeune couple un peu bizarre m’a demandé:  »do you have money? ». Prudent, je réponds par la négative. Aussitôt, la fille me tend un billet de 10€, trois bières, du pain et de l’eau. Sympa!

Après 390km en trois jours depuis la frontière, j’entre à Thessaloniki le dimanche 8juillet. Mais voilà, j’ai voulu aller vite, et du coup je souffre du derrière comme jamais. Le sel de la sueur à fait des dégâts et je sens que si je ne veux pas ranger ma selle dans la catégorie  »instruments de torture » je dois laisser le tout reposer une journée. Ainsi, je perds une journée, je dois donc prendre le bus jusqu’à la frontière macédonienne. Fichtre! J’étais super motivé pour ne pas prendre de véhicule jusqu’en Suisse … donc voilà, le 10 juillet, j’entre en Macédoine, il me reste plus de 250km de collines avant d’arriver à Tirana. Trop juste. Lorsque les montées sont trop longues, je lève le pouce tout en pedalant et monte par trois fois dans des pick up pour liquider des montées trop longues.

En Macédoine, les paysages sont magnifiques, très verts, et je regrette de ne pas m’y attarder. A partir de la ville d’Ohrid, au bord du lac du même nom, je retrouve les villes et les régions que j’avais traversé en bus avec Robin il y trois ans, ce qui offre quelques moments de nostalgie. Lors de ce voyage sac au dos, en bus et train, je prévoyais déjà entrer en Europe par ce chemin. Ça fait bizarre d’y être enfin, cela semble si lointain!
Ohrid est magnifique, et je décide de mettre en pratique ce que PiBin m’a enseigné dans l’art du camping urbain. Je repère une petite église surplombant le lac et dors ainsi face à cette immensité d’eau, entre les maisons mais à l’abri des regards.

En entrant en Albanie, je rencontre une multitude d’autres cyclistes, qui voyagent à travers les balkans. Certains prevoyent même d’aller en Asie. Ça fait plaisir de rencontrer des collègues, mais ces rencontres sont néanmoins moins chaleureuses qu’en Iran ou au Nepal…
Le 11 juillet au soir, je boucle enfin ce marathon de 9 jours entammé à Istanbul. Tout n’a pas été fait à vélo, mais bon, no choice.

Je mets une croix sur des retrouvailles avec mon ami chinois lorque je découvre les mails de PiBin (malade, bloqué à Xanthi, perdu en Grèce), mais voilà,  alors que je cuisine mes pâtes dans, la cuisine de l’auberge, coup de théâtre! Mon téléphone sonne, c’est PiBin, survolté, qui m’annonce qu’il arrive à Tirana dans la demie heure. Il a fait du stop depuis la frontière sud avec la Grèce, et a remonté toute la cote adriatique en compagnie de travailleurs albanais qui sont allé jusqu’à le déposer devant la porte de l’auberge.
PiBin est là, Grégoire arrive demain. Joie.

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4 Réponses

  1. Corinne Hermieu

    Salut William,
    Toujours sur ton porte-bagages depuis quasiment le début de ton aventure, ça fait des mois que j’essaie de t’envoyer des messages, sans succès…j’essaie à nouveau ce soir (avec une fausse adresse-mail !!!)…bravo, tu es un aventurier extraordinaire et un conteur fabuleux, je t’ai suivi km après km et ai l’impression d’avoir voyagé moi aussi…te voilà en Europe, dernière ligne droite…ça sent l’écurie !!!
    Merci pour ton roman à épisodes que je découvrais à chaque fois avec grand plaisir…et qui va me manquer…
    Bonne fin de voyage,
    Biz++
    Corinne

    26 juillet 2012 à 20 h 45 min

  2. Fred

    Plus d’un an sur les routes, bravo! Bon sprint final!

    19 juillet 2012 à 18 h 01 min

  3. dla balle !

    16 juillet 2012 à 22 h 48 min

    • Luc

      Bonjour William…Tes aventures nous manquaient…Profite des derniers jours…Tu es de nouveau en Europe! Cela va te changer…Luc de Francfort!

      17 juillet 2012 à 6 h 55 min

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