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Chapitre 24: Namaste Sagarmatha! partie 1

Namaste Sagarmatha, Tashi Delek Chamolungma, Salut à toi Mt Everest, Ave Everestus!

Adios Vietnam, au revoir Stéphane, Benoît et la famille Duteurtre. Merci à tous pour votre accueil et votre compagnie. En sautant dans l’avion, puis en atterrissant à Kathmandu, je me jette dans un autre monde! Mon vélo, ô surprise, arrive saint et sauf à Kathmandu alors que j’ai usé de diverses ruses et filouteries à Hanoi pour ne pas payer le surplus de 20kilos que celui-ci représente. Mon excitation est grande: le Népal, j’attendais ça avec impatience, quelle joie d’y arriver enfin! Dans l’aéroport, je chante à tue tête, je me jette dans les bras des vieilles dames qui attendent leurs bagages, je lance des bonbons en l’air que les enfants s’empressent d’aller ramasser. Quand viens mon tour, je tends mon passeport à Mr Visa en lui gratifiant de mon plus beau sourire. ”I will stay 30 days in your wonderful country My friend!” Le visa est collé, le passeport rendu, je peux entrer officiellement au Népal, et vérifier par moi même si le pays est véritablement ”wonderful”. En assemblant mon vélo devant l’aéroport, je suis régulièrement interrompu par les nombreux chauffeurs de taxis qui proposent leurs services à la sortie du bâtiment. Généralement ces personnes représentent le pire accueil que peux réserver un pays aux touristes et voyageurs. Souvent, ce sont même eux qui ont l’honneur de vous proposer une première arnaque. En revanche, mes amis taxiwallahs, comprenant que je ne suis pas une cible comme une autre, me lance des ”welcome in Nepal !”, me donnent quelques précieux conseils sur la circulation et m’indiquent la direction jusqu’au centre-ville des backpackers: Thamel. Plus heureux que jamais, je donne mes premiers coups de pédale népalais en fin d’apres-midi de ce samedi 17 mars 2012.

Thamel parmi les hippies-backpackers-touristes et vers Shivalaya en mode cycliste


Saturation de piétons, de deux-roues, de piétons, de vendeurs, de touristes, de micro-particules, de trekkeurs, d’hôtels, de restaurants, de magasins d’articles d’alpinisme, de klaxons, de dealers, de cris, de sourires et de pleurs: voilà comment décrire brièvement le quartier de Thamel. Je suis tellement impatient de me lancer sur les routes puis les sentiers du pays que je ne vais y rester que deux petites nuits, le temps de me mettre en règle ( permis de trekking) et de parfaire mon équipement. Je découvre aussi les spécialités culinaires locales: en mangeant un plat de momos dans un petit restaurant, je croise la route de Pierre, artiste peintre parisien qui a aussi le viseur sur le Mt Everest. Partant avec quelques jours d’avance, il est néanmoins possible que nous croisions plus tard. Plusieurs kilos de superflus laissés entre les mains du roi de Prince Hôtel, digne de confiance je l’espère, je commence mon épopée vers le pied du toit du monde. Everest, me voilà!

Toujours plein d’entrain et de bonne humeur, je fais ma première véritable erreur de navigation. Perdu pour la premiére fois, je fais un détour de 7km qui me permet de visiter un quartier charmant: Patan. Erreur corrigée, je mets mon cap à l’Est, vers le village de Shivalaya à deux cents kilomètres. En me lançant sur les routes népalaises, je dois avouer que je suis intimidé. L’Himalaya, ce n’est pas rien! Les dimensions sont gigantesques, les montées sont interminables, et la largeur de la route moindre. L’effort physique est au rendez-vous, et les frayeurs aussi. Les 4500m de dénivelés positifs en 3 jours sont peut-etre pas loin de m’achever, mais ce sont surtout ces bus fous qui devallent les côtes à toute allure et chargés d’une vingtaine de personnes sur leurs toits qui sont proche de mener à bien cette tache. Parfois, ce sont les enfants qui jouent avec mes nerfs, marchant à mes côtés sans se presser (eh oui, il est rare que ma vitesse excède les 7kmh), pendant une ou deux heures en me demandant de toutes les façons possible des stylos, du chocolat (si seulement j’en avais, ne serait-ce que pour me booster), ou des dollars. Mais rien de tout ça n’entamme ma bonne humeur, surtout quand au levé, je constate à travers la toile de ma tente que j’ai le droit à un comité de réveil qui m’apporte des biscuits pour mon petit déjeuner!
Il me faut trois jours pour rallier Shivalaya, ville d’où je commence ma marche. Mon arrivée à vélo fait sensation aussi bien auprès des népalais que des futurs trekkeurs. Les cyclistes ne doivent pas être nombreux dans le coin, surtout que pour arriver dans ce village qui, alors, me semble être le bout du monde, il faut emprunter une piste ultra-cabossée et vertigineuse par endroit sur plus de 20km. Toujours impatient de retrouver ces sensations de la marche qui me manquent tant, je ne perds pas de temps. Arrivé en fin d’apres-midi, épuisé après ces 3 jours de montées sans pitié, je pars à la recherche d’un ”bikesitter” pour veiller sur mon vélo pendant mon absence. Finalement, je confie mon deux-roues, ma tente, et encore quelques kilos superflux aux gardes de la réserve naturelle dans laquelle je me situe en esperant tout retrouver dans deux ou trois semaines. La montagne népalaises étant parsemée de  »lodges », sortes de guesthouses proposant un lit pour trois fois rien (je paye en général moins de 50cents par nuit), et des plats allant de 1 à 5 € suivant l’altitude à laquelle se trouve ce dit lodge.

Aventures sur le toit du monde, petit descriptif

Tel l’oeil de Sauron dans le Seigneur des Anneaux, l’Everest balaye son regard de plus en plus souvent dans ma direction depuis mon arrivée en Asie. Il m’appelle, il m’atirre, je veux lui répondre, le voir, l’effleurer. Avec ses 8’848m, ses légendes, ses comptes, les exploits de ses alpinistes mais aussi ses morts et ses tragedies, Sagarmatha a tous les arguments pour exercer cette fascination dont je suis victime. Ces hommes qui se lancent à l’assaut de cette montagne sont pour moi des héros. Des héros de l’inutile peut-etre, mais néanmoins, les souffrances et les privations endurées pour d’éventuelles minutes de gloire au sommet de la plus haute montagne du monde n’ont cesse de m’impressionner.

Les premières expéditions pour conquérir le toit du monde datent des années vingt. Le Népal étant fermé aux étrangers à cette époque, les expéditions, britanniques en l’occurrence, rejoignaient Bombay en Inde par bateaux, puis le Sikkim au nord de Calcutta en train. Dès lors, des caravanes de plusieurs centaines de mules et porteurs véhiculaient des tonnes de vivres et de matériel à travers le Tibet afin de rejoindre le versant nord de la plus haute montagne du monde. Véritable expéditions dans l’expédition, rejoindre le pied de l’Everest était alors, et l’est toujours à moindre mesure, un véritable voyage initiatique. D’autant plus qu’il fallait alors trouver une voie d’accès allant jusqu’au pied de la montagne, puis sélectionner une route pour rejoindre le sommet.
La figure emblématique des expéditions de 1921, 1922 et 1924 est celle de George Mallory. Alpiniste phare de l’epoque, il a notament répondu à un journaliste qui lui demandait d’où lui venait cette obsession d’escalader l’Everest:  »Because it’s there » (parce qu’il est là). Les recits de ces premières tentatives d’ascension sont passionnantes! Les alpinistes n’ayant pu gravir d’autres montagnes que celles des alpes, se jetaient coeurs et âmes sur les versant de Chomolungma,   »Déesse mère du monde » en tibétain. Malgré des vêtements tels qu’on pouvait en trouver à Londres à cette époque (et donc absolument pas adaptés pour lutter contre des températures descendant jusqu’à -50°C), et un équipement rudimentaire par rapport à ceux dont bénéficiaient l’équipe de John Hunt en 1953 lors de la première ascension, Mallory et les siens sont parvenus très haut sur cette montagne. L’usage de l’oxygène était déjà de vigueur, et en 1924, des altitudes faramineuses ont étés atteintes. Norton , un des membres de l’expédition est parvenu, au bord de l’épuisement à environ 8570m avant de redescendre à moitié aveugle. L’assaut qui a suivit est mythique. Mallory lui même s’élance du Camp IV en compagnie d’un jeune novice mais expert dans la manipulation des bouteilles et masques à oxygènes: Sandy Irvine. Le duo est aperçu pour la derniere fois à plusieurs centaines de mètres du sommet, entre les deux principaux obstacles du versant tibetain appelés First et Second Step. Personne ne sait si Irvine et Mallory sont parvenus au sommet ou non. Même si une ascension ne peut pas être déclarée réussie si personne n’en redescend vivant, ce mystère est l’un de ceux ayant fait coulé le plus d’encre dans le monde de la haute-montagne.
Plus tard, en 1999, Conrad Anker, un alpiniste américain de renommée mondiale, a retrouvé le corps de Mallory dans un état de conservation impeccable. Néanmoins, le doute subsiste encore aujourd’hui: Mallory et Irvine sont-ils parvenus au sommet 29 ans avant Hillary et Tenzing Norgay? Pour les curieux, je vous encourage à jeter un coup d’oeil à ce reportage sur la recherche et la découverte du corps de Mallory dont voici la bande-annonce:

http://m.youtube.com/watch?desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3DlpwBQlOSJ3I&v=lpwBQlOSJ3I≷=US

Après plusieurs années de vache maigres, l’aventure himalayenne a repris en 1950, lorsque le Royaume du Népal a enfin ouvert ses portes aux étrangers. L’impensable réussite d’Herzog et Lachenal aux Annapurnas sonne la chasse aux 8’000m. Cette première victoire sur les plus grandes montagnes de la planète sort de nulle part. Herzog , Rebuffat, Terray et Lachenal ont, sans aucune carte digne de ce nom, cherché la montagne pendant plus d’un mois. Avec la Moisson à leur trousse, ils graviront la montagne en moins de deux semaines et perdront tous leurs doigt et orteils à cause du froid. Après ce succès, les 14 sommets de plus de 8000m seront gravit un à un pendant 15 ans: l’âge d’or de l’Himalayisme.
Pour finir avec cette présentation, venons-en à la première ascension du sommet qui nous intéresse: l’expédition de 1953 dirigé par le britannique John Hunt et qui amènera Sir Edmund Hillary de Nouvelle-Zelande et du tibétain Tenzing Norgay au sommet de l’Everest. Cette expédition est une des plus réussie de cette époque. Aucun mort, aucune blessure importante, et surtout la nouvelle du triomphe sur le toit du monde arrivant pile à l’heure pour le couronnement de la Reine d’Angleterre! Les expéditions partant pour la région de l’Everest commençaient leurs voyage à pieds non loin de Kathmandu, passant par Shivalaya, Lukla et Namche. C’est cet itinéraire que j’ai suivi, tantôt à vélo, tantôt à pied. Depuis la construction de l’aéroport de Lukla ( un des plus vertigineux au monde), les trekkeurs ordinaires amputent au trail près de 5 jours de marche dans des paysages bien différent de ce qui les attendent plus haut. Montant de cols de plus de 3’300m et descendant  des rivières par des pont suspendus à 1’800m, la poignée de trekkeurs s’obstinant à parcourir ce trek dans son intégralité ont l’opportunité de découvrir un autre visage du Népal.

Shivalaya- Everest: GR5 revival ?

En lisant les premiers chapitre de 20kmh.net, vous pourrez constater que mon expérience sur le GR5, trek allant du lac Léman à la Mer Méditerranée, m’a laissé de souvenirs très forts et imperissable. C’est donc naturellement que je m’attendais a retrouver les mêmes sensations dès mes premières foulées himalayenne. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Alors que je me prépare à avaler les étapes en un rien de temps, sautant de village en village comme si j’étais chaussé de bottes de sept lieux, je réalise qu’il me faudra quand même un temps d’adaptation. Il est vrai qu’il y a deux ans dans les Alpes, il m’avait fallut presque cinq jours pour me faire arriver au top de ma forme. De plus, ici, ce n’est pas les alpes. Il est vrai que cette première partie de trek ne dépasse pas les 3550m, mais cela fait longtemps que je n’ai pas utilisé mes jambes de cette manière, du coup, la première étape est relativement longue et difficile. Un rythme plus lent, voilà ce qu’il me faut! Savourer le temps présent, profiter de chaque panorama, saluer chaque villageois et plaisenter avec les enfants,  véritables âmes de ces premières montagnes. Après tout, j’ai le temps, et qu’importe, dans 10 jours ou dans 20 jours, l’Everest sera toujours le même.

Et là, Miro est arrivé…

Lors de cette première journée je fais de nombreuses rencontres, dont certaines seront decisives. La première se fait à Thodung à 3’000m, au-dessus du premier col du trek. Je tombe par hasard sur une vieille ferme et son propriétaire. Dents en moins, vêtements sâles et déchirés, cet homme est pourtant d’un accueil exemplaire. Pour trois fois rien, il m’allume un feu et me fais du thé et une chapatti. Sa fille d’à peine un an déambule parmi les animaux cinq fois plus grand quelle. Avant de partir, je garnis les poches de fromage  »de nack », la femelle du jack, que je paye gracieusement pour les remercier. A peine remis de cette rencontre hors du temps, je m’arrête dans le prochain village pour y manger un Dal Bhaat, plat national de riz et lentilles. Tout d’abord, je négocie le prix du plat à la baisse comme cela se fait toujours,  puis, en attendant ma pitence,  je mets à jour mon journal. Quand la propriétaire du petit restaurant lodge me voit faire, elle me demande quelle est ma profession. Tout de go, je réponds sourire aux lèvres que je suis écrivain. Lassé de répéter à chaque fois le même discours, il m’arrive souvent de m’inventer de nouvelles vies. Sa réaction est immediate:  » Great.  Today, everything is free for you. Please, note my lodge name in your book ». Ainsi, après avoir négocié mon repas à la baisse un peu plus tôt, je me trouve en train d’implorer la dame pour qu’elle me laisse payer ne serai-ce que mon thé. Rien à faire, elle veut rien lâcher, je ne dois rien payer, mais lui faire une pub gratuite et d’enfer dans mes écrits. Ainsi, je t’implore, ô lecteur, de te rendre à Bhandar, au Shoba Lodge. Si tu ne le fais pas, mon karma risque gros!

Alors que je termine ma première étape et arrive dans la petit bourgade de Kinja, je rencontre une belge de trente ans qui marche avec un sac rikiki.  Je l’envie, c’est une pro (ou une inconsciente selon certains) de partir trekker plus de 15 jours avec un sac d’à peine 5kg. Et moi qui était fier d’avoir qu’un sac de 10kg! Ce premier soir, au lodge que nous avons choisis parmis la floppée d’auberges disponibles dans ce village, je mange un met que je ne me serai pas attendu à déguster de si tôt: des Roestis! C’est pendant que mes papilles frémissent de plaisir que jaillit dans mon champ de vision l’incarnation même du Yeti !
Démarche claudiquante, taille impressionnante, peau bronzée, bouche sevère cachée derriere une barbe et chevelure assez garnie pour, une fois tondues, remplace la laine de yack utilisée dans la confection des pulls-overs népalais. L’individu s’approche dangereusement et heurte une chaise de son fémur en passant au niveau de notre table. Il s’arrête un moment, entame la conversation en reprenant sa marche hyperactive tout autour de notre table: « Are  you going Everest Base Camp? » À peine avons nous répondus qu’il enchaîne: « I know Nepal good. Came here 30 years ago ». Ainsi, je fais la connaissance de Miro, alias Babaji ou Yeti, qui fondera une des équipe de trek les plus souriante et énergique de ce parcours.
Après quelques minutes de conversations, à moitié hypnothisé par les mouvements incessant de ce géant, j’apprends que Miro est slovène, a 60 ans, et que durant la fin des années 70, il a fait partie de plusieurs expéditions slovènes au Makalu (8’463m, le 5ème plus haut sommet, ainsi qu’aux Gasherbrum I et II (11ème et 13ème sommet) situés au Pakistan et est chaque fois arrivé au sommet. Il effectue actuellement un pèlerinage jusqu’au camp de base du Makalu, en mémoire d’un cousin membre des  mêmes expéditions, décédé il y a quelques années. Quand je lui dis que je suis passé par l’Aconcagua, son visage s’eclaircit légèrement: il y était il y a 6 ans et est parvenu au sommet en un seul coup, en partant seul du camp de base. Cet homme, c’est un dur! Aussi rapidement qu’il est arrivé,  Miro repart d’où il est venu, vers le l’autre extremité du village.

Après avoir fini mes roestis, toujours un peu sous le choc de l’ouragan Miro, je décide de laisser la belge à sa tarte aux pommes et de profiter des dernier rayons de soleil pour me balader dans le village. Situé entre deux ponts suspendus, au fond d’une vallée ensoleillée, Kinja est articulé autour d’une allée principale bordée par une vingtaine de maisons en pierres, la plupart pouvant servir de lodges lors de la haute saison. Alors que la nuit s’installe peu à peu, je vois Miro installé à une table d’un autre lodge en compagnie de deux jeunes filles; je m’approche afin de voir avec qui cet homme peut bien friquotter. Me voyant arriver, Miro se lève aussitôt, me lance  » I go to bed, I leave you with my americans daughters ». Une fenêtre dans sa barbe laisse deviner un sourire.

Ainsi, je fais la connaissance de Kesa et Caitlin. Du Montana aux États-Unis, elles contrastent avec toutes les touristes américaines aperçues en Amérique du Sud et au Laos. Pas d’accent énervant mais ton calme et posé, allure décidée et volontaire, mais avec le second degré necessaire pour passer des soirées à rigoler. Et puis surtout, elles ne se stérilisent pas les mains au gel désinfectant après chaque effleurement avec un enfant du village comme le fond tant de leurs compatriotes et elles mangent du fromage même s’il n’est pas emballé sous célophane. Aussi, il faut l’avouer, elles sont jolies et amicales. Quand elles m’annoncent que le lendemain elles comptent partir en même temps que « babaji », c’est à dire à 6h, j’affirme que c’est exactement à cette heure-ci que je voulais mettre les voiles…Bien sûr ce n’était pas le cas,et dire que je me croyais matinal en me réveillant à 7h!

Au soir, je ne voyais aucun inconveniant à me lever tôt, mais au petit matin, c’est une autre histoire. Je décolle finalement que vers 6h45, en espérant que les foulées du Yeti et de ses  »filles américaines » ne seront pas trop rapides pour moi, je me mets en route à rythme soutenu. Heureusement, en une heure  je les rattrape et Kesa, Caitlin et Miro affichent un grand sourire en me voyant arriver. Cette matinée de marche est l’occasion de faire plus ample connaissance. J’apprends ainsi que les deux filles ont rencontré Miro dans le bus qui les a menées de Kathmandu à Shivalaya. Depuis, cela fait deux jours qu’ils marchent ensemble. Mon arrivée leur fait du bien, car des fois elles trouvaient le temps long avec leur compagnon de marche qui marmonne sans cesse dans sa barbe des paroles incompréhensibles. J’apprend aussi que Miro voyage plus de 6 mois par an depuis qu’il est à la retraite après une carrière d’ingénieur métallurgique. Kesa et Caitlin ont obtenu leurs bachelor respectivement en sociologie et en études internationales. Après plusieurs mois de petits boulots, elles profitent de leurs économies pour voyager en Inde et en Asie du Sud Est. Bien que voyageant chacunes de leurs côtés, elles ont décidées d’unir leurs efforts pour ce trek. Dans trois semaines, leurs chemin se sépareront, Kesa retournant en Inde et Caitlin restant au Népal pour travailler 3 mois pour le WWF.

Miro’s children: équipe au complet!

L’étape du jour est une des plus longue et plus sévère en termes de dénivelé. De Kinja au col de Lamjura Là à 3’550m, il y a presque 2’000m de montée. Comme nous avons commencé tôt, la chaleur est supportable et les rodondindron en fleurs nous abritent du soleil. Alors que nous faisons une pause après avoir déjà parcourus plus de 1’000m, nous rencontrons deux jeunes qui sortent tout juste de leur auberge. La fille, maquillée, et le gars avec un sac à dos gros comme une valise entament la conversation. 21 et 22 ans, Georgia est australienne, et Callum néo-zelandais. Ils vivent à Londres mais voyagent en Asie depuis quelques semaines et ont décidé de tenter l’expérience de la marche. Tous deux n’ont jamais fait de treks, et s’y prennent de manière assez particulière. Ils trimballent par exemple des milliers de trucs inutiles comme une floppée de pantalons et t-shirts(nous autres nous en avons deux, si ce n’est qu’un, articles de chaque), du parfum, un jeux d’échec…etc. mais malgré tous ces kilos superflux, aucun d’eux n’a de carte! Callum est Georgia sont néanmoins extrêmement sympathiques et ne se plaignent de rien. Ainsi, ils sont les bienvenus dans notre compagnie, et ensemble nous reprenons la route vers le Lamjura La.
Miro, Kesa, Caitlin, Georgia, Callum et moi: ça y est la Miro’s teams est au complet! Ensemble nous irons loin!

Je n’avais pas prévu marcher avec les mêmes personnes tous les jours, je pensais plutôt croiser des gens, partager des soirées dans les lodges avec divers groupes, et basta. Mais ce qui se passe après seulement deux jours de marche est assez improbable. Cette rencontre avec quatre autres trekkeurs indépendants (sans guide ni porteurs) de mon âge, au même rythme, avec qui j’ai des points communs mais aussi de nombreuses différences rendra l’expérience de ce trek encore plus riche et comique. Et bien sûr, le personnage de Miro est unique en rajoute un côté irréel à l’expérience. Vite, il devient le pilier central de notre groupe. Tel un gourou, il est notre emblème et nous présente comme ses enfants dès qu’il en a l’occasion. Sans prendre le risque de le dire à voix haute, nous esperons tous que notre groupe restera ainsi constitué jusqu’au terminus: le camp de base de l’Everest (sans Miro bien sûr qui partira en direction du Makalu quand le sentier l’ordonnera).

Les étapes, nous les arrêtons aux alentours de 15-16h, ce qui nous laisse le temps de nous reposer et de profiter du village et du lodge. Dans cette première partie du trek, les lodges sont très familiaux, alors qu’après Lukla ceux-ci seront plus grands et moins intimistes. Les chambres et dortoirs se trouvent généralement à l’étage, tandis que quelques tables et chaises se situent au rez-de-chaussé, parfois dans la cuisine. Ainsi, nous mangeons nos patates sautées ou soupes de nouilles discutant avec les femmes-cuistos qui font toute la cuisine au feu de bois, sur un immense foyer qui permet de placer trois ou quatre casseroles sur le même feu! Les enfants sont souvent nombreux et Miro s’en donne à coeur joie: il adore leur courir après pour leur secouer leurs chevelure de ses grosses mains! La décoration des lodges est un peu particulière en cette première partie de trek. Après Lukla, en plein pays Sherpa, les murs seront ornés de diplômes d’écoles d’escalade, et souvent de clichés pris par le maitre des lieux depuis le toit du monde! En revanche, au J3, nous trouvons le summum du mauvais goût: des posters super  »photoshopés », représentant des bébés européens maquillés jouant dans l’herbe et tous sont munis d’une légende ridicule qui reflète pourtant la niaisérie de la photo. L’un d’eux nous fait rire toute la soirée: un bébé faisant la moue assis dans un grand paquet cadeau et portant un chapeau conique que l’on trouve pendant les carnavals. La légende, écrite dans toute les couleurs dit:  »sorry, let me enjoy ! » Kesa en est fan.

Partout où  nous allons, Miro fait sensation. Les quelques trekkeurs que nous croisons nous demandent qui est cette personne étrange qui ne parle qu’à nous et à lui même! Peut être que Miro fait un peu peur à ses compères occidentaux, mais il s’entend incroyablement bien avec les locaux. Dans de nombreux villages, il nous montre une maison en nous disant.  » Thibault lodge very good. Friend of mine lived here 30 years ago ». Il nous fait aussi découvrir des spécialités de la région, comme le porridge de tsampa, sorte de purée brunâtre que je mangerai tous les matins tant celle ci est nourissante. Et puis, il y a le Chang, bière locale faite à partir de millet fermenté et chauffée auprès du feu. Chaque maisonnée en a un d’un goût différent. Avec Callum, on en prendra une tasse tous les soirs.
Finalement, quand Miro nous annonce, après 4 jours, que son chemin pour le Makalu continue à l’Est tandis que nous bifurquons au Nord, nous sommes chagrinés de le voir s’éloigner. Heureusement, si tout va bien, je le reverrai en Slovénie cet été.

A peine l’avons nous quitté que nous faisons nos premier pas dans la vallée de le rivière Dudh Koshi, que nous allons remonter vers sa source, en direction de l’Everest. Fini les montées et descente cassantes, à partir de maintenant c’est une pente longue et sans interruption qui se presente à nous, et celle-ci nous fera monter très haut, jusqu’à 5’550m. Aussi, fini les journées à croiser qu’une poignée d’autres trekkeurs, en dépassant Lukla, le nombre de marcheurs augmente de manière dramatique! D’ailleurs, en nous pointant du doigt les avions dans le ciel se rendant à Lukla, Miro annonçait souvent avec un sourire destiné à Caitlin  et Kesa:  »Lukla plane: full of fat americans and germans people! ». Dieu sait ce qui nous attend….


Episode 5, GR5 suite et fin!

Previously, on 20kmh…

William, après avoir affronté des beaufs’ en vacances, plante sa tente dans un lieu idyllique. Après plusieurs jours passés dans un des coins les plus déserts de France, il retrouve la civilisation en entrant dans le Parc du Mercantour, et approchant de son objectif final : la mer…


Partie 5

En entrant une dernière fois dans le parc du Mercantour, je me rends compte que je suis à quelques jours de la fin de cette superbe marche. Lorsque je croise des routes, les panneaux indiquent la direction de Nice. Je sais qu’en levant le pouce, en 2-3heures je pourrais arriver chez ma grand-mère, terminus de mon périple. Mais je ne le veux pas. Arriver à Menton par les montagnes, découvrir progressivement un paysage plat et linéaire après ces quinze jours sans horizons lointains, sentir l’iode et me jeter à l’eau sous le regard intrigué des touristes, voilà ce que je veux !

Nourriture

Après plusieurs jours sur un GR5 quasi désert, je me retrouve très vite entouré de nombreux promeneurs « à la journée ». Il y a beaucoup de familles. Heureusement, car qui dit promeneurs, dit refuge. N’ayant pas pu me réapprovisionner convenablement à Saint Dalmas de Valdebore, je dois aller quémander du pain dans un gîte au Boréon. Pourtant situé à proximité d’une route et proche d’un village, le propriétaire du refuge rechigne à me donner le pain de la veille, et c’est sans un sourire qu’il me donne un sac de croutons de pain.

Changement de menu!

Peut importe, je suis satisfait. De plus, quelques heures plus tard, en arrivant au Refuge de la Madone de Fenestre, je me fais violence et commende un plat du jour. Gnocchis et Daube en sauce, parmesans et tranches de pain, tout y passe ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas mangé autre chose que des pâtes, de la semoule ou des nouilles chinoises.Quelques jours auparavant, pour varier, je me suis même essayé à faire une ratatouille avec des légumes dénichés dans un commerce un peu plus tôt afin de manger des produits frais. C’était bon, mais incomparable face à ce plat à faire tomber une madone !

Cette pause gastronomique est la bienvenue. Je pense à longueurs de journées à la nourriture. Un village est souvent synonyme de glaces ou de pains au chocolat et un col d’une pause pain-Nutella. Souvent, le soir dans ma tente, après avoir mangé des pâtes au fromage ou à la sauce tomate, puis une semoule avec du chocolat en dessert, je finis mon festin par quelques biscuits (des petits beurres au Nutella de préférence) ! En parlant de Nutella, véritable carburant, j’en ai consommé plus d’un kilo en moins d’une semaine !

La Colère de Zeus

Après avoir empoché les quelques tranches de pains qui restaient dans la bannette, je décolle, et commence l’ascension du Pas du Mont Colomb à 2’550m. En sortant, je me rends compte que je n’aurais jamais du m’arrêter si longtemps. L’air est lourd et je sens l’orage qui approche. Je décide donc de grimper au plus vite afin d’être sur l’autre versant lorsque l’orage éclatera. Mon sac étant de plus en plus léger avec peu de nourriture, je peux avancer à une bonne allure. Malheureusement, l’orage éclate très vite. Il est très violent, et le fait de se trouver entre deux montagnes amplifie encore plus les grondements du tonnerre.

Afin de me rassurer, je compte les secondes entre le son et la lumière, entre le tonnerre et l’éclair. Au début, il est à quinze secondes, mais très vite il n’est plus qu’à dix, puis, quand j’arrive au sommet (qui est en plus très escarpée avec une descente très périlleuse), il se trouve juste au-dessus de ma tête ! Je fais l’inventaire de tout ce que j’ai de métallique sur moi, et décide de mettre ma gamelle, mon réchaud, et mon portable tout au fond de mon sac pour attirer la foudre le moins possible. Je range aussi mes lunettes, enlève ma ceinture, le tout en marchant. Je ne sais pas si c’est vraiment utile, mais pour la première fois, je suis extrêmement inquiet, les éclairs illuminant le ciel toutes les quelques secondes ! Le sol est complètement inondé et le chemin disparaît souvent sous des flaques de plusieurs mètres. C’est fou, ce matin les paysages étaient pourtant si secs !

J’arrive finalement au niveau d’une retenue d’eau où une sorte de tunnel de service me permet de me mettre à l’abri sur les quelques premiers mètres. Deux randonneurs s’y trouvent déjà. Ils sont bien équipés : piolets, casques, crampons, corde… bref, tout le barda. Ils me disent qu’ils sont allés faire du glacier. Je suis étonné, vu la température et l’altitude des sommets environnant relativement faible, je me demande comment ça se fait qu’il y a des glaciers. Enfaite, il s’agit selon eux d’un petit glacier de quelques dizaines de mètres. Ça doit être le glacier du Clapier, le glacier le plus au sud des Alpes.

Le short et les chaussures complètement trempée, je décide de me réchauffer dans le beau Refuge de Nice (2’235m) qui est, à cause du temps, densément peuplé. Il est 17h, et je ne sais pas si je vais pouvoir encore avancer aujourd’hui. La Vallée des Merveilles est à deux cols seulement, et j’aurai vraiment aimé y camper cette nuit… Finalement, la météo s’arrange peu à peu mais il est trop tard : je plante ma tente à contrecœur légèrement en amont du refuge, au milieu des rochers.

Bivouac dans les rochers

Une journée de 15h30 de marche

Avant mon départ il y a plus de deux semaines, je m’étais dit que j’effectuerai une étape nocturne. J’aime bien marcher de nuit en général, on y entend d’autres sons, et les senteurs sont différentes. La lune et les étoiles éclairent les montagnes que très légèrement, ce qui les rend encore plus imposantes et mystérieuses. Ayant fait une petite étape à cause de l’orage, je décide de me lever le lendemain à 4h du matin a fin d’admirer le levé du soleil depuis la Baisse du Basto (prononcer « ba-isse ») à 2’693m. Le réveil est dur, d’autant plus dur que durant la nuit, en allant vider ma vessie, j’ai marché sur une de mes sardines ! La douleur, si intense et inattendue me réveilla complètement. Il me fallut plusieurs minutes pour retrouver le sommeil. Ainsi, lorsque mon réveil sonne, je décide de me rendormir pour quarante minutes. Une fois mon petit déjeuner avalé, il me faut de longues minutes pour me sortir de mon sac de couchage et ranger ma tente dans le noir. Il fait froid, et le sol est toujours très humide. Je décolle donc peu avant 6h. Dans l’obscurité complète, et avec une lampe de poche de moins en moins vigoureuse, je pars à la recherche du chemin. Malheureusement, celui-ci est inondé sur de longues distances, et je n’arrive pas à le trouver. J’erre ainsi plus d’une demi-heure à sa recherche. Quand je le trouve, le ciel est déjà un peu plus clair : je suis en train de rater le lever du soleil ! Je speed pour gravir les 450m de dénivelés restant, mais quand j’arrive à la Baisse du Basto, il est trop tard, à 7h20 le soleil éclair déjà la plus part des sommets. Peu importe, j’escalade une pointe très abrupte jusqu’à une altitude de 2’800, afin d’admirer le soleil encore rouge et contempler l’étape qui m’attend en tentant d’apercevoir la mer. Ce ne sera pas pour cette fois.

Deux heures plus tard, j’entre dans la Vallée des Merveilles !

La Vallée des Merveilles

Cette vallée est célèbres pour ses 40’000 gravures datant de l’Age de Bronze couvrant les blocs erratiques ou les roches moutonnées, témoins des glaciers disparus recouvrant ces vallées. Je croise de nombreux promeneurs accompagnés de jeunes guides (sûrement des étudiants) qui me demandent de ne pas utiliser mes bâtons, car ils peuvent abîmer certaines gravures se trouvant parfois à quelques centimètres du sentier.

Près du refuge des Merveilles je rencontre deux Italiens partis de Menton il y a quelques jours. Ils m’annoncent que prochainement je ne trouverais plus d’eau sur une distance d’environ 30km ( ?!).  Je décide d’être à l’affut de tous les points d’eau et de remplir alors toutes mes bouteilles.

Après une halte « deuxième-petit-déjeuner » au refuge des Merveilles aux alentours de 10h, je décide de continuer mon chemin, et de quitter cette vallée grouillant de groupes de touristes-marcheurs de plus de quinze personnes. Je me dirige ainsi vers le Pas du Diable, situé à 2’436m et qui portant plutôt mal son nom…

Une rencontre inattendue…

Comme à mon habitude depuis plus de deux semaines, je grimpe au sommet du col d’une traite, à un rythme très appuyé. Les bâtons, que je n’utilisais pas avant cet été, me sont d’une grande aide. Ils me permettent de me hisser, de soulever à chaque pas la partie supérieure de mon corps en minimisant l’effort fournis par mes jambes. Ainsi, mes bras, poignets et épaules travaillent tout autant que mes cuisses et mes genoux. En arrivant au col, je suis subjuguée par la vue qui s’offre à moi. Enfin la mer !

Au loin, la fin des montagnes!

A plusieurs kilomètres de mes pieds, à deux ou trois jours de marche : la mer ! Quelle récompense de voir son but surgir ainsi derrière les montagnes. Je me souviens, lorsque jusqu’à pas si longtemps nous descendions dans le sud de la France en famille : au détour d’un virage, la mer apparaissait d’un coup. Nous la regardions quelques secondes, puis, continuions nos lectures. Cette fois-ci, je ne la quitte pas des yeux, et j’ai l’impression de la mériter, c’est ma récompense !

A quelques mètres un couple casse la croûte dans l’herbe. L’homme, la cinquantaine, est allongé sur le dos, des bouts de fromages perdus dans sa barbe. C’est la femme, d’une trentaine d’année, qui les lui coupe et lui parle en anglais. Je m’approche d’eux car leurs gros sacs m’avertissent qu’eux aussi viennent de loin. J’entame la discussion en anglais :

Moi:                      – Hello! Is it the sea? That’s amazing!

La femme:          – Yes it is! It’s so nice! Where are you from?

Moi :                     – I’m from Lausanne, I left Switzerland 17 days ago. And you?

La femme :         – We’ve been walking for 2 months !

A ce moment là, l’homme se redresse, et son visage me rappel quelqu’un…

L’homme:           – Tu parles francaise? Je suis de Genève.

Moi :                     – Je suis de Lausanne. Comment t’appelles-tu?

L’homme :          – Claude

Moi :                     – Vous n’êtes pas Claude Marthaler par hasard ?!

L’homme :         – Si, c’est moi. Tu me connais ?!

Quelle surprise ! Durant cette marche, je me suis souvent comparé, identifié, inspiré de Sylvain Tesson, l’écrivain-voyageur que je préfère. Sa philosophie, sa simplicité, et ses textes très soignés me touchent énormément. Mais lors de mes tours en vélo, je pense souvent aux deux livres écris par Claude Marthaler, grand cyclo-voyageur genevois. Lui, il n’a rien a envié à Sylvain Tesson : il a un style bien à lui et ses livres sont plein d’anecdotes, d’informations utiles et de jolies photos.  Son premier livre raconte son tour du monde de sept ans effectué à partir du milieu des années 90, et le deuxième, un voyage de trois ans entre l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Himalaya et l’Asie du Sud-est. Quelques mois auparavant, je m’étais rendu avec ma maman à l’un de ses diaporamas à Genève, et j’avais été heureux de « vivre » son dernier voyage pendant les 1h30 de présentation. Cette rencontre, au sommet d’un col anodin des Alpes est pour moi une sorte de cerise sur le gâteau ! Quel hasard de le rencontrer si près du but !

Nous nous séparons après avoir discuté environ 15 minutes pour partager nos sentiments sur la fin de ce parcours, et échanger les informations que nous avons concernant cette dernière ligne droite Ils n’étaient pas au courant de l’absence prochaine d’eau sur plusieurs kilomètres.

C’est l’heure du grand plongeon : 2100m de dénivelés négatifs. Je me situe à presque 2’450m, et la ville de Sospel à 350m. A priori, je ne compte pas m’y rendre ce soir, car elle est bien trop distante. Je fais donc une pause juste avant le dernier point d’eau afin d’être en forme pour entamer cette longue descente en plein cagnard.  Je découvre au fond de mon sac un paquet de nouilles chinoises instantanées que je cuisine rapidement sur mon réchaud.

Je vois au loin Claude et Ellah, sa jeune compagne, qui s’éloignent. Pourtant en allant vers le soi-disant dernier point d’eau avant Sospel, je la trouve en train d’attendre sur le bord du chemin. Elle me dit que Claude cherche depuis plusieurs minutes de l’eau, et que ne le trouvant pas, s’est finalement résolu à aller remplir leurs nombreuses gourdes dans un ruisseau  situé loin en aval. Lorsqu’il revient, il  me dit qu’il a prélevé largement assez de liquide pour nous trois. Sachant qu’ils sont à cours de vivres, je leur propose des biscuits, du chocolat (M-Budget !!) et un peu de fromage. La symbiose est parfaite, nous décidons de faire équipe jusqu’à Sospel ! Nous marchons donc toute l’après-midi à la queue-leu-leu.

Loooongue descente vers Sospel

Ellah est danoise et a 32ans, et a rencontré Claude au Laos lors de son dernier voyage. Elle est très sportive, elle fait des marathons, et projette sûrement de venir s’installer à Genève. Claude, n’a pas prévu de voyages en particuliers. Il pense peut-être rester sur Genève quelques années, surtout si Ellah vient s’installer. Ils sont partis il y a deux mois du Col du Grand-Saint-bernard, sont remontés au Nord vers le Lac Léman, puis ont suivis le tracé du GR5. Ils ont pris un peu plus leurs temps que moi, n’hésitant pas à rester plusieurs jours au même endroit. Le poids de leurs sacs est considérable, celui de Claude dépassant les 26kg !

La descente jusqu’à Sospel est éprouvante ! Lors de ces 6 heures de marche en plein soleil l’eau vient finalement à manquer. Lorsque la nuit tombe, on aperçoit les lumières de la ville au loin. Très vite la discussion tournes autour des plats que nous aimerions manger. Je leur parle d’une des spécialités de la région : les ravioles à la niçoise. Mon ventre hurle !

C’est finalement à 21h30, les pieds en sang que nous arrivons dans la vieille-ville. Nous dénichons un restaurant et y dégustons ravioles gratinées, pizzas, desserts…etc. Une fois rassasiés, nous nous rendons au camping municipal, et y entrons discrètement pour y planter nos tentes et utiliser les installations. La douche que je prends alors fait partit du Top 5 des meilleurs moments de ma vie !! Cette journée m’a vraiment tué : plus de 15h passés sur le GR5, avec à peine 3h de pauses cumulées en tout, et plus de 3’110m de dénivelés négatifs ! Mes pieds ont vraiment soufferts.

Fin du voyage


Le lendemain nous levons vite les voiles. Le camping ouvre, et nous voulons éviter croiser le responsable des lieux. 6 Euros la location de 1.50m2 de terrain pendant à peine 7h, c’est exagéré non ? 😛

Nous pensons que cette dernière étape ne sera qu’une formalité, mais il nous faudra quand même 7h pour gravir les deux derniers cols avant Menton. La chaleur est écrasante, et ne nous facilite en rien la tache. Au Col du Berceau, à 1’090m, je laisse à Claude et Ellah un peu d’intimité et contemple la vue de mon côté. Le changement de paysage est radical, c’est étonnant de ne pas avoir une montagne en face. Cette soudaine ligne droite et régulière en guise de ligne d’horizon n’est pas habituelle.

Arrivée sur Menton

Les 1’090 derniers mètres de dénivelés sont éprouvant. Le sol est glissant, et nous nous retrouvons quelques fois sur les fesses. Pourtant, l’ambiance est toujours bonne entre nous, Claude me raconte ses voyages, me conseille concernant le matériel à emporter lors d’un voyage à vélo. Je ne me lasse pas de l’écouter.

Claude et Ellah

À 18h30, le vendredi 21 août, nous atteignons enfin la mer ! On marche sur la plage, deux litres de glaces achetés au supermarché sous le bras. Les gens nous dévisagent, et certains nous demande, d’un air moqueur en regardant nos bâtons : «  vous venez pour skier ? ». Nous leur répondons : « Non, nous venons de Suisse à pied !». 😀

Nous nous installons sur rochers, au bout d’une digue à quelques centimètres des vagues, pour déguster nos glaces. Un sentiment de plénitude m’envahit. Quelle joie d’arriver ainsi pied au bord de la mer ! Ce moment vaut bien tous les litres de sueurs versés sur ce chemin!

Photo des Victimes

Après avoir fait mes adieux à Claude et Ellah, je me dirige vers la gare, à quelques mètres de la frontière italienne, que j’ai frôlée tout au long du trajet sans jamais la traverser. Non mais ! Ils n’avaient cas pas nous volé la coupe du monde il y a 3 ans!!  Je prends le train en direction de Golfe Juan, où vit ma grand-mère. Je débarque à 21h30 à l’improviste ! Quelle surprise ça lui fait, elle ne m’attendait pas si tôt.  S’en suivent 10 jours ou je serai chouchouté et remplumé. Entres excursions d’une journée, après-midi à la plage, et soirées-télé mes activités changent drastiquement et je me refais une santé.

Je rentre 10 jours plus tard en Suisse. L’avion met 25 minutes pour survoler les Alpes. Je distingue certains massifs qui m’ont tenus compagnie des jours durant. Je m’imagine il y a quelques semaines, telle une fourmi, slalomant entre les pics, dévalant les versants, trimbalant ma maison sur le dos. Souvent, j’ai observé ces avions me survoler, imaginant toutes ces personnes bien assises dans une cabine climatisée. Aujourd’hui, c’est moi qui suis dans le ciel…

Les Alpes vues du Ciel

Quelques chiffres

Plus de 600km répartis en 18jours (plus un de pause à Aussois), pour un total de 130h de marche.

31’240m de dénivelés positifs, (maximum 3’060m le 11e jour)

30’440m de dénivelés négatifs, (maximum 3’115m le 17e jour).

Entre 45 et 50 cols, la plupart à une altitude située entre 2’000 et 2’500m. Les noms sont souvent marrants :

Col de la Sauce,

Col du Tricot,

Col du Bonhomme,

Col du Berceau,

Les Crottes,

Les Trucs…etc

Point culminant du trajet : Le Mont Thabor, le 9e jour à 3’178m

et …. 5 kilos perdus!

Et pour finir, voici 4 cartes tirées du site Mountain is Good:

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4


Episode 4, Le GR5 sans fin

Previously, on 20kmh…

Après avoir échappé à un festival de coulées de boues, William parvient à Tignes, une ville au charme particulier. Puis, c’est puant de la tête aux pieds qu’il a enfin l’occasion prendre une vraie douche lors de sa journée sabbatique passée chez son filleul.

Partie 4

Carnet de voyage

Vendredi 14 Août, 11ème jour, Parc National des Queyras.

– Départ 7h de Villars St-Pancrace

– Arrivée 20h au Lac Miroir,

->1h30 de pauses, 11h30 de marche

– Dénivelés +3050m, -2080m

– Temps : beau et chaud

– Chansons (passant en boucle dans ma tête) : Société et Manu de Renaud, Les Cités d’or d’Explosion de Caca.

Chaque soir, j’écris environ deux pages dans mon carnet de voyage. Durant mes vacances, je l’emmène partout où je vais, afin de retranscrire mes émotions, de me rappeler des paysages ou des lieux visités. Au fils des voyages, le moment de l’écriture est passé du stade de la corvée à celui de la nécessité. En écrivant, je me rappelle des bons moments de la journée, des noms des cols, des altitudes, et surtout de certaines anecdotes qui me reviennent en tête alors que je les aurais oubliées sans cette petite rétrospective. Décorés par de rares dessins, quelques feuilles de plantes ramassées ça et là, des timbres ou des tickets de métros des villes visités, et de photos collées au retour de voyage, mes carnets de voyages sont à mes yeux des biens extrêmement précieux.

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Les Queyras…

Cette 11ème étape est l’une des plus longues du trek, et aussi l’une des plus chaudes. Avec plus de 3’000m de dénivelés positifs, c’est aussi celle qui montait le plus ! Heureusement, lorsque je croisais des promeneurs et que je les arrêtais pour demander à jeter un œil à leurs cartes, ceux-ci m’ont régulièrement tendu des fruits secs, du chocolat, et même des croissants !

Le parc des Queyras est très vert, et les paysages magnifiques. La longue ascension du Col Fromage permet aussi bien d’observer les différents étages de végétation, que la répartition des randonneurs en fonction de l’altitude. Les plus expérimentés, souvent des jeunes couples sportifs ou des retraités habitués des lieus se trouvent proches du sommet (là où la végétation est la moins dense). En revanche, les familles avec enfants ou les randonneurs occasionnels s’agglutinent dans un rayon de dix minutes d’une quelconque buvette ou bistrot, ou encore là où la forêt permet de s’abriter du soleil et piqueniquer au frais.

Vers le Col Fromage

Il est 18h45 lorsque je traverse le joli village de Ceillac à 1600m. Je suis fatigué, mais je me trouve en fond de vallée et j’aimerais beaucoup dormir près du Lac Miroir à 2300m. Les promeneurs rencontrés ces derniers jours m’ont dit beaucoup de bien de ce petit lac aux reflets somptueux. Je décide de me lancer dans un dernier effort, très intense à cause du rythme que je me suis imposé afin de ne pas arriver de nuit, et c’est avec émerveillement que j’atteins les rives du bord du lac aux alentours de 20h15.

J’y plante ma tente sur une terrasse herbeuse surplombant le lac d’une vingtaine de mètre afin de profiter des derniers rayons de soleils. En me faisant  à manger, j’observe mes voisins (campant à une bonne centaine de mètre). Il s’agit de deux jeunes, un peu hippies, marchant depuis deux jours avec un âne. Cela se fait beaucoup dans le parc à leurs dires. Les quelques instants de jours qui me restes sont idylliques. Je repose mes pieds dans un parterre fait d’une herbe drue mais grasse. Je m’autorise l’écoute de trois chansons de Renaud enregistrées sur mon portable (afin de ne pas utiliser trop de batteries). La température étant bonne, je décide de rester dehors jusqu’à ce qu’il fasse nuit noire. J’en profite alors pour écrire dans mon carnet de voyage. Moments forts, émotions, pensées, remarques sur mon organisation ou le matériel, je note tout ce qui est important à mes yeux. En faisant ceci, je me remémore avec le sourire d’un moment fort de la journée :

Durant la montée menant de Ceillac au lac, j’arrête un couple de parisien fraîchement débarqués dans les Hautes-Alpes afin de leur demander combien de temps il faut compter pour rejoindre le lac. L’homme, la cinquantaine, avec un training Adidas, un bob Perrier délavé, des chaussures de marche mal lacées et un bide à bière conséquent me dévisage et me regardant d’un air ahuris :

« – Vous voulez quand même pas monter là-haut ce soir !?

– Si, je pense y camper ce soir, il paraît que c’est super beau.

– Ah ça oui c’est superbe, mais il va faire nuit !!! C’est d’la merde pour monter !

– Ah, bon, mais le fait qu’il fasse nuit me gêne pas trop, c’est mieux pour dormir… »

A ce moment-là, sa femme intervient. Malgré le fait que la portion du chemin dans laquelle nous nous trouvons est particulièrement sombre, elle s’obstine à garder ses lunettes de soleils à grosse monture. Son bob à elle lui descend très bas sur le front, et son nez est encore blanc (mais vraiment TRÈS blanc) de crème solaire mal étalée :

« – Il a raison, c’est vraiment très dangereux, y’a plein de cailloux !! Vous n’avez même pas de cordes !

– Je pense que ça devrait aller, ça fait 10 jours que je marche et…

– Lui : Oui, mais à moins que vous ayez un rendez-vous avec quelqu’un (oui oui, un rendez-vous…), c’est vraiment trop risqué. Si vous avez un accident, j’vous aurai prévenu, j’suis pas responsable ! »

Lac Miroir

Finalement, après cinq minutes de conversation, je décide de prendre congé. J’ai beau avoir essayé de leur faire comprendre que j’ai déjà fait de nombreuses montées de ce type, rien à faire, pour eux il s’agit de la face nord de l’Eiger. Je suis quand même curieux de voir à quoi m’attendre, mais d’après d’autres témoignages, cette côte ne devrait pas représenter de difficultés particulières…

En fin de compte, la montée s’est avérée être très classique, avec il est vrai une partie très pentues avec des graviers très fins faisant glisser. Je me demande encore ce que ce couple à vécu durant leur balade pour être aussi paniqués à l’idée que je puisse monter seul à cette heure…

 

Peu de monde

Les jours suivants, j’évolue dans deux des départements français à la plus faible densité de population : les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence. Aussitôt, je constate que le GR5 est très peu fréquenté, au point de ne plus être indiqué très clairement par endroits. Les paysages sont toujours plus secs, et le soleil tape de plus en plus fort. Aussi, je consomme toujours plus d’eau.

Coin perdu

A Larche un village de moins de 100 habitants situés à presque 1700m d’altitude, je ne peux que constater que mon portable est plongé dans un profond coma. Je décide donc de partir à la recherche d’un chargeur Nokia, et d’une prise de courant. Je tente ma chance dans un hôtel, et par chance, le chef accepte de garder mon téléphone le temps que je me trouve une place pour planter ma tente. Je m’installe à proximité de l’Ubayette, en plein milieu du village. J’y fais ma lessive au savon d’Alep, et je me lave dans l’eau glaciale de la rivière. Ça fait un bien fou, et c’est « tout-beau-tout-propre » que je retourne à l’hôtel pour retrouver mon portable/appareil photo, et boire un cidre. Quelle sensation agréable de retrouver le confort d’une terrasse alors que la nuit tombe lentement. Je peux écrire dans mon carnet en position assise, en m’adossant au dossier d’une chaise en osier ! Le cidre est le bienvenu lui aussi.

 

Un après-midi, je parle deux minutes avec un jeune berger avec de grosses dreadlocks ( !). Il travail pour le compte d’un agriculteur dont la ferme se trouve près de la mer. Chaque étés, la centaine de mouton est acheminées par camions jusqu’aux pieds des Alpes où les bovins partent paître durant près de trois mois. Il m’explique que durant ses journées, il monte ou il descend en altitude en prenant soin de ne pas laisser ses bêtes séjourner trop longtemps sur les paliers supérieur où l’herbe est grasse et riche, mais rare et fragile. Le soir, il retourne à l’altitude de la forêt et veille sur les moutons jusqu’à tard dans la soirée avec l’aide de son chien, en espérant que les loups ne lui en croquent pas un ou deux. Lorsque je lui demande s’il est possible de camper non loin d’ici, il m’affirme que oui, mais il ajoute : « Fais attention aux loups ! J’en ai vu il y a deux jours dans l’coin !». Rassurant !

 

Le mercredi 18 Août, j’entre dans le parc du Mercantour. Dernière ligne droite ! Après avoir choisis de suivre le GR52 direction Menton, je sors du village au nom très provençal de Saint Dalmas de Valdebore. Il s’agit du dernier point de ravitaillement avant la fin du voyage. Malheureusement, le commerce du village étant fermé, je n’ai pu me procurer que deux baguettes congelées auprès d’une sympathique tenancière de bistrot. Il faudra faire avec !

 

Un feu pour éloigner les loups!

Je me rapproche de la mer. J’ai hâte de la voir! Les derniers jours du voyage seront marqués par une rencontre aussi exceptionnelle qu’enrichissante, des décharges d’adrénalines face aux caprices des cieux, et un dépaysement radical lors du retour à la civilisation.

 

A suivre…

 


Episode 3, GR5 Chrono

Previously, on 20kmh…

William a traversé des moments  très difficiles. Après la perte de son appareil photo, il a même pensé à rentrer chez lui, la queue entre les pattes. Heureusement, un rendez-vous pour une journée de marche au pied du Mont-Blanc convenus avec ses amis Sylvane, Lucille, Jean et Fabien lui redonne le punch nécessaire pour continuer sans se poser de questions…


Épisode 3

Vitesse de croisière

Samedi 8 août, 12h20, refuge du Col de la Croix du Bonhomme. J’ai gravi un peu plus tôt mon 8’848m de dénivelé positif : l’altitude de l’Everest…

Devant une grosse assiette de pâtes carbonara (comme si je n’avais pas déjà mangé assez de pâtes !), je relis ce que Sylvane & Co m’ont écrit dans mon carnet lors de la journée précédente. Elle me demande de faire « gaffe aux loups et aux français », et Fabien se propose en tant qu’héritier numéro 1 de ma Playstation si je n’arrive pas à leur échapper !

Aujourd’hui, le passage du Col du Bonhomme dans le brouillard est un moment clé. Dorénavant, je ne peux plus faire demi-tour aussi facilement que lors des journées précédentes. Jusqu’à hier, il me suffisait de basculer sur un versant opposé pour passer en Suisse, et ainsi rentrer chez moi en moins d’une heure de train. J’ai l’impression que le lac et la mer agissent comme des aimants, et aujourd’hui la force d’attraction de la côte d’azur est devenue plus forte que celle du Léman. Après ces quelques moments difficiles, je ne doute plus, et je suis persuadé que j’arriverais au bout de mon voyage dans environ deux semaines. Et puis, j’avance maintenant sans l’aide de cartes topo. Je ne m’oriente qu’à l’aide des petits traits de peinture rouge et blanc tatoués sur les rochers, ainsi qu’en me basant des informations glanées dans le grand livre La Traversée des Alpes, Du Léman à la Méditérranée de chez Glénat. C’est limite, mais je n’ai pas envie d’acheter une dizaine de cartes et de les trimbaler tout du long pour ne les utiliser qu’un jour ou deux chacune.

L'orage approche!

 

Les journées se succèdent. Je rencontre Victor, un américain d’une cinquantaine d’année, effectuant aussi le GR5. Il marche plus lentement que moi, mais quasi sans interruptions de 7h à 19h. Du coup, à cause de mes nombreuses pauses, on se croise et recroise, et nous faisons connaissance.

 

Un soir, alors que la nuit s’annonce humide, je décide de m’abriter dans une sorte de vieille bergerie abandonnée.

Bivouac intra-muros

C’est après de nombreuses tentatives pour ouvrir la porte que je parvins à m’introduire dans un intérieur sans fenêtres et très poussiéreux. Je mange sur le pas de la porte, et une souris essaye passer plusieurs fois entre mes jambes, mais elle fonce à chaque fois en plein dans ma bouteille en plastique couchée à même le sol! Ça me fait rire d’imaginer l’état de son museau !

Cette nuit-ci, je dors paisiblement, bien que j’entende les souris trottiner près de ma tête, à la recherche de mes provisions précautionneusement accrochées à un clou au plafond.

 

 

Le lendemain, j’enjambe l’Isère qui traverse plusieurs kilomètres plus bas la ville de Grenoble. Je me rends compte que les batteries de mon téléphone sont à plat malgré le fait que je l’ai mise à charger sur mon petit panneau solaire toute la journée. Ça me met de mauvaise humeur : je ne peux plus prendre de photos jusqu’à ma prochaine rencontre avec une prise de courant…

Le soir, un orage très impressionnant débute alors que je recroise Victor. Ensemble nous arrivons à Rosuel, un petit village à 1600m d’altitude, adjacent au Parc national de la Vanoise.

Encourageant!

De nombreux villageois sont réunis près d’une buvette. Ils nous disent qu’un torrent a inondé la route un peu plus loin, et ils nous déconseillent de passer. Je n’ai nul part où camper, les espaces propices sont détrempés, et semblent peu sûrs. Victor décide de passer une nuit dans un hôtel non loin de là, mais je ne l’accompagne pas. Au lieu de ça, je repère un refuge en construction, et décide de dormir sur le balcon, qui est à peu près le seul endroit complètement à l’abri. Durant la soirée, je vois défiler pelleteuses et pompiers partant limiter les dégâts causés par cette pluie diluvienne.

 

 

En me réveillant, je réalise que je ne suis pas loin d’Aussois près de Modane, où la famille de mon filleul passe des vacances. Je décide de faire le maximum pour y arriver dans la soirée. Malgré une météo toujours aussi maussade, j’entre dans le parc de la Vanoise. Le bivouac y est interdit, et la nature superbe : tout est très vert, et j’approche des bébés marmottes de très près sans les effrayer, c’est la première fois que j’en vois. Au sommet du Col du Palet (2650m), j’aperçois entre deux nuages la ville de Tignes-le-lac. Quelle surprise, et quel contraste ! Alors que jusqu’à aujourd’hui la nature était magnifique, et les villages traversés authentiques, je tombe sur une ville de chalets-immeubles de 10 étages, entourés de parkings, de terrains de foot et de rugby, de stands de tirs à l’arc, de manèges d’équitation, d’un centre aquatique avec des toboggans géants, d’une gare pour le métro-funiculaire déposant des skieurs sur le glacier de la Grande-Motte et le tout à une altitude de 2100m ! Un panneau affiche fièrement en grandes lettres : «  Tignes, le plus bel espace skiable du monde ». Ironie ? Autodérision ? Après huit jours passés en pleine montagne, me voilà débarqué en plein Disney Land alpin…

 

Malgré tout, je profite de cette ville pour me ravitailler et prendre mon petit déjeuner de 11h (je prends généralement deux petits déjeuners par matin): deux croissants, du pain au Nutella, 1 litre de lait chocolaté froid et un quelconque jus de fruit  Du coup, c’est le bide rempli à raz-bord que je me lance dans l’ascension du Col de la Leisse, l’un des plus hauts cols du parcours, à 2760m. La montée est douce mais longue. Peu à peu, les groupes d’une quinzaine de touristes deviennent rares, et la montagne redevient mienne. Je regrette de ne plus avoir de batteries pour utiliser l’appareil photo de mon téléphone. Le vent, la pluie, et le parcours au milieu des rochers donne des airs d’Islande à ces paysages. Ces derniers sont magnifiques, la géologie et la géomorphologie très riches : schistes et micaschistes de diverses couleurs, failles, verrous glaciaires, vastes tabliers d’éboulis, glaciers rocheux…etc. Je regrette de ne pas avoir pris quelques cartes, notes et livres de cours pour reconnaître certaines autres formes, de plus, je me demande en vain si je me trouve dans le domaine briançonnais ou le piémontais ! Je connais certaines personnes qui jizzeraient sur place 😛

Un peu de géologie!

 

Après avoir ingurgité une soupe très copieuse au refuge de la Leisse en compagnie d’une mère et de sa fillette, je pars à toute allure en direction de Termignon, ville se trouvant au bout, au « terminus », de la vallée de Modane. En chemin, je dois arrêter plusieurs personnes afin d’essayer leurs téléphones. Malheureusement, il n’y aucun réseau, je ne peux donc pas avertir la famille Poiret de mon arrivée. Comme me l’avait averti la femme croisée au refuge, la descente est longue (ils m’avaient conseillés de faire du stop une fois arrivée au Refuge du Plan du Lac, ce que je refuse de faire), mais toujours aussi belle. C’est finalement à 17h que j’arrive à joindre les Poiret, et à 19h qu’ils me retrouvent au bord de la route, à Termignon, après une journée de marche de plus de 11h30.

 

Break

Après huit jours de marche sans interruption, et approximativement 230km parcourus, je m’accorde une pause d’une journée en compagnie de mon filleul Henri et de sa famille dans le petit village d’Aussois. L’occasion pour moi de prendre une vrai douche ( !), faire une lessive, joindre mes parents, recharger mes batteries (corps et téléphone), et d’alourdir mon sac avec des provisions, à savoir du très bon fromage et un gros saucisson de la région ! Entre mini-golf, visites d’amis des Poiret, courses dans les fromageries et charcuteries du village, le temps passe vite, et il est déjà temps de partir. Il est 7h15 le mercredi 12 août lorsque je me fais prendre en auto-stop jusqu’à Modane, où je retrouve le GR5, et Victor qui a pris un peu plus de temps pour sillonner le parc de la Vanoise. Il me dit qu’il a remarqué le « Hello Victor » que j’avais gravé dans la boue avec la pointe de mon bâton deux jours auparavant.

 

GR5, « Monte à bord » !

Afin de me remettre en jambe, je décide de faire un petit détour, et d’accrocher le Mont Thabor à 3178m. Je gravis les 2100m de dénivelés en 6h, et je ne suis pas déçu de la vue, je distingue même le massif des Ecrins, ainsi que le Parc des Queyras.

Planète Mars ou Mont Thabor?

 

Ce qui me marque lors de cette étape, c’est le changement de végétation, beaucoup plus sèche, composée notamment de quelques pins et arbustes peuplant aussi les rives de la Méditerranée. Le fait de pouvoir constater ce type d’évolution progressive dans le paysage est vraiment super et jamais, ô grand jamais, il n’aurait été possible de le faire en voyageant en train, en voiture, ou en avion !

Durant cette journée, je ne rencontre plus Victor, mais je croise énormément d’italiens. En effet, le haut de cette vallée, bien que située en territoire français, débouche sur l’Italie. Le bivouac au Col des Thures est magnifique. Une vaste étendue d’herbe à 2200m, agrémenté d’un petit lac, et d’un troupeau de mouton un peu plus loin.

Col des Thures

J’y rencontre Philippe, un randonneur de mon âge, partit il y a deux jours de Modane (j’y étais le matin même), mais ralentis par un ENORME  sac! On croirait un sherpa.Son sac de couchages et sa tente se superposent sur le haut de son sac qui atteint le poids de 25kg (sans l’eau)! J’apprendrais un peu plus tard qu’il a été forcé d’abandonner quelques jours après notre rencontre à cause de son chargement. Nous bivouaquons dans le même secteur, et nous mangeons ensemble. C’est une bonne soirée. J’apprends qu’il est « ferronnier acrobatique », c’est-à-dire qu’il fait des travaux dans des endroits difficiles d’accès, accrochés à une corde de rappel. Le lendemain, nous nous séparons après une demi-heure de marche commune.

En fin de journée, j’arrive à Briançon qui est la ville la plus haute de France perchée à environ 1320m d’altitude. Je ne rêve que d’une chose : d’un MacDo pour y commander un Cheeseburger et un MacFlurry glacé, avec du chocolat dedans et tout et tout ! Cela fait depuis la veille que je me suis mis cette idée dans la tête. À force de manger des pâtes au bouillon ou au fromage tous les soirs, j’ai envi de varier un peu, et de la malbouffe une fois de temps en temps ne peut pas faire de mal ! 😀

Malheureusement, c’est une fois arrivé tout en bas de la ville qu’on m’annonce que le Macdonald se trouve tout en haut, à l’opposé de la ville… C’est le moral dans les chaussettes que je mange donc un Kebab dans un parc!

Plongeon vers Briançon


Episode 2, Le GR5 contre-attaque

Previously, on 20kmh.net…

William et ses amis ont quittés Novel afin de tenter d’atteindre le sommet de la Dent d’Oche culminant à une altitude extrême de 2222m! Et c’est dans l’un des passages les plus critique de l’ascension que ce qui aurai pu arriver n’arriva pas… tadadam!

Épisode 2

Le soleil n’est pas de la partie, et c’est dans le brouillard que nous entamons l’ascension d’un passage vertigineux nous menant au refuge. Celui-ci est très périlleux, Sarah, Aruran et Fabien ne sont pas à l’aise, et tout le monde glisse lorsque les prises viennent à manquer. De par les conditions climatiques, le froid et le manque de visibilité, les petits passages de grimpes s’avèrent être des obstacles difficiles à surmonter, et le moindre faux-pas pourrait s’avérer fatal.

C’est à ce moment, alors que la tension est extrême (!), qu’un bloc de pierre de la taille d’un ballon de foot se détache d’une corniche surplombant le chemin. Celui-ci dévale la pente, passant à côté de Sylvane et fonçant droit sur Sarah et moi-même. C’est alors que celui-ci rebondit sur un rocher un peu plus gros à quelques mètres de nous et le dévie de sa course. Par chance, celui-ci nous manque de quelques centimètres. Nous sommes tétanisés. On réalise quels auraient étés les conséquences d’une telle collision avec cette roche.

En levant la tête en direction de l’endroit d’où le bloc s’est décroché, un bouquetin se détache du brouillard, et nous nargue du haut de son promontoire. Il n’est pas seul: ils sont si nombreux à nous observer, à quelques mètres de nous, qu’on pourrait se croire dans un remake des Oiseaux de Hitchcock, mais avec des bovidés dans les rôles principaux! Heureusement, nous arrivons sain et sauf au refuge à quelques minutes du sommet, et nous dégustons une soupe pour nous remettre de ces émotions. Finalement, nous renonçons à rejoindre le sommet.

 

"Prends-ça!" (photo: S.Ebener)

Cette journée passée avec mes camarades fut, malgré l’absence de rayons de soleils, très chaleureuse. C’est avec le moral dans les chaussettes que je me sépare d’eux. Je les imagine, une fois de retour dans le confort de leurs ménages, manger un bon plat en compagnie de leurs familles. Cette pensée n’est pas pour me consoler quand je me rappel que je n’ai pas prévu de sauce avec mes pâtes du soir… Lorsque nos chemins se séparent, je me mets à douter : suis-je vraiment capable de marcher seul pendant ces trois semaines ? Est-ce que je le veux vraiment ? Pourquoi ne pas rentrer à la maison ce soir, et tenter un départ dans un ou deux jours quand il fera beau ?

Finalement, je décide de continuer, et le moral est déjà de retour lorsque j’atteins les Chalets de Bises et que j’y plante ma tente. Ce premier bivouac, bien que très froid et humide, est très sympathique. Je mange en compagnie d’un jeune Parisien évoluant aussi sur le GR5, mais du Jura jusqu’à Briançon. Il y a quelques autres tentes à proximités des nôtres : sûrement d’autres marcheurs effectuant la GTA.

 

Une mise en route…

 

Les deux jours qui suivent sont consacrés à trouver un rythme, une cadence. Je me rends compte qu’un levé après 8h n’est pas forcement optimal. Le soleil est déjà relativement haut dans le ciel, la chaleur arrive vite, et la journée est plus courte. Du coup, j’opte pour un levé à environ 6h30-7h00 afin d’assister au levé du soleil en prenant mon « gros petit déjeuner », et bien souvent en direct depuis la tente. Jusqu’alors, je ne rencontre pas de difficultés majeurs, le GR est bien balisé, et de nombreux ruisseaux ou fontaine me permettent de me ravitailler en eau régulièrement. Je porte très rarement plus d’1 litre d’eau, c’est uniquement en fin de journée que je remplie mes 2-3 litres de contenances afin de cuisiner, faire la vaisselle, et me débarbouiller.

Les paysages traversés lors de ces premières journées sont très verts et le relief est très doux. En effet, le chemin ne dépasse que très rarement la barre des 2000m d’altitude. Je cumule entre 1000 et 1500m de dénivelés positifs par jour, et cela me semble énorme à ce moment-là. A chaque col, je peux tout de même constater mon éloignement progressif par rapport au Lac Léman, et me rendre compte des étapes qui m’attendent pour les jours à venir.

 

…difficile

 

N’ayant jamais marché si longtemps avec un sac à dos, mon corps n’est pas entraîné à ce genre de voyage itinérant. Vers la fin du troisième jour, de premières douleurs aux pieds se font sentir. Bien que minimes, celles-ci parviennent à me gêner dans ma progression, et le moral commence à baisser. Le chemin est plat, et longe une rivière traversant la ville de Samoëns. Il est déjà 19h, je décide donc de camper à proximité d’un cours d’eau afin de me laver, de faire ma lessive, et de me masser les pieds. Cela aide énormément en cas de baisse de morale, malheureusement, ça ne va pas beaucoup mieux le lendemain. Il fait froid et la tente est trempée à cause de l’humidité de l’air. Mes vêtements lavés la veille ne sont pas sec, mais je n’ai d’autres choix que de les porter pour commencer cette journée. Le départ est difficile, et très vite je me sens de nouvelles douleurs apparaître : aux épaules, aux genoux, ainsi qu’au bas du dos. Le moral est plus bas que jamais, et l’humidité et le froid n’arrangent pas les choses. J’ai peur que si les choses n’aillent pas mieux, et l’idée de rentrer chez moi une fois arrivé à Chamonix m’a effleurée plus d’une fois.

Heureusement, en prenant de l’altitude en direction du Collet d’Anterne, je réalise que les paysages sont magnifiques. Sur la droite s’élève d’immenses parois de plusieurs centaines de mètres servant d’habitat à une population de gypaète barbu: Les Rochers des Fiz. Premièrement très abrupte et accidenté, le relief s’adoucie jusqu’à devenir par endroit relativement plat. Le chemin traverse de grandes étendues d’herbe irriguées par de nombreux petits ruisseaux où s’abreuvent des ânes appartenant certainement à des promeneurs. Je profite d’une halte au soleil à côté du refuge Alfred Wills à 1810m pour faire sécher ma toile de tente et pour me faire un thé. A ce moment, je reçois un sms de Sylvane qui m’annonce qu’elle me retrouvera, en compagnie de Jean, Fabien et Lucille, à Chamonix le lendemain matin pour me ravitailler en chocolat suisse, et me remonter le moral. Cette nouvelle me fait chaud au cœur, et je me remets en marche, bien plus motivé que quelques heures auparavant.

Plus tard, l’arrivée au Col d’Anterne à 2260m est très impressionnante : le Mont-Blanc, situé à quelques kilomètres de là semble à portée de main, et sa blancheur contraste avec la verdure des paysages traversés jusqu’alors. Hypnotisé par cette vue imprenable sur le massif du Mont-Blanc, je décide de pique-niquer à proximité de nombreux promeneurs. Après avoir pris une série de photos, ne connaissant pas le nom de tous les sommets, je demande à une jeune fille de me désigner les plus célèbres : Aiguille Verte, Aiguille du Midi, Grandes Jorasses…etc.

 

Himalaya?

Je ne sais pas qui de ce panorama ou de cette rencontre provoqua ce qui arriva, mais je m’en mords toujours les doigts. Au moment de remettre mon sac, j’ai le sentiment qu’il me manque quelque chose. Je chasse vite cette idée en me précipitant sur le versant sud du col afin de me rapprocher un maximum de Chamonix pendant l’après-midi. C’est après avoir descendu sur environ 200m que je me rends compte que je n’ai pas mon appareil photo ! Je décide de remonter au col en courant après avoir posé mon sac sur le côté du chemin. Une fois en haut, on m’annonce qu’une femme l’a prise avec elle en ayant l’intention de me le rendre si elle me rencontrait, malheureusement je n’ai croisé quasi-personne. Je redescends donc, en interrogeant les deux ou trois promeneurs rencontrés : niet. Une fois de retour près de mon sac, je décide de remonter au col afin d’être sûr que la personne en question ne soit pas redescendue dans la direction inverse : on m’affirme que ce n’est pas le cas… Dépité, je retourne près de mon sac après avoir gravis ce col trois fois. J’essaye de me consoler en mangeant une tarte au refuge suivant (Moëde Anterne) : rien n’y fait, je suis vraiment en colère contre moi. Dorénavant, je devrais prendre des photos avec mon téléphone portable de 3 mégapixels…

Heureusement, la fin de journée se passe bien. Le bivouac sous le Brévent, au-dessus de Chamonix, et juste en face du Mont-Blanc est magnifique, je me réjouis de retrouver mes amis pour oublier cette journée qui m’a mit à l’épreuve, aussi bien moralement que physiquement (presque 2700m de dénivelés cumulés positifs durant cette étape !).

 

Journal de bord face au Mont-Blanc

A suivre sur:

Episode 3, GR5 Chrono


Episode 1, du Léman à la Mer à pied…

Voici le premier épisode d’une suite d’articles concernant la traversée des Alpes françaises que j’ai effectué en 2009. Ce texte à pour but d’alimenter le site en attendant d’avoir plus de matière, et sa rédaction me permet de m’entrainer dans l’écriture de récits de voyages. Voici donc la première  partie de ce feuilleton. Enjoy !

(Photo: Sylvane Ebener)

 

Prologue

L’idée avait germé en septembre 2008, au retour de longues vacances post-bac. Durant cet automne, en ouvrant le magasine Carnets d’Aventures, je suis tombé sur un article concernant cette Grande Traversée de Alpes, et l’idée de partir de chez moi pour aller me baigner dans la mer m’a aussitôt séduite. Cet itinéraire de Grande Randonnée permet de rallier les côtes de la Mer du Nord à celle de la Mer Méditerranée par un chemin pédestre de plus de 2’000km. Sa partie la plus parcourue est le tronçon alpin, partant de Saint-Gingolph sur la rive sud du Lac Léman et arrivant à Nice. Celui-ci traverse les Alpes françaises, en passant des cols allant jusqu’à 2’800m, et traversant trois parcs nationaux magnifiques : le Vercors, les Queyras et le Mercantour. Cette partie, communément appelée GTA pour Grande Traversée des Alpes, cumule plus de 30’000m de dénivelé positif sur une distance d’environ 600km.

N’ayant jamais fait des marches de plus de deux jours, je décide de préparer ce périple de manière optimale en me renseignant longtemps à l’avance sur l’itinéraire, les dénivelés, et le matériel nécessaire. Forums, sites internet, atlas, Google Earth en 3D, tests de matériels, renseignement auprès des vendeurs de magasins spécialisés : tout y passe. Cela n’est pas pour me déplaire car la préparation est déjà en soi une manière de voyager. Elle permet de s’évader du quotidien et d’augmenter le désir en attendant le jour du grand départ. L’acquisition du matériel est aussi une partie à savourer. Elle permet de transformer le projet de voyage en réalité toujours plus concrète, toujours plus précise.

 

Le sac

C’est lors de cette phase que je  découvre le concept « MUL » (Marche Ultra Légère), ainsi, je décide de ne partir qu’avec le nécessaire, même si cette notion reste toutefois relative. Exit la tente double-toit de 3 kg, le tapis de sol autogonflant, la popote en alu en plusieurs partie, ainsi que la grosse veste chaude. Je laisse aussi mes grosses chaussures Scarpa, et décide d’emporter des chaussures basses de trekking. Cela me vaudra plusieurs remarques de la part de marcheurs français…

L’objectif est de partir avec un sac ne dépassant pas les 10-12kg, sans compter l’eau et la nourriture.

Pour atteindre ce but, mon intention première était de partir sans tente, et avec une bâche de jardin adaptée pour qu’elle serve de tarp une fois appuyée sur mes deux bâtons de marche. Mon parrain m’a finalement convaincu d’emporter une vraie tente. J’ai donc opté pour une tente mono-paroi ultralégère d’environ 1kg : la Rainbow de chez Tarptent. Malgré le fait qu’il s’agisse d’une tente d’une place, celle-ci est très spacieuse, autoportante, et sa bonne ventilation permet de minimiser la condensation sur les parois. Puis, j’ai décidé de ne pas investir dans du nouveau matériel de couchage, je suis ainsi partis avec un vieux tapis de sol en mousse scalpé d’une trentaine de centimètres, ainsi qu’avec mon sac de couchage décathlon tout fripé et perdant ses plumes n’allant pas plus bas de +5°C. Côté vêtement : trois caleçons, deux paires de chaussettes, deux t-shirts et un pantalon-short. Je n’ai pris qu’un pull qui me servira à la fois d’oreiller et de linge de bain, ainsi qu’une fine veste en Goretex contre la pluie. Ma cuisine se résumait à un mini-réchaud à gaz avec une tasse me permettant de faire cuire les pates du soir, et ma salle de bain à un bout de savon, un déo, un rouleau de papier toilette et à une brosse à dent avec un petit tube de dentifrice. Le « superflu » emporté consistait en un carnet de voyage, un livre, un harmonica, et un mini panneau solaire totalement inefficace.  Le poids final du chargement était d’environ 6kg. A cela il faut ajouter le poids du sac (2.5kg environ), l’eau (de 0.5 à 2kg), et les 2-3 kilos de nourriture (saucisson, pain, fromage, pates et… Nutella !!!), ce qui arrivait à un total de plus ou moins 12kg.

 

Le sac

Le départ

7h30… C’est en quittant mon lit avec peine que je réalise pleinement ce qui m’attend. Dorénavant, mon unique couche se résumera à un vieux matelas en mousse d’un demi-centimètre d’épaisseur, et mon bel oreiller sera remplacé par un pull placé en boulle sous ma tête et qui ne restera pas propre très longtemps. Néanmoins, je suis impatient de partir, et c’est avec plaisir que je me rends au départ du GR5 en compagnie d’Antoine, Fabien, Aruran, Sarah, Sylvane et Jean qui m’accompagnant pour la première journée.

La marche débute officiellement à Novel, au-dessus du Lac Léman. Sylvane, fan d’Into The Wild jusqu’au bout des ongles, insiste pour que je brûle un billet d’1$. Une fois cette tâche sensée symboliser le détachement et le retour à un mode de vie proche de la nature effectuée, nous partons en direction de l’objectif de la journée : la Dent d’Oche ! Nous ne le savions pas encore, mais cette ascension aurait pu s’avérer fatale…

(suspens intenable, suite au prochain épisode)

Le départ


La suite:

Episode 2, Le GR5 contre-attaque