A la découverte du monde à 20km/h…

Autres voyages

Episode 4, Le GR5 sans fin

Previously, on 20kmh…

Après avoir échappé à un festival de coulées de boues, William parvient à Tignes, une ville au charme particulier. Puis, c’est puant de la tête aux pieds qu’il a enfin l’occasion prendre une vraie douche lors de sa journée sabbatique passée chez son filleul.

Partie 4

Carnet de voyage

Vendredi 14 Août, 11ème jour, Parc National des Queyras.

– Départ 7h de Villars St-Pancrace

– Arrivée 20h au Lac Miroir,

->1h30 de pauses, 11h30 de marche

– Dénivelés +3050m, -2080m

– Temps : beau et chaud

– Chansons (passant en boucle dans ma tête) : Société et Manu de Renaud, Les Cités d’or d’Explosion de Caca.

Chaque soir, j’écris environ deux pages dans mon carnet de voyage. Durant mes vacances, je l’emmène partout où je vais, afin de retranscrire mes émotions, de me rappeler des paysages ou des lieux visités. Au fils des voyages, le moment de l’écriture est passé du stade de la corvée à celui de la nécessité. En écrivant, je me rappelle des bons moments de la journée, des noms des cols, des altitudes, et surtout de certaines anecdotes qui me reviennent en tête alors que je les aurais oubliées sans cette petite rétrospective. Décorés par de rares dessins, quelques feuilles de plantes ramassées ça et là, des timbres ou des tickets de métros des villes visités, et de photos collées au retour de voyage, mes carnets de voyages sont à mes yeux des biens extrêmement précieux.

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Les Queyras…

Cette 11ème étape est l’une des plus longues du trek, et aussi l’une des plus chaudes. Avec plus de 3’000m de dénivelés positifs, c’est aussi celle qui montait le plus ! Heureusement, lorsque je croisais des promeneurs et que je les arrêtais pour demander à jeter un œil à leurs cartes, ceux-ci m’ont régulièrement tendu des fruits secs, du chocolat, et même des croissants !

Le parc des Queyras est très vert, et les paysages magnifiques. La longue ascension du Col Fromage permet aussi bien d’observer les différents étages de végétation, que la répartition des randonneurs en fonction de l’altitude. Les plus expérimentés, souvent des jeunes couples sportifs ou des retraités habitués des lieus se trouvent proches du sommet (là où la végétation est la moins dense). En revanche, les familles avec enfants ou les randonneurs occasionnels s’agglutinent dans un rayon de dix minutes d’une quelconque buvette ou bistrot, ou encore là où la forêt permet de s’abriter du soleil et piqueniquer au frais.

Vers le Col Fromage

Il est 18h45 lorsque je traverse le joli village de Ceillac à 1600m. Je suis fatigué, mais je me trouve en fond de vallée et j’aimerais beaucoup dormir près du Lac Miroir à 2300m. Les promeneurs rencontrés ces derniers jours m’ont dit beaucoup de bien de ce petit lac aux reflets somptueux. Je décide de me lancer dans un dernier effort, très intense à cause du rythme que je me suis imposé afin de ne pas arriver de nuit, et c’est avec émerveillement que j’atteins les rives du bord du lac aux alentours de 20h15.

J’y plante ma tente sur une terrasse herbeuse surplombant le lac d’une vingtaine de mètre afin de profiter des derniers rayons de soleils. En me faisant  à manger, j’observe mes voisins (campant à une bonne centaine de mètre). Il s’agit de deux jeunes, un peu hippies, marchant depuis deux jours avec un âne. Cela se fait beaucoup dans le parc à leurs dires. Les quelques instants de jours qui me restes sont idylliques. Je repose mes pieds dans un parterre fait d’une herbe drue mais grasse. Je m’autorise l’écoute de trois chansons de Renaud enregistrées sur mon portable (afin de ne pas utiliser trop de batteries). La température étant bonne, je décide de rester dehors jusqu’à ce qu’il fasse nuit noire. J’en profite alors pour écrire dans mon carnet de voyage. Moments forts, émotions, pensées, remarques sur mon organisation ou le matériel, je note tout ce qui est important à mes yeux. En faisant ceci, je me remémore avec le sourire d’un moment fort de la journée :

Durant la montée menant de Ceillac au lac, j’arrête un couple de parisien fraîchement débarqués dans les Hautes-Alpes afin de leur demander combien de temps il faut compter pour rejoindre le lac. L’homme, la cinquantaine, avec un training Adidas, un bob Perrier délavé, des chaussures de marche mal lacées et un bide à bière conséquent me dévisage et me regardant d’un air ahuris :

« – Vous voulez quand même pas monter là-haut ce soir !?

– Si, je pense y camper ce soir, il paraît que c’est super beau.

– Ah ça oui c’est superbe, mais il va faire nuit !!! C’est d’la merde pour monter !

– Ah, bon, mais le fait qu’il fasse nuit me gêne pas trop, c’est mieux pour dormir… »

A ce moment-là, sa femme intervient. Malgré le fait que la portion du chemin dans laquelle nous nous trouvons est particulièrement sombre, elle s’obstine à garder ses lunettes de soleils à grosse monture. Son bob à elle lui descend très bas sur le front, et son nez est encore blanc (mais vraiment TRÈS blanc) de crème solaire mal étalée :

« – Il a raison, c’est vraiment très dangereux, y’a plein de cailloux !! Vous n’avez même pas de cordes !

– Je pense que ça devrait aller, ça fait 10 jours que je marche et…

– Lui : Oui, mais à moins que vous ayez un rendez-vous avec quelqu’un (oui oui, un rendez-vous…), c’est vraiment trop risqué. Si vous avez un accident, j’vous aurai prévenu, j’suis pas responsable ! »

Lac Miroir

Finalement, après cinq minutes de conversation, je décide de prendre congé. J’ai beau avoir essayé de leur faire comprendre que j’ai déjà fait de nombreuses montées de ce type, rien à faire, pour eux il s’agit de la face nord de l’Eiger. Je suis quand même curieux de voir à quoi m’attendre, mais d’après d’autres témoignages, cette côte ne devrait pas représenter de difficultés particulières…

En fin de compte, la montée s’est avérée être très classique, avec il est vrai une partie très pentues avec des graviers très fins faisant glisser. Je me demande encore ce que ce couple à vécu durant leur balade pour être aussi paniqués à l’idée que je puisse monter seul à cette heure…

 

Peu de monde

Les jours suivants, j’évolue dans deux des départements français à la plus faible densité de population : les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence. Aussitôt, je constate que le GR5 est très peu fréquenté, au point de ne plus être indiqué très clairement par endroits. Les paysages sont toujours plus secs, et le soleil tape de plus en plus fort. Aussi, je consomme toujours plus d’eau.

Coin perdu

A Larche un village de moins de 100 habitants situés à presque 1700m d’altitude, je ne peux que constater que mon portable est plongé dans un profond coma. Je décide donc de partir à la recherche d’un chargeur Nokia, et d’une prise de courant. Je tente ma chance dans un hôtel, et par chance, le chef accepte de garder mon téléphone le temps que je me trouve une place pour planter ma tente. Je m’installe à proximité de l’Ubayette, en plein milieu du village. J’y fais ma lessive au savon d’Alep, et je me lave dans l’eau glaciale de la rivière. Ça fait un bien fou, et c’est « tout-beau-tout-propre » que je retourne à l’hôtel pour retrouver mon portable/appareil photo, et boire un cidre. Quelle sensation agréable de retrouver le confort d’une terrasse alors que la nuit tombe lentement. Je peux écrire dans mon carnet en position assise, en m’adossant au dossier d’une chaise en osier ! Le cidre est le bienvenu lui aussi.

 

Un après-midi, je parle deux minutes avec un jeune berger avec de grosses dreadlocks ( !). Il travail pour le compte d’un agriculteur dont la ferme se trouve près de la mer. Chaque étés, la centaine de mouton est acheminées par camions jusqu’aux pieds des Alpes où les bovins partent paître durant près de trois mois. Il m’explique que durant ses journées, il monte ou il descend en altitude en prenant soin de ne pas laisser ses bêtes séjourner trop longtemps sur les paliers supérieur où l’herbe est grasse et riche, mais rare et fragile. Le soir, il retourne à l’altitude de la forêt et veille sur les moutons jusqu’à tard dans la soirée avec l’aide de son chien, en espérant que les loups ne lui en croquent pas un ou deux. Lorsque je lui demande s’il est possible de camper non loin d’ici, il m’affirme que oui, mais il ajoute : « Fais attention aux loups ! J’en ai vu il y a deux jours dans l’coin !». Rassurant !

 

Le mercredi 18 Août, j’entre dans le parc du Mercantour. Dernière ligne droite ! Après avoir choisis de suivre le GR52 direction Menton, je sors du village au nom très provençal de Saint Dalmas de Valdebore. Il s’agit du dernier point de ravitaillement avant la fin du voyage. Malheureusement, le commerce du village étant fermé, je n’ai pu me procurer que deux baguettes congelées auprès d’une sympathique tenancière de bistrot. Il faudra faire avec !

 

Un feu pour éloigner les loups!

Je me rapproche de la mer. J’ai hâte de la voir! Les derniers jours du voyage seront marqués par une rencontre aussi exceptionnelle qu’enrichissante, des décharges d’adrénalines face aux caprices des cieux, et un dépaysement radical lors du retour à la civilisation.

 

A suivre…

 


Episode 2, Le GR5 contre-attaque

Previously, on 20kmh.net…

William et ses amis ont quittés Novel afin de tenter d’atteindre le sommet de la Dent d’Oche culminant à une altitude extrême de 2222m! Et c’est dans l’un des passages les plus critique de l’ascension que ce qui aurai pu arriver n’arriva pas… tadadam!

Épisode 2

Le soleil n’est pas de la partie, et c’est dans le brouillard que nous entamons l’ascension d’un passage vertigineux nous menant au refuge. Celui-ci est très périlleux, Sarah, Aruran et Fabien ne sont pas à l’aise, et tout le monde glisse lorsque les prises viennent à manquer. De par les conditions climatiques, le froid et le manque de visibilité, les petits passages de grimpes s’avèrent être des obstacles difficiles à surmonter, et le moindre faux-pas pourrait s’avérer fatal.

C’est à ce moment, alors que la tension est extrême (!), qu’un bloc de pierre de la taille d’un ballon de foot se détache d’une corniche surplombant le chemin. Celui-ci dévale la pente, passant à côté de Sylvane et fonçant droit sur Sarah et moi-même. C’est alors que celui-ci rebondit sur un rocher un peu plus gros à quelques mètres de nous et le dévie de sa course. Par chance, celui-ci nous manque de quelques centimètres. Nous sommes tétanisés. On réalise quels auraient étés les conséquences d’une telle collision avec cette roche.

En levant la tête en direction de l’endroit d’où le bloc s’est décroché, un bouquetin se détache du brouillard, et nous nargue du haut de son promontoire. Il n’est pas seul: ils sont si nombreux à nous observer, à quelques mètres de nous, qu’on pourrait se croire dans un remake des Oiseaux de Hitchcock, mais avec des bovidés dans les rôles principaux! Heureusement, nous arrivons sain et sauf au refuge à quelques minutes du sommet, et nous dégustons une soupe pour nous remettre de ces émotions. Finalement, nous renonçons à rejoindre le sommet.

 

"Prends-ça!" (photo: S.Ebener)

Cette journée passée avec mes camarades fut, malgré l’absence de rayons de soleils, très chaleureuse. C’est avec le moral dans les chaussettes que je me sépare d’eux. Je les imagine, une fois de retour dans le confort de leurs ménages, manger un bon plat en compagnie de leurs familles. Cette pensée n’est pas pour me consoler quand je me rappel que je n’ai pas prévu de sauce avec mes pâtes du soir… Lorsque nos chemins se séparent, je me mets à douter : suis-je vraiment capable de marcher seul pendant ces trois semaines ? Est-ce que je le veux vraiment ? Pourquoi ne pas rentrer à la maison ce soir, et tenter un départ dans un ou deux jours quand il fera beau ?

Finalement, je décide de continuer, et le moral est déjà de retour lorsque j’atteins les Chalets de Bises et que j’y plante ma tente. Ce premier bivouac, bien que très froid et humide, est très sympathique. Je mange en compagnie d’un jeune Parisien évoluant aussi sur le GR5, mais du Jura jusqu’à Briançon. Il y a quelques autres tentes à proximités des nôtres : sûrement d’autres marcheurs effectuant la GTA.

 

Une mise en route…

 

Les deux jours qui suivent sont consacrés à trouver un rythme, une cadence. Je me rends compte qu’un levé après 8h n’est pas forcement optimal. Le soleil est déjà relativement haut dans le ciel, la chaleur arrive vite, et la journée est plus courte. Du coup, j’opte pour un levé à environ 6h30-7h00 afin d’assister au levé du soleil en prenant mon « gros petit déjeuner », et bien souvent en direct depuis la tente. Jusqu’alors, je ne rencontre pas de difficultés majeurs, le GR est bien balisé, et de nombreux ruisseaux ou fontaine me permettent de me ravitailler en eau régulièrement. Je porte très rarement plus d’1 litre d’eau, c’est uniquement en fin de journée que je remplie mes 2-3 litres de contenances afin de cuisiner, faire la vaisselle, et me débarbouiller.

Les paysages traversés lors de ces premières journées sont très verts et le relief est très doux. En effet, le chemin ne dépasse que très rarement la barre des 2000m d’altitude. Je cumule entre 1000 et 1500m de dénivelés positifs par jour, et cela me semble énorme à ce moment-là. A chaque col, je peux tout de même constater mon éloignement progressif par rapport au Lac Léman, et me rendre compte des étapes qui m’attendent pour les jours à venir.

 

…difficile

 

N’ayant jamais marché si longtemps avec un sac à dos, mon corps n’est pas entraîné à ce genre de voyage itinérant. Vers la fin du troisième jour, de premières douleurs aux pieds se font sentir. Bien que minimes, celles-ci parviennent à me gêner dans ma progression, et le moral commence à baisser. Le chemin est plat, et longe une rivière traversant la ville de Samoëns. Il est déjà 19h, je décide donc de camper à proximité d’un cours d’eau afin de me laver, de faire ma lessive, et de me masser les pieds. Cela aide énormément en cas de baisse de morale, malheureusement, ça ne va pas beaucoup mieux le lendemain. Il fait froid et la tente est trempée à cause de l’humidité de l’air. Mes vêtements lavés la veille ne sont pas sec, mais je n’ai d’autres choix que de les porter pour commencer cette journée. Le départ est difficile, et très vite je me sens de nouvelles douleurs apparaître : aux épaules, aux genoux, ainsi qu’au bas du dos. Le moral est plus bas que jamais, et l’humidité et le froid n’arrangent pas les choses. J’ai peur que si les choses n’aillent pas mieux, et l’idée de rentrer chez moi une fois arrivé à Chamonix m’a effleurée plus d’une fois.

Heureusement, en prenant de l’altitude en direction du Collet d’Anterne, je réalise que les paysages sont magnifiques. Sur la droite s’élève d’immenses parois de plusieurs centaines de mètres servant d’habitat à une population de gypaète barbu: Les Rochers des Fiz. Premièrement très abrupte et accidenté, le relief s’adoucie jusqu’à devenir par endroit relativement plat. Le chemin traverse de grandes étendues d’herbe irriguées par de nombreux petits ruisseaux où s’abreuvent des ânes appartenant certainement à des promeneurs. Je profite d’une halte au soleil à côté du refuge Alfred Wills à 1810m pour faire sécher ma toile de tente et pour me faire un thé. A ce moment, je reçois un sms de Sylvane qui m’annonce qu’elle me retrouvera, en compagnie de Jean, Fabien et Lucille, à Chamonix le lendemain matin pour me ravitailler en chocolat suisse, et me remonter le moral. Cette nouvelle me fait chaud au cœur, et je me remets en marche, bien plus motivé que quelques heures auparavant.

Plus tard, l’arrivée au Col d’Anterne à 2260m est très impressionnante : le Mont-Blanc, situé à quelques kilomètres de là semble à portée de main, et sa blancheur contraste avec la verdure des paysages traversés jusqu’alors. Hypnotisé par cette vue imprenable sur le massif du Mont-Blanc, je décide de pique-niquer à proximité de nombreux promeneurs. Après avoir pris une série de photos, ne connaissant pas le nom de tous les sommets, je demande à une jeune fille de me désigner les plus célèbres : Aiguille Verte, Aiguille du Midi, Grandes Jorasses…etc.

 

Himalaya?

Je ne sais pas qui de ce panorama ou de cette rencontre provoqua ce qui arriva, mais je m’en mords toujours les doigts. Au moment de remettre mon sac, j’ai le sentiment qu’il me manque quelque chose. Je chasse vite cette idée en me précipitant sur le versant sud du col afin de me rapprocher un maximum de Chamonix pendant l’après-midi. C’est après avoir descendu sur environ 200m que je me rends compte que je n’ai pas mon appareil photo ! Je décide de remonter au col en courant après avoir posé mon sac sur le côté du chemin. Une fois en haut, on m’annonce qu’une femme l’a prise avec elle en ayant l’intention de me le rendre si elle me rencontrait, malheureusement je n’ai croisé quasi-personne. Je redescends donc, en interrogeant les deux ou trois promeneurs rencontrés : niet. Une fois de retour près de mon sac, je décide de remonter au col afin d’être sûr que la personne en question ne soit pas redescendue dans la direction inverse : on m’affirme que ce n’est pas le cas… Dépité, je retourne près de mon sac après avoir gravis ce col trois fois. J’essaye de me consoler en mangeant une tarte au refuge suivant (Moëde Anterne) : rien n’y fait, je suis vraiment en colère contre moi. Dorénavant, je devrais prendre des photos avec mon téléphone portable de 3 mégapixels…

Heureusement, la fin de journée se passe bien. Le bivouac sous le Brévent, au-dessus de Chamonix, et juste en face du Mont-Blanc est magnifique, je me réjouis de retrouver mes amis pour oublier cette journée qui m’a mit à l’épreuve, aussi bien moralement que physiquement (presque 2700m de dénivelés cumulés positifs durant cette étape !).

 

Journal de bord face au Mont-Blanc

A suivre sur:

Episode 3, GR5 Chrono


Episode 1, du Léman à la Mer à pied…

Voici le premier épisode d’une suite d’articles concernant la traversée des Alpes françaises que j’ai effectué en 2009. Ce texte à pour but d’alimenter le site en attendant d’avoir plus de matière, et sa rédaction me permet de m’entrainer dans l’écriture de récits de voyages. Voici donc la première  partie de ce feuilleton. Enjoy !

(Photo: Sylvane Ebener)

 

Prologue

L’idée avait germé en septembre 2008, au retour de longues vacances post-bac. Durant cet automne, en ouvrant le magasine Carnets d’Aventures, je suis tombé sur un article concernant cette Grande Traversée de Alpes, et l’idée de partir de chez moi pour aller me baigner dans la mer m’a aussitôt séduite. Cet itinéraire de Grande Randonnée permet de rallier les côtes de la Mer du Nord à celle de la Mer Méditerranée par un chemin pédestre de plus de 2’000km. Sa partie la plus parcourue est le tronçon alpin, partant de Saint-Gingolph sur la rive sud du Lac Léman et arrivant à Nice. Celui-ci traverse les Alpes françaises, en passant des cols allant jusqu’à 2’800m, et traversant trois parcs nationaux magnifiques : le Vercors, les Queyras et le Mercantour. Cette partie, communément appelée GTA pour Grande Traversée des Alpes, cumule plus de 30’000m de dénivelé positif sur une distance d’environ 600km.

N’ayant jamais fait des marches de plus de deux jours, je décide de préparer ce périple de manière optimale en me renseignant longtemps à l’avance sur l’itinéraire, les dénivelés, et le matériel nécessaire. Forums, sites internet, atlas, Google Earth en 3D, tests de matériels, renseignement auprès des vendeurs de magasins spécialisés : tout y passe. Cela n’est pas pour me déplaire car la préparation est déjà en soi une manière de voyager. Elle permet de s’évader du quotidien et d’augmenter le désir en attendant le jour du grand départ. L’acquisition du matériel est aussi une partie à savourer. Elle permet de transformer le projet de voyage en réalité toujours plus concrète, toujours plus précise.

 

Le sac

C’est lors de cette phase que je  découvre le concept « MUL » (Marche Ultra Légère), ainsi, je décide de ne partir qu’avec le nécessaire, même si cette notion reste toutefois relative. Exit la tente double-toit de 3 kg, le tapis de sol autogonflant, la popote en alu en plusieurs partie, ainsi que la grosse veste chaude. Je laisse aussi mes grosses chaussures Scarpa, et décide d’emporter des chaussures basses de trekking. Cela me vaudra plusieurs remarques de la part de marcheurs français…

L’objectif est de partir avec un sac ne dépassant pas les 10-12kg, sans compter l’eau et la nourriture.

Pour atteindre ce but, mon intention première était de partir sans tente, et avec une bâche de jardin adaptée pour qu’elle serve de tarp une fois appuyée sur mes deux bâtons de marche. Mon parrain m’a finalement convaincu d’emporter une vraie tente. J’ai donc opté pour une tente mono-paroi ultralégère d’environ 1kg : la Rainbow de chez Tarptent. Malgré le fait qu’il s’agisse d’une tente d’une place, celle-ci est très spacieuse, autoportante, et sa bonne ventilation permet de minimiser la condensation sur les parois. Puis, j’ai décidé de ne pas investir dans du nouveau matériel de couchage, je suis ainsi partis avec un vieux tapis de sol en mousse scalpé d’une trentaine de centimètres, ainsi qu’avec mon sac de couchage décathlon tout fripé et perdant ses plumes n’allant pas plus bas de +5°C. Côté vêtement : trois caleçons, deux paires de chaussettes, deux t-shirts et un pantalon-short. Je n’ai pris qu’un pull qui me servira à la fois d’oreiller et de linge de bain, ainsi qu’une fine veste en Goretex contre la pluie. Ma cuisine se résumait à un mini-réchaud à gaz avec une tasse me permettant de faire cuire les pates du soir, et ma salle de bain à un bout de savon, un déo, un rouleau de papier toilette et à une brosse à dent avec un petit tube de dentifrice. Le « superflu » emporté consistait en un carnet de voyage, un livre, un harmonica, et un mini panneau solaire totalement inefficace.  Le poids final du chargement était d’environ 6kg. A cela il faut ajouter le poids du sac (2.5kg environ), l’eau (de 0.5 à 2kg), et les 2-3 kilos de nourriture (saucisson, pain, fromage, pates et… Nutella !!!), ce qui arrivait à un total de plus ou moins 12kg.

 

Le sac

Le départ

7h30… C’est en quittant mon lit avec peine que je réalise pleinement ce qui m’attend. Dorénavant, mon unique couche se résumera à un vieux matelas en mousse d’un demi-centimètre d’épaisseur, et mon bel oreiller sera remplacé par un pull placé en boulle sous ma tête et qui ne restera pas propre très longtemps. Néanmoins, je suis impatient de partir, et c’est avec plaisir que je me rends au départ du GR5 en compagnie d’Antoine, Fabien, Aruran, Sarah, Sylvane et Jean qui m’accompagnant pour la première journée.

La marche débute officiellement à Novel, au-dessus du Lac Léman. Sylvane, fan d’Into The Wild jusqu’au bout des ongles, insiste pour que je brûle un billet d’1$. Une fois cette tâche sensée symboliser le détachement et le retour à un mode de vie proche de la nature effectuée, nous partons en direction de l’objectif de la journée : la Dent d’Oche ! Nous ne le savions pas encore, mais cette ascension aurait pu s’avérer fatale…

(suspens intenable, suite au prochain épisode)

Le départ


La suite:

Episode 2, Le GR5 contre-attaque