A la découverte du monde à 20km/h…

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Chapitre 17: Entre deux…

Glandoza

Aller au bout du monde, dans une charmante ville d’Argentine perdue entre vignes et cordillère et ne rien faire d’autre que se tourner les pouces, manger et boire, ça a un sens? A ce moment je ne me pose pas la question. Après ces 2 semaines de haute altitude, j’accueille à bras ouverts ce repos du guerrier. Déjà, il faut que mon visage cicatrise. Un matin je me lève, la face toute craquelée, des chips de peau se décollant par endroit pour laisser paraître une nouvelle peau. Je ressemble à un space invader rouge et brun! Puis, je retrouve Donald, l’américain rencontré avant l’expé, qui revient d’une semaine amoureuse entre Santiago et Valparaiso. Notre journée s’articule de cette façon:

9h55: réveil inextremis pour le petit déjeuner de l’auberge Campo Base.
10h00: devant notre café arraché des cuisines de l’auberge, nous entamons la discussion du premier sujet grave de la journée: où et que manger?
10h20-12h00: En tant que big boss de l’auberge (en effet, on a fini par presque faire partie des meubles), on accueille les nouveaux, et si possible les nouvelles arrivantes en les briefants sur les choses à faire dans le coin (je dois pas mal broder car, hormis l’Aconcagua, je ne connais pas grand chose du coin).
13h30: Nous nous mettons en route pour le supermarché ou un snack. Il faut bien manger quand même!
Après-midi: RAS, cyber, balade dans les rues ou les parcs, lecture, rédaction…
16h: Instinctivement, Donald et moi, nous nous retrouvons devant le frigo de l’auberge: c’est l’heure de notre première bière. On en profite pour entamer le 2e sujet grave de la journée: où et que manger ce soir!
19h30: On avance l’heure du repas fixée plus tôt d’une heure, ça creuse de rien faire! En 4 jours, nous irons  3 soirs à une Parilla Libre. Grillades à volonté pour 15$! La première de la série en compagnie d’Eloi et d’Andrew sera mémorable. Le minimum de garniture pour le maximum de viande. Je dois être pas loin des 800gr-1kg de bidoche. Eloi nous bats tous à plates coutures en allant se resservir une bonne quinzaine de fois! Le retour à l’auberge se fera dans la souffrance. Nous finissons finalement, tous les 4 allongés dans un parc le ventre gonflé, à nous écouter gargouiller.
22h-02h30: On emmène les petits nouveaux de l’auberge boire des bières dans le centre névralgique de la vie nocturne de Mendoza: Villanueva.
3h: Debriefing, on fait le point sur cette journée, on essaye d’identifier les points qui seront à améliorer lors des prochains jours.

Du coup, ces jours à Mendoza se passent très bien. Néanmoins, je sens qu’il faut que je bouge. Nous sommes le Mercredi 14 décembre, Paris arrive à Santiago dans 2 jours, il faut que je prépare son arrivée. Nouveaux adieux avec Donald qui fait cap vers Cordoba en espérant rallier la ville du Che à Buenos Aires…en vélo! Je prends le bus de nuit, passe 1h30 à poiroter au milieu de la nuit et en plein froid à la frontière pour un misérable tampon dans le passeport (que j’ai déjà!) et arrive à Santiago au petit matin, comme il y a un mois!

Santiago, again…

Du premier coup, je reprends mes marques. Santiago est vraiment une ville  »facile ». On s’y repère facilement, malgré les 6 millions d’habitants, je ne m’y sens pas oppressé. Dans le centre, mais aussi tout au long de la ligne 1 de métro, j’ai l’impression d’être en Europe. Pas top pour le dépaysement, mais bon, la ville est sympa. D’emblée, je me rends dans le quartier de Bellavista que Laura, une voisine d’Epalinges, m’avait fait traverser le mois passé. Celui-ci est au pied de la plus grande colline de la ville, un véritable îlot de verdure qui surplombe la mégapole chilienne. Ce quartier, un peu alternatif, est plein de restaurants pas très chers, de bars, de théâtres et d’espaces culturels. Les murs des immeubles sont couvert de peintures et de graffiti tout droit sortis des vidéos de BLU. Cela donne au quartier un caractère et une atmosphère qui diffère du reste de la ville, beaucoup moins coloré.
Durant cette journée d’attente, je revois Laura, qui bien qu’en pleins cartons (déménagement pour Arica prévu pour la semaine suivante) me fait une nouvelle lessive. Elle me fait aussi découvrir les  »bars à jambes »! Ce sont des cafés où les hommes vont prendre un café entre deux rendez-vous d’affaires. Le café est servi par des femmes, pas forcement magnifiques, mais qui portent des robes moulantes, des collants et des talons mettant en valeur leurs membres inférieurs. Elles se trouvent sur une petite estrade protégée par une table-barrière. Elles sont aimables, au point d’appeler certains clients « mon champion » et de les flatter gentillement!

Le soir, je retrouve Antoinette, une amie de Paris qui, voyageant aussi, se trouvait par hasard à Santiago en même temps que nous. Santiago est bel est bien une ville de lausannois. Avec Paris, nous serons 4!
Nous faisons connaissance en cuisinant des pâtes super bonnes, et en se faisant réveiller au milieu de la nuit par des militaires brésiliens en permissions complètement bourrés. Le lendemain, vendredi 16 décembreà 9h, Paris arrive de Montréal, et là, les choses sérieuses commenceront!!!


Chapitre 16: To plank or not to plank Aconcagua. Partie 1

7h29 du matin, vendredi 9 décembre, Plaza de Mulas. En ouvrant les yeux, je sens que mon visage est aussi sec qu’un Kapla. Alarmé, je cherche mon ipod dans mes affaires. Les corps endormis de mes 7 camarades éparpillés autour de moi ne me facilitent pas la tâche! Aussi, le bout de mes doigts couverts de multiples coupures et crevasses me force à rester vigilant: surtout, éviter les chocs! Après une ou deux minutes de fouilles archéologiques, je déterre mon Ipod congelé, et je jette un coup d’oeil à son dos qui me sert de miroir de secours. Horreur! Je ressemble à une momie! On m’avait bien, dit hier: « William, you are burnt ». En effet, mon nez et mes joues sont couvertes d’une bonne épaisseur de croûtes, et mes lèvres d’un nappage verdâtre et purulent. Inquiet, je m’inspecte plus en détails: ouf, tous mes doigts et orteils sont là! Je vais donc pouvoir vous raconter en détails ce qui s’est passé jusqu’à cette nuit-là.

Mendoza , 700m, Jour 1, 25 novembre 2011
Derniers jours de confort. Ces quelques jours passés dans l’auberge de jeunesse Campo Base de Mendoza m’ont permis de faire quelques connaissances très sympathiques, boire mes dernières bières et manger mes derniers steaks avant mon exil volontaire de deux semaines en altitude. Je rencontre notamment Donald, un américain de 30 ans en pleine « early middle life crisis » qui voyage quelques mois en Amérique du Sud. Nous nous retrouverons sûrement au Chili ou ailleurs, après, quand tout sera fini…
Avant de partir pour mon premier rendez-vous avec les autres membres de l’expédition, je tombe sur Eloi, un jeune français qui veut couronner son périple argentin d’une ascension en solo de l’Aconcagua, nous nous retrouverons dans quelques jours au camp de base!

De l’auberge, je fais 300m et me rend dans un hôtel 4* oú nous passerons notre première nuit sous le même  toit. Maintenant, après deux semaines de vie commune, je souris quand je me souviens de ce que ces visages ont évoqués pour moi en premier lieux.  » À ces allemands, ils ont vraiment des têtes d’allemands! » ou  » mais qu’est ce qui lui prend d’arriver 30 min en retards à celui-là? » et encore « lui, il a l’air sympa, mais ça m’étonnerait qu’il arrive en haut ». Finalement,  le groupe s’avèrera formidable.
Donc, nous voilà tous réunis dans le Hall de cet hôtel. Les présentations se font. Nous sommes 12, plus 3 guides. Ces derniers sont jeunes, ils ont 30 ans environ,  motivés et souriants.

Mariano est le chef et parle le mieux anglais. À 29 ans, il est déjà monté près de 25 fois au sommet! Il rentre tout juste d’un voyage de 8 mois en tandem avec sa femme en Europe et en Asie. Il est épaulé par Capy, le 2ème guide aux allures un peu pataude mais à l’humour très fin. Finalement Hormiga est le 3ème guide, après plusieurs années en tant que porteur, il est guide depuis seulement une saison. Il parle peu anglais, mais avec l’altitude, il deviendra plus à l’aise, au point de faire des blagues à tout bout l’champ dans les camps d’altitude. Cette équipe de guide est vraiment chouette. Le courant passe tout de suite bien entre nous!

Bon, je vais quand même vous présenter mes camarades d’ascension, histoire que vous puissiez saisir un peu l’équipe. numéro un, j’ai nommé….

Pierre!
Seul autre français du groupe, la soixantaine et une pêche d’enfer! Cet ancien expatrié boucle un marathon par an. Cette année, il compte faire la peau à l’Aconcagua! Dès qu’il peut, il se lave et se rase au lavabo, c’est la classe intégrée! On partage la même chambre lors de cette première nuit à Mendoza, et par la suite nous dormirons dans la même tente.

Andrew
Australien de trente ans à la barbe de Père Noël, sûrement le plus bavard du groupe. Lui aussi voyage pour une durée de plus d’un an, du coup on a des points communs.

Josie
23 ans elle aussi, la seule anglaise du groupe, mais aussi la seule personne que personne ne comprend. Un accent sud-londonnien sur-rapide et très haché à la fois. Sa peau britannique lui vaudra aussi quelques soucis avec le soleil, néanmoins elle est très courageuse, et parviendra à monter très haut sur cette montagne!

Brent
Aux portes de la cinquantaines, et déjà plusieurs des 7 summits à son actif. Sa bonne humeur en fait un camarade extrêmement agréable, chaque soir au camp de base nous regarderons un episode d’How I Met Your Mother enregistré sur mon Ipod!

Les Allemands

Père (Joseph), mère (Annette), fils (Benedikt), cousin 1 (Florian), cousin 2 (Andy). Avec tant de germanophone dans le groupe, mon niveau d’allemand ne s’est malheureusement pas amelioré … Joseph est le maire de la petite bourgade bavaroise dans laquelle ils habitent. Benedikt, comme moi, a 23 ans et est fraîchement bachelier. Florian vit à Rio depuis 10 ans et Andy, aux airs de Renaud, à beaucoup voyagé, que ce soit en Amérique, au Maroc ou en Asie.

Nikko

Finlandais, très discret, ce sera le premier à bénéficier d’un retour en Hélico!

Le vénuzuelien

Pas de bol, il ne survivra pas à la première nuit en 4* à Mendoza. Le premier soir, son téléphone sonne, et il retourne à Caracas. Personne ne sait pourquoi…

Donc voilà, nous voilà tous réunis dans cet hôtel. On nous explique les plans pour le lendemain, on part louer le matériel qui nous manque, chacun fait quelques blagues pour prouver qu’il est un bon type, et on part s’enfermer dans nos chambres. Les choses presque-sérieuses commencent le lendemain seulement…

Le lendemain

1er objectif: obtenir le permis d’ascension auprès des autorités du parc. 300$, le tarif le plus bas car nous commençons notre expédition lors de la saison-basse.

2ème objectif: rejoindre Puente del Inca où les choses un-peu-plus-sérieuses commenceront. 3h de bus environ, une crevaison, et quelques haltes plus tard, nous arrivons dans cette petite bourgade à la frontière du Chili. Quelques baraques, une gare fantôme, une poste tirée d’un western, un cimetière pour alpinistes disparus sur l’Aconcagua et un torrent au pouvoir petrificateur, c’est tout. On y passe une nuit, et on organise les paquetages qui seront portés par les mules jusqu’au camp de base. Mon sac est le plus petit de tous, tout tient dans un petit sac à engrais tandis que les autres ont des sacs North Face XXXXL. Je me pose des questions, qu’ai-je oublié…?

Confluencia, 3’400m, jour 3
Allez, ça commence vraiment! Les gardiens du parcs nous distribuent nos « sac à caca ». Si dans 2 semaines nous ne les ramenons pas plein, on nous taxera plusieurs centaines de dollars! Les guides les gardent en leur possession, ce serai bête qu’un de nous perde le sien!

Nos sacs sur les épaules,  l’Aconcagua en ligne de mire, nous nous enfonçons dans la vallée d’Horcones. Paysages grandioses,  les proportions sont différentes que dans les Alpes. La rivière que nous longeons me donne faim: elle est de couleur chocolat. Nous la traversons grâce à un pont suspendu construit lors du tournage de 7 ans au Tibet, tourné dans la région. Les petits oiseaux chantent autour de nous et les fleurs nous saluent, ils savent que nous nous en allons pour un enfer de pierres et de neige. Hormis d’autres yetis en veste Gore-tex, nous ne verrons pas d’autres êtres vivants au-delà du camp de base.. Durant cette marche nous pouvons faire plus amplement connaissance. On tente de trouver des points communs, des sujets de conversations, le courant passe facilement, tout le monde y met du sien.

En fin d’après-midi, nous atteignons notre premier objectif: Confluencia, 3’400m.

L’accès à la base de l’Aconcagua peut se faire par plusieurs vallées. La plus empruntée est la Vallée de l’Horcones qui se sépare en deux parties, tel un Y, au niveau de Confluencia. La branche de droite mène jusqu’à l’immense mur de la face Sud, et celle de gauche à Plaza de Mulas, le camp de base. Dans ce près-camp de base, nous restons 2 jours, histoire de s’adapter gentillement à l’altitude. Nous apprenons aussi à monter nos tentes. North Face B-qqchose, 5kg, sensée résister à des vents de plus de 100km/h. D’après Mariano: « 100km/h, c’est ce qu’il mettent dans la pub, en altitude il arrive qu’elles s’envolent pour moins que ça! »

Je profite de ces deux jours pour feuilleter le livre que j’ai emmené concernant l’Aconcagua. J’apprend que ce nom un peu spécial signifie « Sentinelle de Pierre ». L’histoire de ses premières ascensions est passionnante! Le premier type à tenter de poser ces pieds au sommet est un géologue allemand: Paul Güssfeldts en 1882. A cette époque, il doit carrément trouver où se trouve la montagne. Son style est particulier, car il part à l’assaut de la montagne sans tente ni nourriture et avec des vêtements on ne peu plus classiques. Son Summit Day durera 31h, et il atteindra une altitude de 6’500m. Pas mal, non?
Deuxième expé en 1897, menée par le britannique Fitz Gerald. l’expédition connaît des hauts et des bas, de nombreuses gelures et incidents. Finalement, après de nombreuses tentatives, c’est le guide Suisse Matthias Zurbriggen qui parvient au sommet  Nord, le plus haut, le  14 janvier 1897.
Il s’agit que de l’histoire moderne de cette montagne. On ne sait pas jusqu’où sont monté les Incas, en effet, une momie d’un enfant de 7 ans datant de 1470 a été retrouvée à 5’300m. Pierre nomme cet endroit « le jardin d’enfant ».

Donc durant nos deux nuits à Confluencia, on apprend à se connaître, mais on apprend aussi à mieux connaître notre future amie. Pour cela, nous nous rendons à Plaza Francia, au bout de la branche droite du Y don je vous ai parlé plus tôt. D’ici, nous pouvons admirer dans son ensemble la paroi Sud de l’Aconcagua. Impréssionnante!  3’000m de falaise et de glaciers suspendus. La paroi est elle aussi parsemée de momies, mais plus récentes celles-ci. Eh oui, régulièrement des alpinistes s’endorment pour toujours lorsqu’ils tentent de grimper ce frigo de 3km. Cette visite au pied de ce mur gigantesque nous prépare mentalement. On réalise que, même si on grimpera par l’autre côté, ce ne sera pas de la tarte!

Durant cette journée, avec Andrew, il nous viendra une idée. Nous aussi on veut faire une première sur cette montagne. Des gens y sont descendu en vélo, monté  en courant (30h pour le plus rapide je crois), sont restés plusieurs dizaines de jours au sommet sans redescendre (68jours), le plus jeune grimpeur doit avoir moins de 12ans, et le plus vieux 85 ou un truc du style. Il y a quelques années un haltérophile russe a fait porter 20kg d’altères à Capy pour faire une levée au sommet. On na pas cette prétention, ni le matériel pour rivaliser avec ces exploits, mais nous aussi nous pensons pouvoir faire une première. En cherchant un peu, on se souvient des photos qui circulaient dans les journaux gratuits il y a quelques mois. Des gens, toujours dans la même position, mais dans des endroits toujours plus incongrus. Face contre terre, aussi droit qu’une planche à repasser, ce type de pose se nomme le Planking. On en trouve de tous  les styles, dans des endroits aussi loufoques qu’originaux. Certains ont posés sur des barrières de gratte-ciels, dans des étalages de super-marchés, dans des amphithéâtres de cours, devant des monuments. A notre connaissance, jamais cela n’a été fait sur l’Aconcagua. C’est décidé, dans deux semaines, nous serons les plus haut planker des Amériques! C’est devant cette face Sud que nous nous entraînons car aucun de nous deux n’a d’expérience en la matière, on débute!

Vers Plaza de Mulas, le Camp de Base, 4’300m, Jour 5
Les guides redoutent cette journée. Après le Summit day et le retour, celle-ci est la plus longue de l’expédition. Pas énormément de dénivelé, moins de 1000m, mais un obstacle majeur: Playa Ancha! 10 km de désert, une plage de petits cailloux qui serpente le long du flanc Est de l’Aconcagua de façon interminable! Pour nous, découvrant les lieux pour la première fois, la balade est bienvenue, et surtout magnifique car les paysages sont grandioses, colorés et variés. Mais pour nos pauvres guides qui doivent la traverser environ 8 fois par été, ce n’est vraiment pas une partie de plaisir! Néanmoins, nous avons de la chance, il n’y a pas trop de vent ce jour-ci.

Quand nous arrivons au camp, j’ai la joie de constater que je suis en pleine forme! Les quelques jours passé dans les Andes Chiliennes à 4’100m m’auront finalement été bénéfiques! Je m’en inquiétais car je suis revenu de mon aventure chilienne dans un sale état! Gercures à tire la rigot, toux de fumeur, diarrhée bien en règle, fatigue…etc. Pas top de commencer une expé dans ces conditions! Quand je vois la tête de mes collègues dans la tente/salle à manger, je constate que je suis bien plus en forme qu’eux! Annette et Nikko, les yeux plein de poussières, ont de la peine à maintenir les yeux ouverts. Beaucoup ne finissent pas leur assiette lors du repas, et tous vont se coucher très tôt. Dans ma tête je me dis:  » C’est bon William, t’es un boss maintenant, tu résistes à l’altitude et à la fatigue. L’Aconcagua est à toi! » Si seulement…

Au camp de base, je retrouve Eloi, le français rencontré quelques jours plus tôt à l’auberge. Il est là, seul dans sa petite tente orange, depuis quelques jours. C’est marrant de retrouver un « voisin » aussi loin de chez soi. Eloi habite à Thonon, en face de Lausanne! A la base, je pensais aussi m’aventurer sur les pentes de la Sentinelle de Pierre en solo, mais j’ai finalement choisi le confort et la sécurité d’une expédition commerciale. J’admire Eloi qui se trimballe tout son matos tout seul (bon, une mûle l’a aidé jusqu’au camp de base, mais bon…), qui n’a personne pour lui préparer de bon petits plats, et qui doit récolter lui-même ses excréments tout au long de son ascension. Vraiment, nous,  c’est le méga luxe comparé à lui!

Le camp de base est réellement une petite ville de tente. Il parait que c’est le 2ème plus grand du monde après celui de l’Everest. En pleine saison, plus de 300 personnes peuvent y vivre, et on trouve de tout (pour qui peut y mettre le prix): Internet, Téléphones, douches chaudes, Pizza et … des filles!
Nous sommes en saison basse, et le campement se met doucement en route. Les gens commencent à arriver, mais je suis content de ne pas me retrouver en plein camping de Paléo à 4’300m!

Nous sommes sensé rester 5 nuits au camp de base afin de nous acclimater. Plusieurs choses sont prévues aussi pendant ce temps afin de nous préparer à ce qui nous attend: un sommet, un portage de nourriture, et des siestes. Notons qu’à partir de maintenant, nous ne pouvons plus boire de l’eau « du robinet », trop pure, celle-ci n’est pas assez mineralise pour etre bue. Elle doit impérativement être assaisonnée de thé, de café, ou de Tang, une sorte de jus de fruit en poudre avant d’etre ingurgitee. Au début, ça va, à la fin, on en pouvait plus!

Lors de cette première nuit en altitude, on est confronté à notre premier mini-drame: l’abandon de Nikko! Il n’a pas supporté notre première vraie étape pour arriver au camp de base. Après une visite au centre médical difficile, il nous a vomis sa soupe en live lors du dîner. Le lendemain suivant, l’hélico le ramene en plaine;  ça nous a temporairement refroidi. Mince pour lui, il était sympa… (mais il a quand même du bol d’être descendu en hélico!!!):-P

Cerro Bonete, 5’004m, Jour 7
Allez, après une journée de repos à rien faire au camp de base, je profite de cette marche d’acclimatation pour essayer mes nouvelles shoes! Elles sont trop belles! Zamberlan Denali 6000, trois épaisseurs afin d’éviter les gelures. Contrairement aux chaussures de mes amis, celle-ci n’est pas munie d’une coque en plastique mais d’une enveloppe en Kevelar. Du coup elles sont fines et très légères. Je suis bien dedans, c’est le pied! Donc voilà, on monte tous, tranquillement jusqu’au sommet du Cerro Bonete, à plus de 5’000, en face de l’Aconcagua. La journée est incroyable, il fait si chaud que je monte en short et en pull au sommet! La vue sur notre objectif est imprenable. On peut voir les emplacements des différents camps d’altitudes. Pour fêter cette belle journée, nous plankons un coup au sommet, et nous redescendons à toute allure en « skiant » sur les cailloux. -450m en 15 min, c’est top!

Le lendemain, les choses presque-très-sérieuses commencent: nous montons au camp I (Plaza Canada) certaines de nos affaires ainsi que de la nourriture. Comme je ne sais pas quand je pourrais écrire la suite, je vais déjà publier cette partie là, et vous aurez la suite très bientôt j’espère!
Un petit dessin pour faire office de Trailer:


Chapitre 15: Des plages brésiliennes aux 5’000 chiliens

Ouf, par où commencer… Bravo William, t’as pris du retard sur 20kmh, et maintenant, tu galères devant l’écran.
Bon, où nous sommes nous quittés? Au Brésil, il me semble.

Le Brésil! Alala, ce pays aura tenu toute ses promesses et m’a réservé bien des surprises! Déjà, quel choc en arrivant à Rio, après Dakar ! Je me trouve catapulté dans un quartier de la ville moderne, où les centres commerciaux se succèdent et où les voitures pullulent. Je suis dans un appartement (chez Ricardo) situé au 13e étage, j’en ai presque le vertige après 90 nuits à même le sol!

Le Pain de Sucre

Mon séjour à Rio se résume en très peu de mots: « Pain de Sucre »! Le 2e jour après mon arrivé, je me suis rendu aux abords de ce gros rochers à la forme si caractéristique. 400m de Gneiss, surplombant entre autres les plages de Botafogo et Copacabana et offrant une vue imprenable sur le Christ du Corcovado. Lors de cette première excursion, je trouve un petit sentier, prolongement d’une promenade au niveau de la mer, qui monte directement vers le sommet du rocher. Il est tard, il a plu, mais je décide de monter un petit peu. Le chemin n’en est pas vraiment un, il faut se mettre à quatre pattes car les plaques rocheuses qu’il traverse sont si abrupte que des spits sont à disposition pour s’encorder. En 15 minutes de montée, on atteint un point hors du temps, hors de la ville. À environ 100m au dessus de la mer, on peut contempler la baie de Rio d’une manière unique et des plus originales. De ce promontoire, on est en pleine nature, des sortes de vautours se laissent approcher, ainsi que des petits Macacos-Ouistitis. En observant le panorama, on aperçoit seulement quelques bateaux qui nous rappellent que dans notre dos se trouve l’un des plus grand port et une des plus grande ville d’Amérique du Sud. Lors de cette première ascension, je suis seul, et à environ 200m de l’océan, je me retrouve bloqué, un passage de 2m  compliqué, et le risque de tomber est trop grand. Si mes prises me font défaut, c’est la dégringolade assurée jusqu’à la mer!

En grimpant, je fais une découverte improbable: des dizaines et des dizaines de pièces de centimes de Reais (la monnaie Brésilienne)! Chose encore plus étrange, parfois je tombe sur des paquets scellés de 20 de ces pièces, tout droit sorti de la banque. Ces centimes, je les trouves éparpillés sur les rochers, comme si celles-ci étaient tombées en cascade depuis le sommet. Intrigué, j’en ramasse suffisamment pour que les poches de mon short soient pleines à craquer!

Cette découverte me motive à retourner le lendemain avec Ricardo. Je fouille dans tous les recoins possible avec l’aide d’un type qui fait guide sur le Pain de Sucre. Il nous annonce que le restaurant du sommet à été dévalisé il y a deux jours. En fuyant les voleurs ont du jeter les petites pièces, trop lourdes, pour garder les billets. Après deux jours de recherche, ma part du butin s’élève à plus de 200 Reais, soit 100 Francs Suisses!

Le soir, Carla, ma collègue géographe arrive à Rio, et bien entendu, la première chose que je veux lui montrer, c’est cette face du Pain de Sucre. En sa compagnie, j’y retourne ainsi une troisième fois de suite. Comme nous y passons beaucoup de temps, nous devons repousser au lendemain l’ascension complète du rocher par la télécabine. Ainsi, j’y retourne une 4e fois, et en guise d’adieu, le Pain de Sucre me permet d’aller contempler son panorama  gratos. En effet, avant de passer au guichet, je découvre à mes pieds un ticket aller-retour pour le sommet! C’est sûr, les vacances avec Carla commencent pour le mieux, la chance est de notre côté!

Ilha Grande

Respectant à la lettre la tourist attitude, les premiers jours à Rio avec Carla se déroulent pour le mieux. Photos débiles devant le Corcovado, pauses niaises devant des sculptures en sable sur la plage, découverte de Copacabana en plein jour (comme si c’était en plein jour que ça se visitait!)…etc. Mais bon, le principal c’est qu’on s’amuse beaucoup! Ricardo nous aide bien, véritable ange gardien, il nous sortira même en boîte dans le quartier de Lapa. Le plus Rock n Roll, c’était quand même le retour en voiture à 5h du matin..

Ricardo, encore lui, est celui qui nous offre le billet aller simple pour Ilha Grande. Cette île située à deux heures de route et une heure de bateau de Rio pourrait aussi bien être perdue au milieu du Pacifique, nous n’aurions pas vu la différence. Montagne, forêt Atlantique, plages paradisiaques se côtoient sans qu’aucune route ni voiture ne viennent troubler la tranquillité des lieux. La taille de ce bout de terre est toutefois surprenante: presque  130km de côte.

Sur cette île, nous allons vivre une expérience bien singulière, et, avec le recul, très déroutante. A ce moment toujours bons amis, nous débarquons un dimanche soir à Abraao, petit port et seule réelle ville de l’île. On fait le plein de provision, on remplit nos sacs pour survivre 2 jours au grand maximum. Après 1h30 de marche dans la forêt et par dessus quelques collines, nous arrivons à Palmas, une belle plage comme dans les catalogues d’agences de voyage. Quelques cahutes proposent aux rares touristes des boissons, du poisson, ou des emplacements de camping. Nous plantons donc notre tente à 20m de la mer, en pensant la replier le lendemain. Mais voyez-vous, dans un lieu tel que celui-ci, il est difficile de ne pas oublier le monde qui nous entoure. Après la frénésie de Rio, le calme nous étourdi, et nous n’avons pas envie de nous stresser pour voir les 1000 lieux qu’on avait prévu de visiter durant nos 10 jours de voyage commun. De plus, une plage située à l’autre bout de l’île nous intrigue. Elle se nomme Aventureiro et est considerée comme étant l’une des plus belle de l’île et, par conséquent, du monde.

D’un coup, nous prenons LA décision. Celle d’atteindre cette plage coûte que coûte: à la trappe Parati, Ubutuba et les chutes d’Igazu! Désormais, nous allons rester sur l’île aussi longtemps que nos obligations respectives nous le permettent. Dès lors, notre mode de vie change radicalement. Nos personnalités se transforment, le William et la Carla de l’uni de Lausanne disparaissent, et à la place deux créatures des bois voient le jour. Les serpents corails qui traînent sur les chemins nous font plus peur. Ensemble, nous chassons les fantômes des ruines d’une prison et partons à la recherche des sources des rivières qui se trouvent sur notre route.  Dans la forêt, nous marchons pieds nus, le corps de Carla est bientôt couvert de griffures et mes jambes de piqûres!

Tout se joue à l’instinct, sur le moment présent. Nous n’arrivons plus rien à prévoir ni à planifier. Nos  téléphones se déchargent progressivement, nos portes-monnaies sont quasi-vides (il n’y a pas de distributeurs automatiques sur l’île) et nos  provisions sont de plus en plus minces. Progressivement notre régime alimentaire se modifie: fruits et crackers en exclusivité pendant deux jours! Notre seule inquiétude, la batterie de nos iPod qui diminue.

Lors d’un de nos passages à Abraao, nous sommes pris d’une envie soudaine et incontrôlable. Etant devenus des êtres primaires et peu évolués, nous ne pouvons pas lutter, et c’est avec avidité que nous nous jetons ensemble, assoiffés, sur… la première Caipirinha venue! Presque à jeun, fatigués, cette Caipirinha nous est fatale. Les deux boissons qui suivent nous achèvent et, comme deux alcooliques de la Riponne, nous nous retrouvons à errer dans les rues d’Abraao pendant de longues heures jusqu’à ce que nos carcasses viennent s’échouer sur une plage. Seuls témoins de cette cuite la moins coûteuse de l’histoire: le chien qui vient nous réveiller!

Lentement, la semaine s’ecoule, et quand arrive le week-end, cette île paradisiaque ne l’est plus tellement. La jeunesse branchée de Rio et Sao Paulo viennent passer leurs quelques jours de congés sur cette île pour faire la fête. Ilha Grande alias Ibiza pour ce week-end. Notre tente se retrouve vite entourée de 300 autres, et le petit camping paisible qui nous abritait prend aussitôt des airs de Paléo. Nous avons fait notre temps, et sans regrets, nous retournons sur le continent. Le court séjour à Sao Paulo, dans la grisaille, fait un peu l’effet d’une gueule de bois. On doit réapprendre à vivre en société, à respecter certains codes et à répondre à nos sms. Après 3 jours un peu tristes dans cette jungle urbaine hostile, nos chemins se séparent et, irrémédiablement, mon avion décolle le 16novembre pour …

Santiago!

Allez, méga motivation! Toujours nostalgique de ces deux semaines, je débarque de l’autre côté du continent à 2h du matin. D’emblée, le ventre criant famine, je me trouve un sandwich… aux asperges! Berk! Pour me consoler, je trouve un banc tranquille dans un coin reculé de l’aéroport et j’imite Tom Hanks dans Terminal en faisant mon nid entre les voyageurs et les hôtesses pour le restant de la nuit.
A peine débarqué au centre de la capitale chilienne, je fais du stop jusqu’à la station de ski de Valle Nevado. ma première vraie nuit au chili se fait sur un promontoire à 2’000 au dessus de Santiago. Le soleil se couche à l’horizon, et peu à peu, les lumières de la ville apparaissent et me servent de veilleuse. Le soir, alors que je me cuisine mes pâtes, un condor vient tournoyer au dessus de moi:  » bienvenu dans les Andes » me lance-t-il!

Mes premiers jours chiliens se passent donc en montagne, dans la région du Cerro del Plomo. C’est que je dois m’entraîner avant d’entamer l’Aconcagua! Je passe ainsi trois journées au-dessus de 4’000m, dans le froid et dans le vent. Un premier sommet de 4’180m, le Cerro Pintor,  me donne confiance. Les paysages sont magnifiques et grandioses. Il faut multiplier par deux tous éléments qu’on peut voir en se baladant dans les alpes. Les vallées, les glaciers, les blocs ératiques, les moraines, tout est gigantesque!! En revanche, les refuges, eux, sont des plus sommaires. Pas plus grands qu’une tente, ils peuvent abriter du vent, mais pas du froid (car pas de portes) trois marcheurs maximum. Je passe deux nuits en compagnie de Jean, un randonneur normand, et Maurizio son guide au refuge de Federacion, au pied du Cerro del Plomo à 4’110m. N’étant pas équipé pour le grand froid, je ne monte qu’à une altitude de 4’850m sur les 5’400m du Cerro del Plomo. Je suis satisfait, je tiens bien l’altitude jusqu’à là, et  l’impression de monter toujours plus haut est grisante. En revanche, je réalise seulement maintenant dans quoi je me suis lancé en m’inscrivant dans cette expédition pour l’Aconcagua. Bien que réputée facile techniquement, il n’est jamais aisé de monter à des altitudes de presque 7’000m! C’est vraiment de la TRÈS haute-montagne qui m’attend, et je commence à appréhender un peu. Soudainement, je me prends à regretter le luxe de notre tente 1place sur Ilha Grande…

Je découvre vraiment Santiago 4 jours après être arrivé au Chili, en descendant des montagnes. Il me reste 5 jours avant le début de l’expédition, et ces jours sont mis à profit pour trouver du matériel, moins cher au Chili qu’en Argentine. Durant ces quelques jours à Santiago, je rencontre aussi Laura, la soeur d’Eric, un copain d’Epalinges. Elle vit depuis la semaine chez son copain Julio. C’est marrant de faire la connaissance d’une Palinzarde si loin de chez nous! La journée, je découvre certains coins de la ville en sa compagnie, le soir, nous allons manger des plats typiquement chiliens avec son copain. Nous nous quittons, en nous promettant de se revoir à mon retour d’expé.

Hier, j’ai tenté l’auto-stop longue-distance pour rejoindre Mendoza en Argentine. Je me prends bide sur bide pendant 2h. Finalement, je rejoins la gare routière et prend un bus. C’est donc Mercredi 23 depuis Mendoza et encore  à moitié endormis que je vous relate les événements de  ces dernières semaines. Dans deux jours je pars pour l’Aconcagua, à dans trois semaines cher lecteur, Inch Allah! 😛