A la découverte du monde à 20km/h…

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Chapitre 17: Entre deux…

Glandoza

Aller au bout du monde, dans une charmante ville d’Argentine perdue entre vignes et cordillère et ne rien faire d’autre que se tourner les pouces, manger et boire, ça a un sens? A ce moment je ne me pose pas la question. Après ces 2 semaines de haute altitude, j’accueille à bras ouverts ce repos du guerrier. Déjà, il faut que mon visage cicatrise. Un matin je me lève, la face toute craquelée, des chips de peau se décollant par endroit pour laisser paraître une nouvelle peau. Je ressemble à un space invader rouge et brun! Puis, je retrouve Donald, l’américain rencontré avant l’expé, qui revient d’une semaine amoureuse entre Santiago et Valparaiso. Notre journée s’articule de cette façon:

9h55: réveil inextremis pour le petit déjeuner de l’auberge Campo Base.
10h00: devant notre café arraché des cuisines de l’auberge, nous entamons la discussion du premier sujet grave de la journée: où et que manger?
10h20-12h00: En tant que big boss de l’auberge (en effet, on a fini par presque faire partie des meubles), on accueille les nouveaux, et si possible les nouvelles arrivantes en les briefants sur les choses à faire dans le coin (je dois pas mal broder car, hormis l’Aconcagua, je ne connais pas grand chose du coin).
13h30: Nous nous mettons en route pour le supermarché ou un snack. Il faut bien manger quand même!
Après-midi: RAS, cyber, balade dans les rues ou les parcs, lecture, rédaction…
16h: Instinctivement, Donald et moi, nous nous retrouvons devant le frigo de l’auberge: c’est l’heure de notre première bière. On en profite pour entamer le 2e sujet grave de la journée: où et que manger ce soir!
19h30: On avance l’heure du repas fixée plus tôt d’une heure, ça creuse de rien faire! En 4 jours, nous irons  3 soirs à une Parilla Libre. Grillades à volonté pour 15$! La première de la série en compagnie d’Eloi et d’Andrew sera mémorable. Le minimum de garniture pour le maximum de viande. Je dois être pas loin des 800gr-1kg de bidoche. Eloi nous bats tous à plates coutures en allant se resservir une bonne quinzaine de fois! Le retour à l’auberge se fera dans la souffrance. Nous finissons finalement, tous les 4 allongés dans un parc le ventre gonflé, à nous écouter gargouiller.
22h-02h30: On emmène les petits nouveaux de l’auberge boire des bières dans le centre névralgique de la vie nocturne de Mendoza: Villanueva.
3h: Debriefing, on fait le point sur cette journée, on essaye d’identifier les points qui seront à améliorer lors des prochains jours.

Du coup, ces jours à Mendoza se passent très bien. Néanmoins, je sens qu’il faut que je bouge. Nous sommes le Mercredi 14 décembre, Paris arrive à Santiago dans 2 jours, il faut que je prépare son arrivée. Nouveaux adieux avec Donald qui fait cap vers Cordoba en espérant rallier la ville du Che à Buenos Aires…en vélo! Je prends le bus de nuit, passe 1h30 à poiroter au milieu de la nuit et en plein froid à la frontière pour un misérable tampon dans le passeport (que j’ai déjà!) et arrive à Santiago au petit matin, comme il y a un mois!

Santiago, again…

Du premier coup, je reprends mes marques. Santiago est vraiment une ville  »facile ». On s’y repère facilement, malgré les 6 millions d’habitants, je ne m’y sens pas oppressé. Dans le centre, mais aussi tout au long de la ligne 1 de métro, j’ai l’impression d’être en Europe. Pas top pour le dépaysement, mais bon, la ville est sympa. D’emblée, je me rends dans le quartier de Bellavista que Laura, une voisine d’Epalinges, m’avait fait traverser le mois passé. Celui-ci est au pied de la plus grande colline de la ville, un véritable îlot de verdure qui surplombe la mégapole chilienne. Ce quartier, un peu alternatif, est plein de restaurants pas très chers, de bars, de théâtres et d’espaces culturels. Les murs des immeubles sont couvert de peintures et de graffiti tout droit sortis des vidéos de BLU. Cela donne au quartier un caractère et une atmosphère qui diffère du reste de la ville, beaucoup moins coloré.
Durant cette journée d’attente, je revois Laura, qui bien qu’en pleins cartons (déménagement pour Arica prévu pour la semaine suivante) me fait une nouvelle lessive. Elle me fait aussi découvrir les  »bars à jambes »! Ce sont des cafés où les hommes vont prendre un café entre deux rendez-vous d’affaires. Le café est servi par des femmes, pas forcement magnifiques, mais qui portent des robes moulantes, des collants et des talons mettant en valeur leurs membres inférieurs. Elles se trouvent sur une petite estrade protégée par une table-barrière. Elles sont aimables, au point d’appeler certains clients « mon champion » et de les flatter gentillement!

Le soir, je retrouve Antoinette, une amie de Paris qui, voyageant aussi, se trouvait par hasard à Santiago en même temps que nous. Santiago est bel est bien une ville de lausannois. Avec Paris, nous serons 4!
Nous faisons connaissance en cuisinant des pâtes super bonnes, et en se faisant réveiller au milieu de la nuit par des militaires brésiliens en permissions complètement bourrés. Le lendemain, vendredi 16 décembreà 9h, Paris arrive de Montréal, et là, les choses sérieuses commenceront!!!

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Chapitre 16: To plank or not to plank Aconcagua. Partie 2

Allez, let’s go!
J’en ai marre d’attendre au camp de base, il faut que je bouge, que je commence à arracher les premiers mètres à l’Aconcagua.

Portage vers Plaza Canada – Camp I -, 4’950m, Jour 8

La mission du jour est de monter des sacs de nourriture ainsi que du matériel personnel du style crampons et doudounes au premier camp d’altitude. Celui-ci s’appelle Plaza Canada et est située à presque 5’000m. Nous nous trouvons enfin sur les flancs de l’Aconcagua! Le premier contact est important. Il ne faut surtout pas déplaire à la bête, aller doucement et ne pas tenter de trop en faire. Les guides marchent au même rythme que lors de l’ascension du Bonete la veille: un pas toute les deux secondes. Cette progression volontairement lente nous exaspère, Pierre et moi. Parfois nous tentons de dépasser le groupe afin de nous défouler, mais on sent bien que les guides désapprouvent cette impatience. Economiser! c’est le maître mot de notre manoeuvre, Economiser notre énergie en vue du Summit day. Ne pas aller trop vite, ne pas se griller inutilement. Parallèlement, on doit faire nos réserves. Les guides insistent aussi pour qu’on boive beaucoup, 4-6litres par jour. Le jour J, ils savent qu’on boira 2 litres maximum, et en se forçant. Si on s’hydrate bien avant, tout cela n’aura pas tellement d’importance.
Du coup, on gravit nos 700 mètres aussi rapidement que 14 escargots le feraient.
La pente est raide mais le chemin fait plein de zig-zags. Le décor est très monotone, cette partie de la montagne est parsemée de petits cailloux qui rappellent le dernier tronçon permettant d’atteindre le sommet de la Haute-Cime dans les Alpes. A mi-parcours, en revanche, se dressent quatre ou cinq pierres dressées de 3-4 mètres de haut: les Piedras Conway. On s’y arrête pour grignoter un truc. Il n’y a pas tellement de vent aujourd’hui, mais j’imagine que quand Eole est de la partie, celles-ci doivent être les bienvenues. J’imagine une quinzaine de marcheurs agglutinés derrière une de ces tours naturelles: je suis bien content « d’avoir le beau »!

Après quelques heures de marche, nous arrivons enfin à Plaza Canada. Caché derrière un petit affleurement rocheux, ce camp surplombe le camp de base de 700m. Bien que certains alpinistes montent directement au camp II, c’est un camp qui peut être très fréquenté. Quand nous arrivons, il n’y a qu’une tente, celle d’Eloi. On se retrouve avec plaisir. Cela fait 2 nuit qu’il est là, et il s’apprête à monter un premier sac à Nido De Còndores le prochain camp à 5’500m. Riche de pleins de barre de céréales, je lui en propose. Un des allemands va même jusqu’à lui donner un de ses sandwichs!

Nos sacs de nourriture déchargés et caché tant bien que mal sous des pierres, nous mangeons notre pic-nique en regardant la colonne des quelques marcheurs qui se rendent à Nido . Le chemin fait une grande traversée, et n’a pas l’air si long, pourtant, à la fin du déjeuner, les types sont toujours là, et ne semble pas avoir bougés. Cette étape future promet d’être longue malgré ses 500m de dénivelés…!

Nos sacs vides, mais nos esprits déjà éparpillés dans les différents camps d’altitudes qui nous attendant, nous regagnons Plaza de Mulas. Hier, le Bonete, aujourd’hui, le camp I, il faut qu’on se repose avant de vraiment partir à l’assaut de la cime!

Plaza de Mulas – Base Camp, 4’300m, Jour 9, rest day nº2

Ces deux jours d’ascension à 5’000m nous on un peu fatigué, pourtant, on a des choses à faire. Visite médicale, préparation du sac pour nos journées en altitude…etc. La température sur la moraine du camp de base est relativement clémente durant la journée, le seul ennemi est le vent glacial qui se met parfois à souffler sans prévenir. Cela fait quand même un moment que l’expédition à commencé, et hormis Pierre, personne n’a tenté de se laver! Certains voyagent avec des lingettes pour bébés, mais bon, rien de mieux que de se passer un peu d’eau sur le corps pour entamer l’ascension sereinement. Les douches chaudes étant hors de prix (20 US$), je me muni d’une bouteille d’eau et me rend au petit lavabo bancal près des toilettes. Par chance, la brise prend une pause au même moment, je me lave donc intégralement en 5 minutes, avec de l’eau fleurtant avec les 3º.  Ça fait un bien fou, j’en profite aussi pour laver mes vêtements. Mes doigts sont en profond désaccord avec cette manoeuvre, et il me le font comprendre. De nouvelles coupures apparaissent au bout de mes doigts, de quoi me mettre de mauvaise humeur à chaque pliage de tente! Finalement, seulement Andrew prendra la même initiative et passera à la douche.

Le soir, Rustico, le chef des porteurs vient nous rendre visite dans le Messe. Il se présente, ce sera son équipe qui portera les tentes et les réchauds de camps en camps. Rapides, ils se rendent souvent d’un coup jusqu’au camp III, alors que nous le faisons en 3 jours. Je ne les imaginais pas du tout ainsi, les porteurs. Certains ont des dreads et pourraient  tout aussi bien être des habitués de Zélig. Ont le verra par la suite, ils joueront un rôle clé dans le sauvetage de l’un des nôtres. Et hop, un petit peu de suspens pour la suite!
Ce même soir, on apprend aussi du sort de nos collègues de l’expédition précédente. Parti depuis quelques jours dans les camps d’altitude, ils sont restés coincés au camp III par le vent. Celui-ci a cassé 3 tentes, et ils ont du s’abriter dans l’abri Berlìn. Finalement, après de trop nombreuses nuits en altitude, la moitié redescend lors d’une tentative désespérée vers le sommet. Les cinq grimpeurs restants, continuent leur route avec un seul guide. Ils avaient la forme, étaient près du but, quand à 100m du sommet l’une des leurs perd l’équilibre sans arrêt, n’arrive plus à parler et commence à délirer. Il faut lui faire perdre de l’altitude au plus vite, le groupe entier doit donc redescendre. Dommage…

En fin de soirée et pour finir sur une note positive, avec Brent et Josie, nous regardons,  un dernier épisode de How I Met Your Mother. Réunis sur le sol de la tente commune, en nous voyant, il est difficile d’imaginer que nous sommes à 4’300m! Nos sacs sont prêts, demain nous quittons le confort du camp de base, en espérant y retourner tous ensemble et triomphant dans moins dans cinq jours…

Plaza Canada – Camp I -, 4’930m, Jour 10

Une nouvelle nuit de sommeil de presque 10h. J’espère que ce ne sera pas la dernière, il paraît qu’on dort mal en altitude. Deuxième remballage de tente après celui de Confluencia, et à 11h on est go. Annette est amusée par nos horaires. Il est vrai que dans les Alpes, quand on part faire une course de montagne, on part très tôt, bien souvent avant le lever du jour. Comme ici, les étapes sont courtes, on peut se permettre de quitter les camps plus tard, et aussi, lorsque le soleil est toujours derrière les montagnes, il fait super froid!
Donc à 11h, nous voilà parti. Plusieurs d’entre nous ont du retard, huit minutes maximum. C’est parfait, pour Mariano, on sert d’exemple, ou de contre-exemple plutôt: « ces 8 minutes, à 6’000m, peuvent faire perdre un ou deux orteils à vos camarades ». Nice!
La montée est exactement la même qu’il y a deux jours. Le temps est toujours aussi clément, et il fait bon. On arrive à Plaza Canada à 15h. Je suis tout faiblard, mais ça n’a rien à voir avec l’altitude, c’est juste que j’ai économisé mes deux sandwichs, et je crève de faim. Pendant que Pierre par à la recherche du meilleur emplacement pour la tente (le moins de pente possible et le sol le plus plat) j’en dévore un. Nous héritons d’une autre tente, une Mountain Hardware. Certes, elle est plus longue, mais nous avons moins de place. Ça nous embête un peu, on essayera de récupérer une North Face aux prochains camps.
Une fois le camp monté, on attend. Les guides ont deux tentes où ils font fondre la neige. A l’écart du camp se trouve une vieille tente, sans double toit et sans tapis de sol. Celle-ci fait office de latrines, Mariano nous fait une visite guidée. Le but du jeu consiste à faire son affaire en visant une feuille de papier journal. Quand le transfert est effectué, on plie la feuille et on la met avec les autres dans le « sac-à-caca » laissé à disposition. Celui-ci est naturellement descendu auprès des gardes du parc.

 Il est 16h30, le ciel est menaçant: les nuages arrivent. Gris, énormes, chargés de neige. Ce soir, on va s’en prendre plein la g*****e! A l’abri dans la tente, il nous faut sortir régulièrement, mettre ses chaussures, se couvrir, pour aller chercher de l’eau, aller aux toilettes ou bien chercher notre dîner. Cela demande de l’énergie, et avec l’altitude ce sera vraiment de plus en plus dur. Après 2h de grosse neige, le ciel se calme et laisse apparaître un paysage différent. La montagne est blanche, le soleil se couche: Magnifique!

Nido de Condores – camp II -, 5’555m, jour 11

A peine installés qu’on range déjà tout. Après une nuit à -7ºC dans la tente (-17ºC dehors très certainement), on se met lentement en route pour le camp II. Jusqu’au camp de base, c’est moi qui toussait beaucoup, depuis cette nuit, c’est Pierre qui s’y met, et après une mauvaise nuit, il n’a pas l’air au top…

Ce jour-ci, j’enfile mes sous-vêtements Mountain Hardware. Ils me tiennent bien chaud, près du corps, je les garderais jusqu’au camp de base sans les enlever! Il ne fait pourtant pas trop froid, et la neige a été soufflée en grande partie. La montée vers Condores s’avère être longue, en effet… On arrive une fois de plus à 15h, et j’ai très mal à la tête ainsi qu’une belle nausée. Le montage de tente, sous la neige qui vient de commencer à tomber,  est long et fastidieux. C’est comme réviser avec une gueule de bois: c’est très très dur, mais pas impossible. Finalement, quand celle-ci est dressée, bien arrimée aux rochers alentours, je me jette dans mon sac de couchage et dors 2h de suite. La sieste est bénéfique, et je peux sortir quelques minutes profiter de mon environnement. Sur une sorte d’épaulement, le camp de Nido de Còndores est superbe. La vue est magnifique, on peut commencer à voir les montagnes du versant Est. Parmi les 10 autres tentes présentent, j’aperçois celle d’Eloi, elle est vide. J’apprends par deux suisses revenant du sommet qu’il s’y est aussi rendu aujourd’hui. La neige continue à tomber, la visibilité est pourrie, et les guides averti par radio m »apprennent que 3 français ont disparus sur un des versants de l’Aconcagua :-S
Finalement, Eloi rentrera à 2h du matin, après une journée de plus de 20h. Il était en compagnie d’un groupe de Chilien, du coup, pas de problème.

Plaza Colera – camp III-, 5’950m, jour 12

Nous, on va pas faire le grand saut, du camp II au sommet. On fait étape aujourd’hui à un troisième camp, celui de Colera, au dessus de Berlìn, un peu plus connu et fréquenté. Que 400m de monté, on pensait l’affaire pliée avant même de la commencer, mais elle s’avèrera bien difficile. Annette est redescendue ce matin avec Hormiga. Elle a passée la nuit à vomir, elle va nous attendre au camp de base.
Pierre et moi arrivons exténués à ce camp de 6’000m. Le montage de la tente est vraiment TRÈS fastidieux! On peine, je dois m’arrêter de nombreuses fois au milieu de mon mouvement pour reprendre mon souffle, pour laisser le sang s’écouler hors de mon cerveau. La tête lourde, l’estomac au bord des lèvres je m’endors, les chaussures toujours au pied. Pierre n’est pas mieux, mais il a l’air en meilleurs forme qu’hier au même moment. Je suis si mal que je suis à deux doigts de bouder mon souper, c’est pour dire. Mariano et Capy viennent nous osculter et nous briffer tour à tour, et nous rappellent de toujours bien boire. Régulièrement un des guide lance un « William, are you OK? » de la tente voisine. Non, je ne suis pas OK!
Lors de son topo dans notre tente, Mariano nous briffe donc sur ce qui nous attend demain lors du Summit Day, le jour J. 1’000m de dénivelé, lever à 3h du matin pour chercher l’eau du petit déjeuné, départ à 5h30. On va se joindre à un autre groupe de 5 personnes (3 portugais et 2 guides) afin de tracer à tour de rôle les 40cm de neige fraîche. Ces portugais sont en train d’effectuer les 7 summits. Il  gravissent donc les points les plus élevés de chaque continent. Mont Elbrouz pour l’Europe, Kilimandjaro pour l’Afrique, Mont Vinson pour l’Antarctique, l’Everest pour l’Asie, Puncak Jaya en Papouasie pour l’Océanie, McKinley pour l’Amérique du Nord et Aconcagua pour l’Amérique du Sud. Ces portuguais en son presque a la fin de leur défi, après avoir escaladés l’Everest sans problèmes, il ne leur manque plus que l’Aconcagua pour achever leur challenge. Espérons que ce soir, on lèvera nos verres ensemble!

Moi en revanche, je me vois mal sortir de mon sac de couchage. Autant dire que pour moi, c’est de la science-fiction que d’entendre parler d’ascension vers le sommet! Pierre à l’air de pas mal en pâtir. A ce que j’entends, les autres aussi sont mal. Moralement, je ne suis pas top non plus, je sais que je vais devoir abandonner, je ne peux vraiment pas aller plus loin dans cet état. espérons juste que la nuit soit réparatrice…

Summit day, jour 13

2h du matin, je me réveille avec un des pires mal de tête de ma vie. Péniblement j’attrappe un Dafalgan. Je met une croix sur le Summit day, je suis vraiment trop mal…

3h10, Capy: « Wake up, water is ready »! J’ouvre les yeux et… le mal de tête n’est plus là! Miracle! Je reste relativement faible, mais la motivation est là, je suis plus décidé que jamais! Allez, je tends mon thermos à Capy, même pas besoin de se lever, il passe dans les rangs. Bon, je déjeune un tout petit peu. J’en ai vraiment marre du Tang, ce jus de fruit qu’on mixe à la neige fondue. Je me fait donc un thermos de café en sachet, mange 2-3 crackers et me prépare. Pierre se réveille à son tour. On est le 7 decembre, c’est son anniversaire! Nous plaisantons un peu. Je lui fait pars que mon rêve maintenant serait d’atteindre le sommet, redescendre en hélico pour me manger un bon steak avec une biere a Mendoza le soir même! Si seulement…

Pas besoin de m’habiller, ça fait 3 jours que je dors « tout-en-un ». Une fois mes chaussures mises, je remarque qu’il n’est seulement 4h00. Je me rendort quelques dizaines de minutes. Bien reposé, toujours motivé, je sors de la tente. Pierre est aussi prêt, tout aussi volontaire, mais il tousse beaucoup. Des ombres s’affairent autour des tentes, l’horizon est clair, derrière les flancs qu’on s’apprête à gravir, le soleil brille déjà. Il fait -22ºC, mais bien habillé, je ne sens pas le froid. Je me sens prêt, à 5h30, c’est le top départ, la caravane s’ébranle.

Très vite, je me rends compte que le rythme n’est plus le même. Fini le pas toutes les 2 secondes, on va plus vite aujourd’hui! Durant la première heure, les corps s’échauffent, se mettent en route, personne ne craque. Mais très vite Josie fait des bruits bizarres, on dirait qu’elle à mal. L’un de nous s’en inquiète: ses mains sont glaciales! La troupe s’arrête et Mariano tente de réchauffer ses mains. Josie est au bord des larmes et on l’entend crier quand le sang se remet a circuler dans tous les tissus: elle s’en tire bien!
Vers 6h, à l’Est, on voit une ombre triangulaire se détacher à l’horizon: l’ombre de la pyramide sommitale! chose étrange que d’ainsi pouvoir contempler notre objectif, en contrebas d’où nous nous trouvons! Malheureusement, en partant du camp, j’ai enfouis mon appareil photo au fond de mon sac et comme je l’ai dit, chaque mouvement est plus difficile, je n’arrive donc pas à trouver le cran pour m’arrêter et me mettre a sa recherche… tant pis, je piquerais les photos des autres!

Peu à peu, je retombe sur terre. Certes, ce matin j’étais gonflé à bloc, mais la montée est longue, fastidieuse, chaque pas est plus lourd que le précédent. L’air commence à manquer, et mon mal de tête revient. Je doit m’arrêter tous les X pas pour reposer les muscles de mes jambes et souffler un peu. Les autres avancent toujours, ils souffrent sûrement, mais j’ai le sentiment d’être le pire de tous. Pierre est loin derrière, il à l’air de souffrir aussi. Après un premier raidillon, enfin au soleil, nous prenons notre première pause. Pierre me sollicite pour l’aider a enlever son sac, je le trouve complètement transformé, il a pris 15 ans d’un coup, mais je suis trop préoccupé par mon sort pour m’en inquiéter. A ma grande surprise, Benedikt (le fils) et Joseph (le père), abandonnent. Pierre aussi redescend, il tousse beaucoup trop. Un de nos guides les escortent au camp III. Nous ne sommes plus que 6 du groupe original ainsi que Capy et Mariano qui font les traces dans la neige.

Après ce qui semble une éternité, nous arrivons au refuge en ruine d’Independencia à 6’380m. Le soleil tape comme pas possible, peu m’importe, je m’allonge et commence à somnoler. Les guides insistent pour qu’on boive et qu’on mange quelque chose. Cela me saoule de faire le moindre mouvement, et je n’en mène vraiment pas large… Mariano, me voyant ainsi, me lance la phrase terrible: « Come on William, eat and drink something. Or do you want to go down? » ……. Tout mon corps dit oui, mais ma bouche émet un « no » à peine audible. Bon, me voilà reparti pour un tour. On se remet en route, avec les crampons cette fois. Dans ma tête, c’est une lutte perpétuelle à laquelle je me livre. Quand je sens que je vais flancher, quand je m’imagine en bas dans mon sac de couchage, je me projette au sommet, j’imagine le bonheur de toucher cette petite croix de rien du tout, la plus haute des Amérique, je me vois serrer la main aux guides et les remercier, je me vois activer ma balise GPS pour avertir les miens de ma réussite. Cela me donne la force de continuer, je ne veux pas abandonner. Ainsi, pas après pas, je reprends de l’aplomb, et quand nous arrivons a Portezuelo del Viento (normalement le point le plus venteux du parcours) et que je vois enfin la Traverse et la Canaleta, je sens que rien ne m’empêchera d’arriver en haut!La vue est magnifique. Aucune montagne autour de nous nous cache l’horizon. Toutes sont plus petites que nous, et on a l’impression d’être dans l’espace. Les conditions météo sont parfaites, même si on voit quelques nuages commencer a se former au loin.

Le problème est que nous avons beaucoup de retard. La neige nous ralentit beaucoup, et nous ne pouvons nous permettre d’arriver au sommet après 15h, il ne faut pas oublier la descente! Les guides nous le répètent sans cesse: « notre boulot ce n’est pas de vous amener au sommet a tout prix, mais de tous vous descendre sain et sauf. »
Avec entrain, nous nous élancons dans cette longue traversée qui nous emmène au pied de la Canaleta. Connue pour être un des passages des plus pénible de cette voie, la Canaleta fait office de dernier obstacle. Un long couloir ou les roches instables n’offrent aucun appui correct aux marcheurs. 4 pas en avant, 1 en arrière. On patine, on n’avance pas, on s’épuise, le tout à plus de 6’500m, voila ce qu’on y fait dans la Canaleta! Tandis que je me sens renaître (ça reste relatif!) Andrew, lui, s’épuise à son tour. La neige arrive, on s’arrête un moment au pied d’une falaise nommée La Cueva a 6’660m. Comme je l’ai dit, nous sommes plus que 6: Brent, Florian et Andy qui semblent toujours avoir la pêche, Josie, Andrew et moi. Je me rappelle de l’histoire de l’autre groupe qui a du faire demi-tour a 100m du sommet car l’un des leurs était en plein delire. Si l’un d’entre nous décide d’arreter, il faudra que je sois sur de pouvoir aller au bout avant de continuer afin de ne pas compromettre les chances de mes autres camarades. En effet, il nous reste que deux guides.

Il est 14h, il est tard, pourtant la pause se prolonge. Mariano passe son temps a parler dans sa radio, mais je n’y prête pas attention. D’un coup, l’air grave, il nous dit.

« I don’t know if you understood what I said on the radio. Pierre est en train de faire un oedème pulmonaire, il a de l’eau dans les poumons, il tousse beaucoup et a du mal a respirer. Il est avec Julian (un autre guide) et ils essayent de descendre. Ils sont trop haut et le temps est trop couvert pour que l’hélicoptère se pose a Nido, ils redescendent au camp de base. Le problème, c’est que dans son état, Pierre peut mourir d’un moment a l’autre… »

Grand silence. La nouvelle est terrible. Je suis littéralement scié, mon moral tout au plus bas. Durant ces 2 semaines, Pierre est devenu plus qu’un simple compagnon de tente. C’est devenu avant tout un copain, un ami d’altitude. Je maudit le 7 decembre, ce jour ou 4 ans plus tôt mon grand-pere est décèdé Je suis envahi par une vague de pessimisme, je n’ai plus du tout le moral, je suis anéanti. Nous discutons de ce que nous devons faire. Capy redescend en courant au camp III ou attentent, seuls et en mauvais état, Benedikt et Joseph. Il faut quelqu’un auprès d’eux, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Finalement, nous décidons de tous redescendre, la mort dans l’âme… Il est trop tard pour espérer atteindre le sommet avant 15h, et les conditions se dégradent. Les portugais continuent en revanche, mais ils redescendront 30 minutes plus tard.

Les jambes en compote, inquiets, nous redescendons au camp III. Nous y arrivons à 17h, après 12h de marche. Seul, je regagne ma tente désormais vide…

Plaza de Mulas – Camp de Base -, 4’300m, jour 14

Par radio, on apprend que Pierre est sain et sauf à Mendoza. Cela nous rassure, nous descendons au camp de base avec le sourire. Nous nous réjouissons de retrouver un peu de confort et d’appétit. Quand nous arrivons en fin de journée, Annette nous accueille en pleine forme et nous raconte le sauvetage de Pierre: quand le camp de base à ete averti de son état, une vingtaine de porteurs se sont mis en branle. En dix minutes à peine, ceux-ci s’avançaient à sa rencontre munis d’oxygène et d’un brancard. Vers le camp II, quelques minutes seulement après être parti, ceux-ci arrivaient à son niveau. Installé sur la civière, portée par 10personnes, Pierre est redescendu au camp de base. D’après Annette, tout le camp suivait sa descente. Une fois la procession arrivée, Pierre est dirigé vers l’infirmerie ou il y attend l’hélico. Le soir, il est a Mendoza, en pleine forme. Lors de nos retrouvailles après l’expédition, il me dit avec un sourire qu’après être sorti de l’hôpital vers minuit, il est allé manger un steak et boire une bière avec le médecin. Exactement ce don je rêvais!!! 🙂

Cette dernière soirée au camp de base, la sixième, se passe dans la bonne humeur générale. Capy sort la guitare, les allemands le rhum, le cuisto nous fait des pizzas! On ne se change pas, on reste tels quels, et pour finir, on décide de pousser les tables et de tous dormir dans la tente commune! C’est lors de cette soirée que je réalise que j’ai fait une grave erreur lors du Summit Day. j’étais tellement pas dans mon assiette que je n’ai pas mis de crème solaire. Mon visage est littéralement cramé. La peau est toute craquelée, et mes lèvres violettes, le lendemain elles seront vertes! Avec le temps, des plaques de peaux aussi épaisses que des chips se détacheront de mes joues. Appétissant!
Tout le monde est heureux. Sur les visages, les sourires sont la et nos guides nous avouent qu’ils ont rarement à faire à un groupe aussi soudé, et d’aussi bonne compagnie. Nous avons échoués à 300m du sommet, mais tout le monde est content, tout le monde est heureux d’avoir vécu cette expérience, personne ne fait la gueule!

Maintenant que le plus dur est passé, nous interrogeons un peu nos guides. Font-ils des paris au début de l’expédition sur ceux qui arriveront au sommet et ceux qui ni arriveront pas? Non! En général, c’est imprévisible! Mariano nous raconte qu’il y a 7 ans, un Russe de 135kg a voulu monter au sommet faire une levée de poids. Personne pensait qu’il allait y arriver, surtout quand les gens le voyaient boiter en arrivant a Confluencia! Pourtant, il est bien parvenu au sommet. A l’inverse, il y a peu, un champion d’Iron Man a du abandonner légèrement au dessus du camp III: épuisement!

Nous sommes heureux de redescendre à Mendoza après 2 semaines passées sous tente en altitude. Je rêve de pouvoir enfin manger mon steak! Je serai servi, car en 4 jours, je mange 3 Parilla Libre (grillades a volonté!).

Lors de notre soirée d’adieu, nous faisons la tournée des bars. On commence à minuit au bout de la rue Villanueva et on fini à l’autre bout, a 8h, à manger un petit déjeuner réparateur dans un café. Nous nous disons adieu devant l’auberge que j’ai quitté il y a deux semaines. Peut être un jour nous reverrons nous….

A l’auberge, Campo Base, je retrouve Eloi, mais aussi Donald, l’américain rencontré avant l’expédition. Nous sommes heureux de nous retrouver, ensemble, et pendant 4 jours, nous allons bien nous amuser! Tant pis pour le repos, ça attendra!


Chapitre 16: To plank or not to plank Aconcagua. Partie 1

7h29 du matin, vendredi 9 décembre, Plaza de Mulas. En ouvrant les yeux, je sens que mon visage est aussi sec qu’un Kapla. Alarmé, je cherche mon ipod dans mes affaires. Les corps endormis de mes 7 camarades éparpillés autour de moi ne me facilitent pas la tâche! Aussi, le bout de mes doigts couverts de multiples coupures et crevasses me force à rester vigilant: surtout, éviter les chocs! Après une ou deux minutes de fouilles archéologiques, je déterre mon Ipod congelé, et je jette un coup d’oeil à son dos qui me sert de miroir de secours. Horreur! Je ressemble à une momie! On m’avait bien, dit hier: « William, you are burnt ». En effet, mon nez et mes joues sont couvertes d’une bonne épaisseur de croûtes, et mes lèvres d’un nappage verdâtre et purulent. Inquiet, je m’inspecte plus en détails: ouf, tous mes doigts et orteils sont là! Je vais donc pouvoir vous raconter en détails ce qui s’est passé jusqu’à cette nuit-là.

Mendoza , 700m, Jour 1, 25 novembre 2011
Derniers jours de confort. Ces quelques jours passés dans l’auberge de jeunesse Campo Base de Mendoza m’ont permis de faire quelques connaissances très sympathiques, boire mes dernières bières et manger mes derniers steaks avant mon exil volontaire de deux semaines en altitude. Je rencontre notamment Donald, un américain de 30 ans en pleine « early middle life crisis » qui voyage quelques mois en Amérique du Sud. Nous nous retrouverons sûrement au Chili ou ailleurs, après, quand tout sera fini…
Avant de partir pour mon premier rendez-vous avec les autres membres de l’expédition, je tombe sur Eloi, un jeune français qui veut couronner son périple argentin d’une ascension en solo de l’Aconcagua, nous nous retrouverons dans quelques jours au camp de base!

De l’auberge, je fais 300m et me rend dans un hôtel 4* oú nous passerons notre première nuit sous le même  toit. Maintenant, après deux semaines de vie commune, je souris quand je me souviens de ce que ces visages ont évoqués pour moi en premier lieux.  » À ces allemands, ils ont vraiment des têtes d’allemands! » ou  » mais qu’est ce qui lui prend d’arriver 30 min en retards à celui-là? » et encore « lui, il a l’air sympa, mais ça m’étonnerait qu’il arrive en haut ». Finalement,  le groupe s’avèrera formidable.
Donc, nous voilà tous réunis dans le Hall de cet hôtel. Les présentations se font. Nous sommes 12, plus 3 guides. Ces derniers sont jeunes, ils ont 30 ans environ,  motivés et souriants.

Mariano est le chef et parle le mieux anglais. À 29 ans, il est déjà monté près de 25 fois au sommet! Il rentre tout juste d’un voyage de 8 mois en tandem avec sa femme en Europe et en Asie. Il est épaulé par Capy, le 2ème guide aux allures un peu pataude mais à l’humour très fin. Finalement Hormiga est le 3ème guide, après plusieurs années en tant que porteur, il est guide depuis seulement une saison. Il parle peu anglais, mais avec l’altitude, il deviendra plus à l’aise, au point de faire des blagues à tout bout l’champ dans les camps d’altitude. Cette équipe de guide est vraiment chouette. Le courant passe tout de suite bien entre nous!

Bon, je vais quand même vous présenter mes camarades d’ascension, histoire que vous puissiez saisir un peu l’équipe. numéro un, j’ai nommé….

Pierre!
Seul autre français du groupe, la soixantaine et une pêche d’enfer! Cet ancien expatrié boucle un marathon par an. Cette année, il compte faire la peau à l’Aconcagua! Dès qu’il peut, il se lave et se rase au lavabo, c’est la classe intégrée! On partage la même chambre lors de cette première nuit à Mendoza, et par la suite nous dormirons dans la même tente.

Andrew
Australien de trente ans à la barbe de Père Noël, sûrement le plus bavard du groupe. Lui aussi voyage pour une durée de plus d’un an, du coup on a des points communs.

Josie
23 ans elle aussi, la seule anglaise du groupe, mais aussi la seule personne que personne ne comprend. Un accent sud-londonnien sur-rapide et très haché à la fois. Sa peau britannique lui vaudra aussi quelques soucis avec le soleil, néanmoins elle est très courageuse, et parviendra à monter très haut sur cette montagne!

Brent
Aux portes de la cinquantaines, et déjà plusieurs des 7 summits à son actif. Sa bonne humeur en fait un camarade extrêmement agréable, chaque soir au camp de base nous regarderons un episode d’How I Met Your Mother enregistré sur mon Ipod!

Les Allemands

Père (Joseph), mère (Annette), fils (Benedikt), cousin 1 (Florian), cousin 2 (Andy). Avec tant de germanophone dans le groupe, mon niveau d’allemand ne s’est malheureusement pas amelioré … Joseph est le maire de la petite bourgade bavaroise dans laquelle ils habitent. Benedikt, comme moi, a 23 ans et est fraîchement bachelier. Florian vit à Rio depuis 10 ans et Andy, aux airs de Renaud, à beaucoup voyagé, que ce soit en Amérique, au Maroc ou en Asie.

Nikko

Finlandais, très discret, ce sera le premier à bénéficier d’un retour en Hélico!

Le vénuzuelien

Pas de bol, il ne survivra pas à la première nuit en 4* à Mendoza. Le premier soir, son téléphone sonne, et il retourne à Caracas. Personne ne sait pourquoi…

Donc voilà, nous voilà tous réunis dans cet hôtel. On nous explique les plans pour le lendemain, on part louer le matériel qui nous manque, chacun fait quelques blagues pour prouver qu’il est un bon type, et on part s’enfermer dans nos chambres. Les choses presque-sérieuses commencent le lendemain seulement…

Le lendemain

1er objectif: obtenir le permis d’ascension auprès des autorités du parc. 300$, le tarif le plus bas car nous commençons notre expédition lors de la saison-basse.

2ème objectif: rejoindre Puente del Inca où les choses un-peu-plus-sérieuses commenceront. 3h de bus environ, une crevaison, et quelques haltes plus tard, nous arrivons dans cette petite bourgade à la frontière du Chili. Quelques baraques, une gare fantôme, une poste tirée d’un western, un cimetière pour alpinistes disparus sur l’Aconcagua et un torrent au pouvoir petrificateur, c’est tout. On y passe une nuit, et on organise les paquetages qui seront portés par les mules jusqu’au camp de base. Mon sac est le plus petit de tous, tout tient dans un petit sac à engrais tandis que les autres ont des sacs North Face XXXXL. Je me pose des questions, qu’ai-je oublié…?

Confluencia, 3’400m, jour 3
Allez, ça commence vraiment! Les gardiens du parcs nous distribuent nos « sac à caca ». Si dans 2 semaines nous ne les ramenons pas plein, on nous taxera plusieurs centaines de dollars! Les guides les gardent en leur possession, ce serai bête qu’un de nous perde le sien!

Nos sacs sur les épaules,  l’Aconcagua en ligne de mire, nous nous enfonçons dans la vallée d’Horcones. Paysages grandioses,  les proportions sont différentes que dans les Alpes. La rivière que nous longeons me donne faim: elle est de couleur chocolat. Nous la traversons grâce à un pont suspendu construit lors du tournage de 7 ans au Tibet, tourné dans la région. Les petits oiseaux chantent autour de nous et les fleurs nous saluent, ils savent que nous nous en allons pour un enfer de pierres et de neige. Hormis d’autres yetis en veste Gore-tex, nous ne verrons pas d’autres êtres vivants au-delà du camp de base.. Durant cette marche nous pouvons faire plus amplement connaissance. On tente de trouver des points communs, des sujets de conversations, le courant passe facilement, tout le monde y met du sien.

En fin d’après-midi, nous atteignons notre premier objectif: Confluencia, 3’400m.

L’accès à la base de l’Aconcagua peut se faire par plusieurs vallées. La plus empruntée est la Vallée de l’Horcones qui se sépare en deux parties, tel un Y, au niveau de Confluencia. La branche de droite mène jusqu’à l’immense mur de la face Sud, et celle de gauche à Plaza de Mulas, le camp de base. Dans ce près-camp de base, nous restons 2 jours, histoire de s’adapter gentillement à l’altitude. Nous apprenons aussi à monter nos tentes. North Face B-qqchose, 5kg, sensée résister à des vents de plus de 100km/h. D’après Mariano: « 100km/h, c’est ce qu’il mettent dans la pub, en altitude il arrive qu’elles s’envolent pour moins que ça! »

Je profite de ces deux jours pour feuilleter le livre que j’ai emmené concernant l’Aconcagua. J’apprend que ce nom un peu spécial signifie « Sentinelle de Pierre ». L’histoire de ses premières ascensions est passionnante! Le premier type à tenter de poser ces pieds au sommet est un géologue allemand: Paul Güssfeldts en 1882. A cette époque, il doit carrément trouver où se trouve la montagne. Son style est particulier, car il part à l’assaut de la montagne sans tente ni nourriture et avec des vêtements on ne peu plus classiques. Son Summit Day durera 31h, et il atteindra une altitude de 6’500m. Pas mal, non?
Deuxième expé en 1897, menée par le britannique Fitz Gerald. l’expédition connaît des hauts et des bas, de nombreuses gelures et incidents. Finalement, après de nombreuses tentatives, c’est le guide Suisse Matthias Zurbriggen qui parvient au sommet  Nord, le plus haut, le  14 janvier 1897.
Il s’agit que de l’histoire moderne de cette montagne. On ne sait pas jusqu’où sont monté les Incas, en effet, une momie d’un enfant de 7 ans datant de 1470 a été retrouvée à 5’300m. Pierre nomme cet endroit « le jardin d’enfant ».

Donc durant nos deux nuits à Confluencia, on apprend à se connaître, mais on apprend aussi à mieux connaître notre future amie. Pour cela, nous nous rendons à Plaza Francia, au bout de la branche droite du Y don je vous ai parlé plus tôt. D’ici, nous pouvons admirer dans son ensemble la paroi Sud de l’Aconcagua. Impréssionnante!  3’000m de falaise et de glaciers suspendus. La paroi est elle aussi parsemée de momies, mais plus récentes celles-ci. Eh oui, régulièrement des alpinistes s’endorment pour toujours lorsqu’ils tentent de grimper ce frigo de 3km. Cette visite au pied de ce mur gigantesque nous prépare mentalement. On réalise que, même si on grimpera par l’autre côté, ce ne sera pas de la tarte!

Durant cette journée, avec Andrew, il nous viendra une idée. Nous aussi on veut faire une première sur cette montagne. Des gens y sont descendu en vélo, monté  en courant (30h pour le plus rapide je crois), sont restés plusieurs dizaines de jours au sommet sans redescendre (68jours), le plus jeune grimpeur doit avoir moins de 12ans, et le plus vieux 85 ou un truc du style. Il y a quelques années un haltérophile russe a fait porter 20kg d’altères à Capy pour faire une levée au sommet. On na pas cette prétention, ni le matériel pour rivaliser avec ces exploits, mais nous aussi nous pensons pouvoir faire une première. En cherchant un peu, on se souvient des photos qui circulaient dans les journaux gratuits il y a quelques mois. Des gens, toujours dans la même position, mais dans des endroits toujours plus incongrus. Face contre terre, aussi droit qu’une planche à repasser, ce type de pose se nomme le Planking. On en trouve de tous  les styles, dans des endroits aussi loufoques qu’originaux. Certains ont posés sur des barrières de gratte-ciels, dans des étalages de super-marchés, dans des amphithéâtres de cours, devant des monuments. A notre connaissance, jamais cela n’a été fait sur l’Aconcagua. C’est décidé, dans deux semaines, nous serons les plus haut planker des Amériques! C’est devant cette face Sud que nous nous entraînons car aucun de nous deux n’a d’expérience en la matière, on débute!

Vers Plaza de Mulas, le Camp de Base, 4’300m, Jour 5
Les guides redoutent cette journée. Après le Summit day et le retour, celle-ci est la plus longue de l’expédition. Pas énormément de dénivelé, moins de 1000m, mais un obstacle majeur: Playa Ancha! 10 km de désert, une plage de petits cailloux qui serpente le long du flanc Est de l’Aconcagua de façon interminable! Pour nous, découvrant les lieux pour la première fois, la balade est bienvenue, et surtout magnifique car les paysages sont grandioses, colorés et variés. Mais pour nos pauvres guides qui doivent la traverser environ 8 fois par été, ce n’est vraiment pas une partie de plaisir! Néanmoins, nous avons de la chance, il n’y a pas trop de vent ce jour-ci.

Quand nous arrivons au camp, j’ai la joie de constater que je suis en pleine forme! Les quelques jours passé dans les Andes Chiliennes à 4’100m m’auront finalement été bénéfiques! Je m’en inquiétais car je suis revenu de mon aventure chilienne dans un sale état! Gercures à tire la rigot, toux de fumeur, diarrhée bien en règle, fatigue…etc. Pas top de commencer une expé dans ces conditions! Quand je vois la tête de mes collègues dans la tente/salle à manger, je constate que je suis bien plus en forme qu’eux! Annette et Nikko, les yeux plein de poussières, ont de la peine à maintenir les yeux ouverts. Beaucoup ne finissent pas leur assiette lors du repas, et tous vont se coucher très tôt. Dans ma tête je me dis:  » C’est bon William, t’es un boss maintenant, tu résistes à l’altitude et à la fatigue. L’Aconcagua est à toi! » Si seulement…

Au camp de base, je retrouve Eloi, le français rencontré quelques jours plus tôt à l’auberge. Il est là, seul dans sa petite tente orange, depuis quelques jours. C’est marrant de retrouver un « voisin » aussi loin de chez soi. Eloi habite à Thonon, en face de Lausanne! A la base, je pensais aussi m’aventurer sur les pentes de la Sentinelle de Pierre en solo, mais j’ai finalement choisi le confort et la sécurité d’une expédition commerciale. J’admire Eloi qui se trimballe tout son matos tout seul (bon, une mûle l’a aidé jusqu’au camp de base, mais bon…), qui n’a personne pour lui préparer de bon petits plats, et qui doit récolter lui-même ses excréments tout au long de son ascension. Vraiment, nous,  c’est le méga luxe comparé à lui!

Le camp de base est réellement une petite ville de tente. Il parait que c’est le 2ème plus grand du monde après celui de l’Everest. En pleine saison, plus de 300 personnes peuvent y vivre, et on trouve de tout (pour qui peut y mettre le prix): Internet, Téléphones, douches chaudes, Pizza et … des filles!
Nous sommes en saison basse, et le campement se met doucement en route. Les gens commencent à arriver, mais je suis content de ne pas me retrouver en plein camping de Paléo à 4’300m!

Nous sommes sensé rester 5 nuits au camp de base afin de nous acclimater. Plusieurs choses sont prévues aussi pendant ce temps afin de nous préparer à ce qui nous attend: un sommet, un portage de nourriture, et des siestes. Notons qu’à partir de maintenant, nous ne pouvons plus boire de l’eau « du robinet », trop pure, celle-ci n’est pas assez mineralise pour etre bue. Elle doit impérativement être assaisonnée de thé, de café, ou de Tang, une sorte de jus de fruit en poudre avant d’etre ingurgitee. Au début, ça va, à la fin, on en pouvait plus!

Lors de cette première nuit en altitude, on est confronté à notre premier mini-drame: l’abandon de Nikko! Il n’a pas supporté notre première vraie étape pour arriver au camp de base. Après une visite au centre médical difficile, il nous a vomis sa soupe en live lors du dîner. Le lendemain suivant, l’hélico le ramene en plaine;  ça nous a temporairement refroidi. Mince pour lui, il était sympa… (mais il a quand même du bol d’être descendu en hélico!!!):-P

Cerro Bonete, 5’004m, Jour 7
Allez, après une journée de repos à rien faire au camp de base, je profite de cette marche d’acclimatation pour essayer mes nouvelles shoes! Elles sont trop belles! Zamberlan Denali 6000, trois épaisseurs afin d’éviter les gelures. Contrairement aux chaussures de mes amis, celle-ci n’est pas munie d’une coque en plastique mais d’une enveloppe en Kevelar. Du coup elles sont fines et très légères. Je suis bien dedans, c’est le pied! Donc voilà, on monte tous, tranquillement jusqu’au sommet du Cerro Bonete, à plus de 5’000, en face de l’Aconcagua. La journée est incroyable, il fait si chaud que je monte en short et en pull au sommet! La vue sur notre objectif est imprenable. On peut voir les emplacements des différents camps d’altitudes. Pour fêter cette belle journée, nous plankons un coup au sommet, et nous redescendons à toute allure en « skiant » sur les cailloux. -450m en 15 min, c’est top!

Le lendemain, les choses presque-très-sérieuses commencent: nous montons au camp I (Plaza Canada) certaines de nos affaires ainsi que de la nourriture. Comme je ne sais pas quand je pourrais écrire la suite, je vais déjà publier cette partie là, et vous aurez la suite très bientôt j’espère!
Un petit dessin pour faire office de Trailer:


Chapitre 15: Des plages brésiliennes aux 5’000 chiliens

Ouf, par où commencer… Bravo William, t’as pris du retard sur 20kmh, et maintenant, tu galères devant l’écran.
Bon, où nous sommes nous quittés? Au Brésil, il me semble.

Le Brésil! Alala, ce pays aura tenu toute ses promesses et m’a réservé bien des surprises! Déjà, quel choc en arrivant à Rio, après Dakar ! Je me trouve catapulté dans un quartier de la ville moderne, où les centres commerciaux se succèdent et où les voitures pullulent. Je suis dans un appartement (chez Ricardo) situé au 13e étage, j’en ai presque le vertige après 90 nuits à même le sol!

Le Pain de Sucre

Mon séjour à Rio se résume en très peu de mots: « Pain de Sucre »! Le 2e jour après mon arrivé, je me suis rendu aux abords de ce gros rochers à la forme si caractéristique. 400m de Gneiss, surplombant entre autres les plages de Botafogo et Copacabana et offrant une vue imprenable sur le Christ du Corcovado. Lors de cette première excursion, je trouve un petit sentier, prolongement d’une promenade au niveau de la mer, qui monte directement vers le sommet du rocher. Il est tard, il a plu, mais je décide de monter un petit peu. Le chemin n’en est pas vraiment un, il faut se mettre à quatre pattes car les plaques rocheuses qu’il traverse sont si abrupte que des spits sont à disposition pour s’encorder. En 15 minutes de montée, on atteint un point hors du temps, hors de la ville. À environ 100m au dessus de la mer, on peut contempler la baie de Rio d’une manière unique et des plus originales. De ce promontoire, on est en pleine nature, des sortes de vautours se laissent approcher, ainsi que des petits Macacos-Ouistitis. En observant le panorama, on aperçoit seulement quelques bateaux qui nous rappellent que dans notre dos se trouve l’un des plus grand port et une des plus grande ville d’Amérique du Sud. Lors de cette première ascension, je suis seul, et à environ 200m de l’océan, je me retrouve bloqué, un passage de 2m  compliqué, et le risque de tomber est trop grand. Si mes prises me font défaut, c’est la dégringolade assurée jusqu’à la mer!

En grimpant, je fais une découverte improbable: des dizaines et des dizaines de pièces de centimes de Reais (la monnaie Brésilienne)! Chose encore plus étrange, parfois je tombe sur des paquets scellés de 20 de ces pièces, tout droit sorti de la banque. Ces centimes, je les trouves éparpillés sur les rochers, comme si celles-ci étaient tombées en cascade depuis le sommet. Intrigué, j’en ramasse suffisamment pour que les poches de mon short soient pleines à craquer!

Cette découverte me motive à retourner le lendemain avec Ricardo. Je fouille dans tous les recoins possible avec l’aide d’un type qui fait guide sur le Pain de Sucre. Il nous annonce que le restaurant du sommet à été dévalisé il y a deux jours. En fuyant les voleurs ont du jeter les petites pièces, trop lourdes, pour garder les billets. Après deux jours de recherche, ma part du butin s’élève à plus de 200 Reais, soit 100 Francs Suisses!

Le soir, Carla, ma collègue géographe arrive à Rio, et bien entendu, la première chose que je veux lui montrer, c’est cette face du Pain de Sucre. En sa compagnie, j’y retourne ainsi une troisième fois de suite. Comme nous y passons beaucoup de temps, nous devons repousser au lendemain l’ascension complète du rocher par la télécabine. Ainsi, j’y retourne une 4e fois, et en guise d’adieu, le Pain de Sucre me permet d’aller contempler son panorama  gratos. En effet, avant de passer au guichet, je découvre à mes pieds un ticket aller-retour pour le sommet! C’est sûr, les vacances avec Carla commencent pour le mieux, la chance est de notre côté!

Ilha Grande

Respectant à la lettre la tourist attitude, les premiers jours à Rio avec Carla se déroulent pour le mieux. Photos débiles devant le Corcovado, pauses niaises devant des sculptures en sable sur la plage, découverte de Copacabana en plein jour (comme si c’était en plein jour que ça se visitait!)…etc. Mais bon, le principal c’est qu’on s’amuse beaucoup! Ricardo nous aide bien, véritable ange gardien, il nous sortira même en boîte dans le quartier de Lapa. Le plus Rock n Roll, c’était quand même le retour en voiture à 5h du matin..

Ricardo, encore lui, est celui qui nous offre le billet aller simple pour Ilha Grande. Cette île située à deux heures de route et une heure de bateau de Rio pourrait aussi bien être perdue au milieu du Pacifique, nous n’aurions pas vu la différence. Montagne, forêt Atlantique, plages paradisiaques se côtoient sans qu’aucune route ni voiture ne viennent troubler la tranquillité des lieux. La taille de ce bout de terre est toutefois surprenante: presque  130km de côte.

Sur cette île, nous allons vivre une expérience bien singulière, et, avec le recul, très déroutante. A ce moment toujours bons amis, nous débarquons un dimanche soir à Abraao, petit port et seule réelle ville de l’île. On fait le plein de provision, on remplit nos sacs pour survivre 2 jours au grand maximum. Après 1h30 de marche dans la forêt et par dessus quelques collines, nous arrivons à Palmas, une belle plage comme dans les catalogues d’agences de voyage. Quelques cahutes proposent aux rares touristes des boissons, du poisson, ou des emplacements de camping. Nous plantons donc notre tente à 20m de la mer, en pensant la replier le lendemain. Mais voyez-vous, dans un lieu tel que celui-ci, il est difficile de ne pas oublier le monde qui nous entoure. Après la frénésie de Rio, le calme nous étourdi, et nous n’avons pas envie de nous stresser pour voir les 1000 lieux qu’on avait prévu de visiter durant nos 10 jours de voyage commun. De plus, une plage située à l’autre bout de l’île nous intrigue. Elle se nomme Aventureiro et est considerée comme étant l’une des plus belle de l’île et, par conséquent, du monde.

D’un coup, nous prenons LA décision. Celle d’atteindre cette plage coûte que coûte: à la trappe Parati, Ubutuba et les chutes d’Igazu! Désormais, nous allons rester sur l’île aussi longtemps que nos obligations respectives nous le permettent. Dès lors, notre mode de vie change radicalement. Nos personnalités se transforment, le William et la Carla de l’uni de Lausanne disparaissent, et à la place deux créatures des bois voient le jour. Les serpents corails qui traînent sur les chemins nous font plus peur. Ensemble, nous chassons les fantômes des ruines d’une prison et partons à la recherche des sources des rivières qui se trouvent sur notre route.  Dans la forêt, nous marchons pieds nus, le corps de Carla est bientôt couvert de griffures et mes jambes de piqûres!

Tout se joue à l’instinct, sur le moment présent. Nous n’arrivons plus rien à prévoir ni à planifier. Nos  téléphones se déchargent progressivement, nos portes-monnaies sont quasi-vides (il n’y a pas de distributeurs automatiques sur l’île) et nos  provisions sont de plus en plus minces. Progressivement notre régime alimentaire se modifie: fruits et crackers en exclusivité pendant deux jours! Notre seule inquiétude, la batterie de nos iPod qui diminue.

Lors d’un de nos passages à Abraao, nous sommes pris d’une envie soudaine et incontrôlable. Etant devenus des êtres primaires et peu évolués, nous ne pouvons pas lutter, et c’est avec avidité que nous nous jetons ensemble, assoiffés, sur… la première Caipirinha venue! Presque à jeun, fatigués, cette Caipirinha nous est fatale. Les deux boissons qui suivent nous achèvent et, comme deux alcooliques de la Riponne, nous nous retrouvons à errer dans les rues d’Abraao pendant de longues heures jusqu’à ce que nos carcasses viennent s’échouer sur une plage. Seuls témoins de cette cuite la moins coûteuse de l’histoire: le chien qui vient nous réveiller!

Lentement, la semaine s’ecoule, et quand arrive le week-end, cette île paradisiaque ne l’est plus tellement. La jeunesse branchée de Rio et Sao Paulo viennent passer leurs quelques jours de congés sur cette île pour faire la fête. Ilha Grande alias Ibiza pour ce week-end. Notre tente se retrouve vite entourée de 300 autres, et le petit camping paisible qui nous abritait prend aussitôt des airs de Paléo. Nous avons fait notre temps, et sans regrets, nous retournons sur le continent. Le court séjour à Sao Paulo, dans la grisaille, fait un peu l’effet d’une gueule de bois. On doit réapprendre à vivre en société, à respecter certains codes et à répondre à nos sms. Après 3 jours un peu tristes dans cette jungle urbaine hostile, nos chemins se séparent et, irrémédiablement, mon avion décolle le 16novembre pour …

Santiago!

Allez, méga motivation! Toujours nostalgique de ces deux semaines, je débarque de l’autre côté du continent à 2h du matin. D’emblée, le ventre criant famine, je me trouve un sandwich… aux asperges! Berk! Pour me consoler, je trouve un banc tranquille dans un coin reculé de l’aéroport et j’imite Tom Hanks dans Terminal en faisant mon nid entre les voyageurs et les hôtesses pour le restant de la nuit.
A peine débarqué au centre de la capitale chilienne, je fais du stop jusqu’à la station de ski de Valle Nevado. ma première vraie nuit au chili se fait sur un promontoire à 2’000 au dessus de Santiago. Le soleil se couche à l’horizon, et peu à peu, les lumières de la ville apparaissent et me servent de veilleuse. Le soir, alors que je me cuisine mes pâtes, un condor vient tournoyer au dessus de moi:  » bienvenu dans les Andes » me lance-t-il!

Mes premiers jours chiliens se passent donc en montagne, dans la région du Cerro del Plomo. C’est que je dois m’entraîner avant d’entamer l’Aconcagua! Je passe ainsi trois journées au-dessus de 4’000m, dans le froid et dans le vent. Un premier sommet de 4’180m, le Cerro Pintor,  me donne confiance. Les paysages sont magnifiques et grandioses. Il faut multiplier par deux tous éléments qu’on peut voir en se baladant dans les alpes. Les vallées, les glaciers, les blocs ératiques, les moraines, tout est gigantesque!! En revanche, les refuges, eux, sont des plus sommaires. Pas plus grands qu’une tente, ils peuvent abriter du vent, mais pas du froid (car pas de portes) trois marcheurs maximum. Je passe deux nuits en compagnie de Jean, un randonneur normand, et Maurizio son guide au refuge de Federacion, au pied du Cerro del Plomo à 4’110m. N’étant pas équipé pour le grand froid, je ne monte qu’à une altitude de 4’850m sur les 5’400m du Cerro del Plomo. Je suis satisfait, je tiens bien l’altitude jusqu’à là, et  l’impression de monter toujours plus haut est grisante. En revanche, je réalise seulement maintenant dans quoi je me suis lancé en m’inscrivant dans cette expédition pour l’Aconcagua. Bien que réputée facile techniquement, il n’est jamais aisé de monter à des altitudes de presque 7’000m! C’est vraiment de la TRÈS haute-montagne qui m’attend, et je commence à appréhender un peu. Soudainement, je me prends à regretter le luxe de notre tente 1place sur Ilha Grande…

Je découvre vraiment Santiago 4 jours après être arrivé au Chili, en descendant des montagnes. Il me reste 5 jours avant le début de l’expédition, et ces jours sont mis à profit pour trouver du matériel, moins cher au Chili qu’en Argentine. Durant ces quelques jours à Santiago, je rencontre aussi Laura, la soeur d’Eric, un copain d’Epalinges. Elle vit depuis la semaine chez son copain Julio. C’est marrant de faire la connaissance d’une Palinzarde si loin de chez nous! La journée, je découvre certains coins de la ville en sa compagnie, le soir, nous allons manger des plats typiquement chiliens avec son copain. Nous nous quittons, en nous promettant de se revoir à mon retour d’expé.

Hier, j’ai tenté l’auto-stop longue-distance pour rejoindre Mendoza en Argentine. Je me prends bide sur bide pendant 2h. Finalement, je rejoins la gare routière et prend un bus. C’est donc Mercredi 23 depuis Mendoza et encore  à moitié endormis que je vous relate les événements de  ces dernières semaines. Dans deux jours je pars pour l’Aconcagua, à dans trois semaines cher lecteur, Inch Allah! 😛


Chapitre 14: Bande-annonce: William en Amérique du Sud

Souvent, on me pose la question: « Que vas tu faire en Amérique? » Il est temps de vous livrer mon planning, bien chargé, mais aussi complètement différent de ce que j’avais prévu initialement, des trois prochains mois.
Vous, mes fidèles lecteurs, vous vous rappellez certainement des difficultés que j’ai rencontrées au Maroc, difficultés d’ordre moral et psychologiques relatées dans le chapitre 7. Pas de plaisir, solitude accablante, envie de rentrer, marre de pédaler, besoin de changer de plans pour la suite du voyage. La partie latino-américaine de mon périple est la victime de ce coup au moral ou plutôt la bénéficiaire. C’est cette partie que j’ai décidé de complètement revisiter, et j’en suis bien content, je me réjouis à 200% de ce qui m’attend!

Rio->Ricardo

Avant toute chose, rappelons à ce qui ne vont pas régulièrement consulter ma position satellite que j’ai atterri à Rio de Janeiro le 27 ou le 28 octobre, je ne sais plus. l’avantage d’être en vacances pendant une année, c’est d’avoir le luxe de pouvoir oublier les dates, de perdre la notion du temps. Cela contribue à amplifier ce sentiment de liberté qui est si grisant. Bref, nous y reviendrons, je ne suis pas là pour disserter à ce propos. Donc je suis À Rio depuis environ 5 jours, Ricardo, l’ami de mes parents qui m’héberge me fait découvrir les différents charmes que la ville peut offrir. Je découvre de nombreux aspects de Rio qui m’auraient étés inconnus sans son aide. C’est chez Ricardo que ma monture va se reposer pendant 3 mois, en attendant se s’envoler vers la Suisse, puis vers l’Asie.

Brésil->Carla

Ce soir, Carla arrive à Rio.  Il s’agit d’une bonne amie de l’université qui, cette année, travaille dans une ferme vers Florianopolis, à environ 1’000km au sud de Saõ Paulo. Elle travaille dans une petite ONG perdue entre forêt, océan, montagne et lagune. Il paraît que c’est magnifique, je vais y faire escale quelque jours si tout va bien. Donc une fois que Carla sera à Rio, nous descendrons jusqu’à Florianopolis en bus, en nous arrêtant à plein d’endroits qui ont l’air d’être digne d’intérêt. Je lui fais confiance, c’est elle la guide sur cette partie du voyage, deux semaines au total!

Aconcagua

Le 16 novembre au soir, je m’envole depuis Porto Alegre pour rejoindre Santiago, la capitale du Chili. Une fois sur place, je tente de trouver quelques cartes et sûrement un peu de matériel de randonnée. Une fois cela accompli, je cours rejoindre les pentes du Cerro Del Plomo ou du Marmolejo. Ces sommets culminants respectivement à 5’425 et 6’110m, me permettront de faire une première course d’acclimatation. Le but n’est pas forcement d’atteindre le sommet d’une de ces deux montagnes, mais de monter le plus haut possible pour habituer mon organisme à la différence de pression et au manque d’oxygène. Ces treks durant environ 5 jours, je n’en effecturais qu’un car le 25 novembre j’ai rendez-vous à Mendoza, côté argentin, pour rejoindre les membres d’une expédition en route pour l’Aconcagua!

« Aconcagua », quel nom bizarre! Qu’est-ce, un serpent? Une île? Non! Il ‘agit d’une autre montagne, mais pas n’importe laquelle! Du haut de c’est 6’960m, c’est le plus haut sommet des Amériques, et ainsi, la plus haute montagne hors de l’Asie. La particularité de l’Aconcagua est qu’il se trouve dans une région extrêmement sèche, du coup, il y a que très peu de neige sur les flanc du massif. Par conséquent, il est possible de parvenir au sommet sans trop de difficultés techniques, le tout étant de savoir s’adapter à une telle altitude et de pouvoir vaincre les caprices du temps.

Ainsi, du 25 novembre au 12 décembre, je serai sur les pentes de cette belle montagne, en espérant que celle-ci me laissera tâter son sommet.

Santiago-Lima->Paris

La diaspora lausano-géographe est présente partout dans le monde, ainsi quant on sait qu’un de nos confrères est dans le coin (c’est-à-dire sur le même continent), on court le rejoindre pour passer du temps avec lui. C’est ce que fait Paris, qui fait un échange et étudie dans la jolie ville de… Québec auCanada! Certes, c’est loin, mais le jeu en vaut la chandelle! Ensemble nous allons remonter en bus, en car, en stop ou en lama s’il le faut la Cordillière des Andes en passant par le Chili, la Bolivie et le Pérou. Nous célébrerons peut-être Noël en plein Atacama, et Nouvel-An au milieu du Salar d’Uyuni, qui sait! La classe, non?

Pour l’instant, c’est tout ce qui est prévu. Une fois à Lima, je me débrouillerai pour retourner à Rio retrouver mon bel étalon, euh, mon beau vélo, et je m’envolerai pour l’Asie du Sud-Est après une courte escale en Suisse. Affaire à suivre…

JE RESUME POUR CEUX QUI N’ONT PAS SUIVIT:

2 semaines de tourisme brésilien avec Carla

1 semaine de trek d’entraînement au Chili

3 semaines d’expédition à l’Aconcagua

3 semaines de vadrouille dans les Andes avec Paris

??? Jusqu’au 22 janvier.

à suivre ….