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Chapitre 20: Iguaçu, Saõ Paulo, Pain de Sucre et Antoinette: Amérique du Sud suite et fin

Cuzco – Lima – Santiago – Saõ Paulo – Foz do Iguaçu – Puerto Iguaçu, 36h.

L’avion, le bus, le train sont des portes vers d’autres espaces-temps. On entre dans un grand bâtiment plein de gens pressés et portant des grosses valises, on s’assied quelques heures dans un fauteuil plus ou moins confortable, on ressort d’un autre bâtiment presque identique, et là, tout est différent. L’air, les odeurs, les gens, la langue, l’ambiance, les « énergies ». Parfois il faut plusieurs heures d’adaptation, parfois quelques jours, mais il arrive qu’on se trouve en phase avec son environnement dès la première seconde. C’était le cas pour la pluspart de mes destinations sud-américaines, où, contrairement à mon arrivée au Maroc et malgré l’obstacle de la langue, je me suis toujours senti à ma place.

Quand je débarque à Santiago de Lima, il est 2h du matin et mon vol pour Saõ Paulo est dans 5h. Je retrouve mes repères d’il y a 3 mois et m’endors sur un banc. En arrivant à l’aéroport de Saõ Paulo, je retrouve aussi mes repères. Je me rappelle de ces derniers instants passé sur le sol brésilien avec le sourire, mais je ne perds pas de temps, je cours à la gare routière pour tenter de trouver un bus pour Iguaçu. Mission accomplie, je passe 16h dans un bus, de quoi économisé une nuit d’auberge: il n’y a pas de petites économies!
Ainsi, un jour et demi après avoir quitté Paris à la porte d’embarquement 26 de l’aéroport international de Lima, me voilà en plein cœur de l’Amérique du sud, entre Brésil, Paraguay et Argentine.

Antoinette
Vous vous souvenez d’Antoinette? Il s’agit de la demoiselle lausannoise que j’avais retrouvé à Santiago la veille de l’arrivée de Paris. Tous les trois, nous avions partagés quelques moments agréables dans la capitale chilienne. Depuis, nous gardions contact régulièrement, suivant à distance nos voyages respectifs. Elle s’est baladée dans diverses villes argentines après avoir visité le sud du Chili et la Patagonie. Sans plans précis pour mes deux dernières semaines latinos américaines, je pensais me trouver un trek dans les environs de Rio, j’envisageais aussi pousser un peu plus loin pour admirer les chutes d’Iguaçu. Je souhaitais juste trouver une quelconque occupation afin de « remplir » mon temps jusqu’à mon départ pour la Suisse puis pour l’Asie, pensant que le gros de cette partie du voyage était déjà passé. Quand nous nous sommes rendus compte que nous envisagions de nous rendre aux chutes plus ou moins au même moment, nous avons aussitôt convenu de nous y retrouver, afin de profiter de cette merveilles de la nature à deux. Plus d’un mois après des adieux rapides sur un quai de métro de la ligne 1 de Santiago, nous nous retrouvons avec joie. Finalement, ces jours avec Antoinette ne seront pas du bête « remplissage », mais bel et bien un nouvel acte joué dans cette pièce d’une année qu’est mon voyage.

Donc, un mois après que nos routes aient pris des direction différentes, nous revoilà réunis dans une  jolie petite auberge argentine. Antoinette, c’est une suissesse. Elle est organisée, ordonnée, et c’est une pro dans l’art de planifier une journée, un voyage. A Iguaçu, elle sait exactement ce qu’il faut voir et visiter, elle connaît les combines pour entrer dans le parc national moins cher et éviter les foules. Cela tombe bien, car de tout ça,  je n’en sais rien. Ainsi, c’est aux premières heures du jours que je suis tiré de mon lit pour partir illico presto pour le parc national des chutes d’Iguaçu. Impatient, nous nous hâtons afin d’assister à ce spectacle grandiose de la manière la plus intimiste possible.

Les chutes d’Iguaçu

Sur terre, 3 chutes d’eau (ou ensemble de chutes d’eau) sont remarquable par leur grandeur, leur débit et leur beauté. Les plus célèbres sont certainement celles du Niagara, entre USA et Canada. Les plus longues, les chutes Victoria situées entre la Zambie et le Zimbabwe, forment un rideau continue de plus 1,7 kilomètre et de 110m de haut. Le système  de catarates le plus complexe, le plus diversifié, et le plus étendu est celui d’Iguaçu, entre Argentine et Brésil. Dans un paysage plat et peu accidenté, une faille gigantesque balafre la croute terrestre, et coupe la course du Rio Iguaçu, un affluant du Paranà. En résulte un des spectacle les plus impressionnant et des plus violent qu’il est possible d’observer sur terre. Imaginez des millions de litres qui se fracassent sur des roches basaltiques après plus de 80m de chute. Imaginez plus de 270 cascades, toutes différentes de leurs voisines, côte à côte sur  2,5 kilomètre. Imaginez, un vacarme tonitruant et permanent.  Imaginez des milliards de gouttelettes en suspension dans l’atmosphère formant des nuages immenses, ces gouttelettes remontant parfois bien au-dessus de leur point de chute originel. Imaginez une Forêt Atlantique comme on n’en voit de moins en moins, peuplée de singes, de coatis et de papillons multicolores.

Avant ce jour, je n’arrivais pas à m’imaginer cela. J’avais vu des photos, écouté des gens en parler, lu des récits, mais ce genre d’endroits, il faut y aller, car ce sont des lieux que l’on sent, que l’on vit. Nous passons les portes du parc, prenons un petit train, allons directement au fond du parc, empruntons une passerelle qui surplombe des eaux en apparences calmes. Plus nous avançons, plus cette eau s’agite, accélère sa course, et finalement disparaît dans le vide: ça y est, nous sommes au-dessus de la Garganta del Diablo, la chute la plus imposante du site. Perchés sur la plateforme surplombant ce U gigantesque, et peu à peu mouillés par les embruns, nous restons de longues minutes à contempler cette démonstration de force de la nature. Lentement, nous sortons de notre torpeur, et décidons de nous diriger vers les autres points de vus, éparpillés dans tout le site.

Pendant trois jours, nous allons sillonner les sentiers des parcs nationaux argentins et brésiliens. Le premier jour, nous les découvrons sous le soleil, parfois après s’être frayé un passage entre les quelques 16 000 autres visiteurs du jour. Le deuxième, il pleut, mais c’est encore mieux. Comme pour DisneyLand, il n’y a personne quand il ne fait pas beau, et nous pouvons ainsi retourner et profiter à notre guise des spots que nous avons préférés la veille. On saisit aussi l’occasion d’aller nous baigner sous une  »petite » cascade de 20m en marge des principaux points d’intérêts. Finalement, le troisième jour, nous faisons le grand saut, et passons au Brésil, pour contempler une vue plus générale du site, et plus célèbre aussi, car c’est de ce côté qu’on était jouée les scènes de certains films tels qu’OSS 117.

Après trois jours passés dans ce cadre hors du commun, nous reprenons un bus de nuit pour Saõ Paulo. Antoinette vient elle aussi, nous prévoyons de passer ensemble quelques jours à Rio.

Back in Rio

20h de bus pour arriver à Saõ Paulo. On est glauque, le bus n’était pas confortable, et quand nous arrivons à SP vers midi, il pleut, le ciel est gris, et les gens tirent la gueule. Nous aussi. Après 3 visites à SP, j’ai décrété que cette ville, je ne l’aime pas. Antoinette est plus optimiste que moi, elle est sûr qu’elle arrivera a trouver un charme à cette mégapole surpolluée.   » Tu verras, ce suis sûr que c’est une jolie ville au fond! » Mais non! Pour commencer à aimer cette ville, il ne faut en tout cas pas venir un dimanche: ivrognes étalés partout, sans abris agressifs et prieurs ambulants remplissent les rues désertes que nous visitons. Orage, pluie sans fin, rues fantômes, nous essayons de tuer le temps tant bien que mal en attendant de prendre un bus pour Rio, à minuit. Finalement, la délivrance arrive, 23h55, nous embarquons, demain, à l’heure où blanchie la campagne, nous serons dans « la plus belle ville d’Amérique du Sud »: Rio.

Comme vous pouvez le constater dans mes écris, j’aime bien Rio. Peut-être est-ce le fait d’être logé chez Ricardo, un ami à mes parents, et ainsi de pouvoir découvrir cette ville de l’intérieur, peut-être c’est du cadre qui m’envoute. Cette ville est réellement unique. Monts et forêts sont présents jusqu’au cœur de la ville. les différents quartiers, Copacabana, Ipanema, Jardìn Botanico, Barra, sont séparés des uns des autres par des obstacles naturels qui leur confèrent à tous des caractères uniques. En plein Rio se trouve aussi le parc de Tijuca, gigantesque. Ce parc propose d’innombrables trails, et permet de rejoindre les sommets de nombreuses montagnes allant jusqu’à 1000m. Combiner en une journée trek et bronzette à la plage, c’est top non?
Du coup, je suis particulièrement impatient de partager mon enthousiasme avec Antoinette. Je pars du principe qu’il ne faut pas commencer un séjour sans rendre visite au Pain de Sucre. Il y a trois mois, j’avais passé 4 de mes journées sur ce rocher de 400m. Fier d’y avoir trouvé un sentier menant au sommet, j’y avais emmené Ricardo, puis Carla. En ces temps, jamais je n’ai réussit à compléter l’ascension du rocher en entier, car l’escalade de celui-ci s’avère ardue à mi-hauteur. Un pas  de 4-5m seulement, mais très exposé (moindre prise qui lâche, et c’est la chute assurée sur plusieurs dizaines de mètres), me forçait à chaque fois à faire demie-tour. Cette fois-ci, nous sommes au taquet, et le passage critique, nous le passons. Bon, on est arrivé en haut tout tremblant et couvert de sueurs froides, mais ça personne ne le sait!

Les autres jours, nous les passons à marcher (Pico da Tijuca, Pedra da Gaveo: nous faisons tous les sommets importants de Rio) et à manger. Antoinette est l’une des rares personnes que je connaisses qui mange plus que moi au quotidien. En dix jour, elle deviendra une « Food-Friend » telle que j’en ai jamais eu! Nos deux semaines de voyage communes nous laisseront le temps de déguster de nombreux plats et boissons locales. Mon estomac en redemande!

6 mois de voyage

Peu à peu les jours passes, la liste des choses à faire diminue, mes affaires s’emballent, mon vélo se démembre, et mon regard se porte de plus en plus souvent vers l’océan, vers l’Est.

23 Janvier 2012, je quitte l’Amérique du Sud. Après 6 mois sur la route, c’est l’heure des comptes. Cette partie du voyage aura été pour moi complétement en marge de mes projets initiaux, mais tellement riche! Peut-être que le vélo est resté dans le placard, mais l’aventure, elle, était bien au rendez-vous. Expédition à l’Aconcagua, auto-stop avec Paris, île de rêve avec Carla, paysages irréels en Bolivie, chutes d’Iguaçu avec Antoinette: tout était génial, unique, et je ne me suis pas ennuyé un moment  Durant trois mois, j’ai pu annihiler le sentiment de solitude qui m’avait paralysé ,lors de ces premières semaines en Afrique. Grâce à ces amis et amies qui ont fait un bout de chemin en ma compagnie, j’ai pu ajouter une dimension affective et humaine à ce voyage et apprendre à partager ces moments privilégiés et uniques qui jalonne une existence nomade.

Grâce à ces 3 mois d’improvisation, je vois mon trip sous un nouvel angle. Je réalise qu’en modifiant tous mes plans de la partie « Amérique », j’ai pris les dessus sur mon voyage. Ainsi, j’ai pu me libérer des chaînes que je m’étais forgé pendant toutes ces années passées à imaginer, à fantasmer, et à mettre sur pied ce « voyage de rêve ». Certains pourraient regretter que je ne me sois pas tenu à mes objectifs de base, que je n’ai pas gardé mon cul sur la selle en permanence. Je les comprends, il y un an, j’aurai sûrement vu les choses d’un point de vue ne correspondant pas à la réalité du terrain. Néanmoins, maintenant je me sens libre, j’ai cassé ces chaînes, je peux laisser vivre et évoluer ce voyage à sa guise. Si ma route change de nouveau de cap, si mes roues me mènent en Sibérie, au Japon, ou se reposent des mois durant dans une cahute népalaise pendant que mes pieds prennent le relais, je suivrai ce nouveau cap sans hésitation ni remords.

« Et maintenant? »

Il y a quelques jours j’ai décollé de Rio, non pas en direction de l’Ouest, mais de l’Est. En ce moment, j’effectue une escale en Suisse pour réorganiser mes sacoches, faire le plein de bonne chose et descendre quelques pistes. Si vous lisez ceci après le 5 février, je serai déjà repartit pour l’Asie du Sud-Est. Avec Benoît, un collègue cycliste, nous allons rallier sur nos deux roues Bangkok à Hanoï en passant par le Laos du Nord. Benoît rentrera en Suisse depuis la capitale vietnamienne, tandis que je tenterai d’acquérir au moins un Visa chinois pour entreprendre une traversée hasardeuse du Tibet. Si je n’arrive pas à franchir ces étapes administratives en un temps raisonnable, je remonterai sur mon vélo sans nom, et resterai à l’écoute de mes roues qui me diront où aller…

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Chapitre 7 : Marrakech, balle de Break

Rabat à beau être la capitale, les rues de la médina sont relativement calmes, et l’excitation de Tanger, Casablanca ou de Marrakech semble ne pas atteindre cette ville de 1.5 millions d’habitants.

La spécialité de la partie de la médina dans laquelle je loge est les DVDs pirates, les fausses Converse et….des pigeons en plastique ! En effet, les « commerçants sans magasin fixe » (ceux qui installent un drap sur la route et qui vendent leur marchandise en plein milieu du passage) proposent des petits pigeons sur roulette qu’on peut remonter et qui roulent de manière aléatoire pendant 30 secondes. J’ai du mal à imaginer un touriste parisien, voir vénitien, achetant une réplique de leurs rats volants pour le ramener dans leurs cités !!

Remise en question

Mon séjour à Rabat a deux objectifs : faire le point sur ma motivation et obtenir un visa pour la Mauritanie. Cela fait depuis l’Espagne que le plaisir diminue jour après jour, et je n’arrive pas à profiter pleinement de ce qui s’offre à moi. Moralement je fatigue et je suis trop sur la défensive. A chaque fois qu’une personne souhaite se montrer généreux, je suis excessivement méfiant, au point de froisser la personne. En prenant du recul, je me rends compte que je n’ai pas de plaisir, et que j’intègre parfaitement le type de voyageur que je n’aime pas : bouledogues boudeurs, renfermés sur eux-mêmes et fuyant les gens. Je veux casser cette tendance, reprendre en main les rênes du voyage, quitte à revoir quelques détails et adapter mon itinéraire en fonction de mes envies.

Je décide ainsi de rejoindre Marrakech afin de sauter dans le dernier vol Easyjet possible avant d’entrer dans le désert. Certes, j’hésite un peu en me demandant ce que les gens penseront en me voyant rentrer après seulement 50 jours de vélo, mais je me dis que cette année, je la fais pour moi et pour personne d’autre. C’est moi qui ai choisi de faire ce voyage, et c’est à moi de l’adapter pour qu’il corresponde à mes envies et à mes attentes. Je dois faire en sorte de trouver le maximum de plaisir et si cela induit un retour prématuré, et bien ainsi soit-il ! Et puis, comme dit mon ami Paris : en passant Marrakech je passe le point de non-retour, « c’est-à-dire le premier point hors de portée d’Easyjet ». Si le coup de blues continue d’empirer, il ne me sera plus possible de rentrer en Suisse sans mettre en péril mon budget et ainsi le reste du voyage.

Rien de mieux qu’une semaine de vacances à la maison, profiter de mon oreiller, de mon chat, mais surtout de ma famille et de mes amis qui, à peine deux mois après mon départ, commencent à me manquer. Entre Rabat et Marrakech, j’effectue une liste des choses que je veux faire : un foot avec mon frère dans le jardin, des grillades avec de la VRAI viande, boire des bières fraîches en mangeant des pizzas avec Aru, Fred, Fabien & Co, un café avec Jean et Greg, manger une fondue et faire une marche en montagne avec les Géos, monter dans une grue de chantier avec Benoît (qui remplace Paris ;-)), faire du parapente avec une pro (Marion), rentrer à pas d’heures en stop avec Cath, et bien d’autres trucs. La perspective de ces petits plaisirs me remettent aussitôt d’aplomb.

Je me demande si ce court retour en Suisse me permettra d’acquérir la confiance nécessaire pour continuer les 10 mois tout seul. Un ami, Benoît, est motivé pour me rejoindre en Asie du Sud-Est. Ainsi, si le destin le veut, nous effectuerons une traversée Bangkok-Hanoï sur une durée d’environ un mois. Ce projet nous tient à cœur, et j’espère qu’il sera possible de faire ce tronçon en sa compagnie.

J’hésite aussi à varier un peu le mode de transport. Pourquoi ne pas voyager en Amérique du Sud avec uniquement un sac à dos et pérégriner pendant trois mois en Amérique du Sud en bus, en auto-stop et à pied ? En voyageant temporairement à la mode « backpacking » j’augmenterai ma flexibilité, et par conséquent, je pourrai peut-être me joindre à d’autres voyageurs (! avis aux candidats !). Finalement, je préférerai découvrir les Andes à pieds plutôt qu’en vélo, ne serait-ce pas l’occasion ? Durant cette semaine à Lausanne, je vais étudier cette option.

Bref, revenons à Rabat, et plus précisément à….

L’ambassade mauritanienne

Le second objectif de ces deux jours à Rabat est d’obtenir un visa à l’ambassade mauritanienne pour traverser le pays le mois prochain. Ainsi, le jeudi 25 août j’arrive aux abords de l’ambassade.

Dans une rue tranquille du quartier des ambassades se trouvent déjà une vingtaine de personnes attendant leur tour, un questionnaire et leur passeport  à la main. Nom, prénom, adresse dans le pays d’origine, adresse de l’hôte en Mauritanie, raisons de la visite, date d’entrée prévue, date de sortie prévue, etc. Il faut savoir inventer : je ne connais personne pour m’accueillir, je ne sais pas non plus combien de temps il me faudra pour arriver devant la frontière. Heureusement, il y a les habitués qui aident les novices. Je rencontre Hélène, une jeune marseillaise qui à vécu plusieurs mois en Mauritanie et qui y retourne pour les vacances. Durant cette journée devant l’ambassade je rencontre différents types de personnes :

Il y a ceux qui descendent une fois par mois en Afrique Noire avec des voitures ou des minibus surchargés de différentes bricoles. Jean-Pierre par exemple descend deux vélos de la poste ! Il connaît les routes sahariennes parfaitement pour les avoir empruntées pendant presque quarante ans. C’est le plus naturellement du monde qu’il nous propose un verre de Côtes-du-rhône en brique avec des glaçons! Peu importe la qualité du vin, ça passe ! A ces gens là, il leur faut 2-3 jours pour atteindre la Mauritanie depuis Rabat, Il m’en faudra 2-3 semaines.

Il y a ceux qui sont très pressés d’obtenir leurs visas et qui ne peuvent se permettre d’attendre jusqu’à lundi (on est jeudi) pour le recevoir. Samir, un hispano-égyptien vivant au Burkina Faso redescendait d’Europe avec son pick-up rempli de marchandises sensées garnir les étales de son magasin à Ouagadougou. Arrivé à la frontière mauritanienne, il se rend compte qu’il n’est plus possible d’effectuer le visa sur place. Une course contre la montre de 2’000km s’en suit : il gare son pick-up au bord de la route, un copain avec une voiture plus rapide vient le chercher pour le ramener à Dakhla à 500km de la frontière où il prend un avion pour Casablanca. Il saute alors dans un train et arrive à l’ambassade qui lui apprend qu’il devra patienter encore 4 jours (au lieu de 2 jours à cause des jours fériés) pour obtenir le fameux visa. Tous les tours de passe-passe sont alors permis pour tenter de briser les délais administratifs: dizaines de coups de téléphone à des connaissances qui ont elles-mêmes de vagues contacts au sein d’une quelconque ambassade dans un autre pays et qui, peut-être, connaissent l’ambassadeur à Rabat, bakchichs auprès de magouilleurs connaissant soit disant des fonctionnaires mauritaniens, prières en arabe, français, espagnol, anglais, etc.

Et puis, il y a les Africains, les vrais : les Nigériens, les Sénégalais, les Burkinabés, à qui on doit traduire le questionnaire s’ils ne parlent qu’anglais. Leurs sympathie et leur bonne humeur donnent déjà un avant goût de l’Afrique subsaharienne !

Ces instants passés sur le parvis de l’ambassade sont si riches que j’y reste de 9h à 15h. Sur le chemin du retour, je me fais rattraper par Mohammed. Un jeune Mauritanien en costar satiné et aux sonneries de portable kitch à mourir ! Il était lui aussi à l’ambassade et propose que l’on partage un taxi pour le centre-ville. J’accepte, mais ce que je n’avais pas compris (il parle très mal français) c’est qu’il voulait faire une escale à l’hôpital pour faire une visite auprès de je ne sais qui. Je me retrouve ainsi embarqué dans les couloirs d’un hôpital marocain pour rendre visite à un inconnu. Après 20minutes de recherche, nous arrivons dans la chambre d’un enfant de 10 ans. Son père arrive peu après, et il parle bien mieux français. Je comprends enfin que son fils est traité à Rabat pour son épilepsie et que Mohammed est un compatriote venu leur rendre visite. En revanche, ce que je ne comprends pas c’est la raison pour laquelle je suis ici. Après avoir bavardé quelques minutes, le père me raccompagne chaleureusement devant l’hôpital où je reprends un taxi pour le centre.

Rabat-Casablanca-Marrakech-Rabat-Marrakech-Genève

Je dois attendre mon visa pendant 4 jours. Je décide de quitter Rabat et de rejoindre Casablanca, puis Marrakech à 350 km au sud. Mon cours passage à Casa me permet de rencontrer les premiers cyclistes marocains de mon voyage. Ceux-ci me guident à travers les routes et les rues de la ville, me montrent la Mosquée Hassan II (l’une des plus grandes du monde avec un minaret de 122m !) et me conduisent jusqu’au camping situé au bord de la mer. Le lendemain, je rencontre une collègue marocaine de mon beau-père : Mahat. Elle me fait découvrir une autre facette du Maroc. Exit les médinas surpeuplés et les souks ultra-animés. Un tour de la ville dans une voiture climatisé (trop bien, je devrais l’installer sur mon vélo!) me permet de découvrir un Maroc plus moderne, occidentalisé, plus riche. Toutes les grandes marques ont leurs magasins, et Mahat m’invite même dans la boulangerie Paul ! Je déguste de bons sandwichs de chez nous, à la différence que l’indétrônable Jambon-beurre est remplacé par du « jambon de dinde-beurre ».

La route entre Casa et Marrakech est rectiligne et traverse des paysages de plus en plus secs et arides : le désert approche ! Les températures  supportables jusqu’alors dépassent les 45°C. La route qui disparait dans le lointain semble onduler légèrement à cause de la chaleur. La route est vivante, bouge, et les voitures qui me dépassent mettent plusieurs minutes avant de disparaître de mon champ de vision. Pourtant, les 250km me séparant de Marrakech sont avalés en un jour et demi : vive le vent quand il est de dos ! Je finis pour la première fois une étape (de 145km, s’il vous plaît !) avec une vitesse moyenne de 20km/h. Enfin !

Après ces 250km de pseudo-désert, j’atterris dans une sacrée ville ! La place Djema El-Fnaa de Marrakech est véritablement le poumon du centre-ville et offre de nombreuses scènes toutes plus insolites les unes des autres à qui s’assied à la terrasse d’un café pour boire un thé à la menthe. Montreurs de singes, charmeurs de serpents, dizaines de carrioles vendant du jus d’orange, groupes de touristes sortant du Club Med voisin, trekkeurs revenant de deux semaines de marche dans l’Atlas, etc. Je reste dans un petit hôtel à proximité de cette place pendant deux nuits. 2 mètres sur 3, pas de fenêtres, sols dégueux : dans cette chambre je passe de bon moments à me réjouir de mon retour imminent en Suisse. Malheureusement, j’ai des difficultés à trouver le sommeil, du coup je prends des dizaines de photos de ma personne qui sont publiées sur Facebook dans l’album intitulé « Délires psycho-insomniaques à Marrakech ». No comment…

Le lundi, je prends le train pour retourner à Rabat : en 5 heures défilent les paysages que j’ai traversé quatre jours durant. J’y récupère mon passeport à l’ambassade Mauritanienne et je recroise les personnes rencontrées quatre jours auparavant. J’apprends que Samir a réussi à obtenir son passeport le jour même. Je me demande si sa voiture l’attendait toujours dans le désert ! Je retombe aussi sur deux jeunes Anglais. Ils sont partis il y a quelques jours d’Angleterre au volant d’une Jeep dans le but de rejoindre le Sierra Leone d’où ils retourneront au pays pour la rentrée universitaire de septembre. Comme ils se rendent à Marrakech, je me joins à eux, et c’est dans la bonne humeur que j’effectue ce trajet pour la troisième fois, dans un troisième mode de transport.

Finalement, le Jeudi 1er septembre à 8h, je monte dans l’avion pour Genève. En trois heures je parcoure les 3’333km qui me séparent de la maison. Le contraste est aussitôt saisissant : la verdure, la propreté, etc. Je peux me balader devant les kiosques de la gare et de l’aéroport de Genève, en regardant les sandwichs et les magazines, en toute tranquillité. Ici, je ne risque plus de me faire harceler par les vendeurs !

Je finis ces lignes à J-2 du retour. Revoir mes amis et ma famille m’a fait du bien. Tous les bons moments passés cette semaine m’ont redonné envie de continuer, et c’est avec beaucoup plus de motivation que je vais aborder ces milliers de kilomètres dans la fournaise du désert. Le fait de changer de plans pour l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est m’enthousiasme énormément, et me donne envie d’aller de l’avant. Espérons que ça continue ainsi !

PS: Pour les photos, je vous donne rendez-vous sur la page facebook intitulée 20kmh.net – Tour du monde à vélo