A la découverte du monde à 20km/h…

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Chapitre 21: Du riz et des nouilles s’il vous plaît!

L’Orient, m’y voila enfin. 3 mois entre Europe et Afrique, 3 mois en Amérique du sud, maintenant c’est au tour de l’Asie, pour environ 6 mois. Après un bref retour en Suisse pour serrer la pince aux amis et à la famille et pour descendre quelques pistes aux Marécottes, je m’envole pour Bangkok.
Cette fois-ci, j’enfourche à nouveau mon vélo, mais pas tout seul, car je chevaucherai à  travers les rizières en compagnie Benoît. Benoît, présentations:
A l’instar de Paris, j’ai appris à connaître Benoît  quand nous jouions dans le même  groupe de musique. Tandis que je tentais de suivre le rythme avec ma basse, Benoît, lui, s’époumonait dans son saxo. Au plus grands regrets de nos nombreux fans, l’expérience se termina avant notre première date à l’Olympia, mais ce n’est pas pour autant que nous nous sommes dit adieu.
Lui aussi féru  de vélo et des idées de voyages plein la tête, nous avons des points communs. Régulièrement, nous partageons tuyaux et conseils, et parfois buvons quelques bières avec Paris.
L’idée de ce voyage sud-asiatique est venu par hasard. Tout s’organise à partir d’un SMS lancé  depuis Chefchaouen au Maroc:  »eh Benoît, ça te dit de faire un bout de route avec moi? » Sans hésiter, il me répond par l’affirmative: c’est décidé,  en 2012 nous passerons une trentaine de jour à pédaler côte à côte entre Bangkok et Hanoï.

Ainsi, le 6 février à 16h, nous faisons tamponner nos passeports à la douane de l’aéroport international de Bangkok :  »Welcome in Thaïlande »!

Bangkok

Tout d’abord, il faut récupérer les vélos. Heureusement, nous les avons bien emballés, et rien n’a souffert durant le vol. Néanmoins, nous mettons deux heures à assembler roues, guidons et portes-bagages et à organiser nos sacoches. Nous nous changeons aussi, quand nous avons quitté le Suisse,  il faisait presque -15°, ici, il fait plus de 35°! Les premiers coups de pédales hors de l’aéroport nous mettent directement dans l’ambiance: nuit noire, chaleur humide, trafic intense. Véritable voyage dans le voyage, nos 30 premiers kilomètres entre l’aéroport et notre logement sont épiques et nous préparent pour la suite! Très vite, on découvre à quel point les gens sont souriant et font tout ce qu’ils peuvent pour nous aider. Il est toute fois difficile de se faire comprendre et surtout de bien interpréter ce qui nous est dit. Ainsi, nous parcourons 10km sur la bande d’arrêt d’urgence centrale d’une autoroute  à quatre voies, et découvrons ainsi, sur le tas, qu’en Thaïlande on roule à gauche!!
Plus tard, alors que les premiers grattes-ciels ne sont pas encore en vue, nous tombons sur une compagnie de cyclistes thaïlandais qui, après une longue journée de bureau, se défoulent sur leurs vélos aux bords des voies rapides de la métropole. Ensemble et à vive allure nous passons de petites routes ombragées peuplées de chiens errants aux grands boulevards de Bangkok. À quelques kilomètres de notre destination finale, la caravane freine brusquement, Chang dérape et tombe, Wong pousse un hurlement: un python surgit de nulle part et nous barre la route! La surprise passée,  nos amis éclatent de rire et dirigent le serpent étrangleur vers le talus. Ils semblent avoir l’habitude de gérer se genre de situations, rassurant…
C’est finalement 7h après avoir atterris que nous entrons dans l’antre de Janet, Céline et Oliver, nos hôtes de deux soirs. Benoît les a trouvé grâce au réseau de couch surfers, de plus en plus étendu sur la toile. En échange d’un bout de gruyère et de 2-3 plaques de choc, ces trois étudiants européens nous offrent leur toit, leur douche et leur canapé pour deux nuits.  C’est donc en suivant leurs conseils et recommandations que nous faisons nos premiers pas dans la gigantesque capitale thaïlandaise.

Entre courses effrénées en touk-touk dans les différents quartiers de la ville, visites de temples perdus dans des china-town comme nous n’en avons jamais vu, nous arrivons à caser dans notre planning de ministre notre premier massage thaï! Quelques jours plus tôt, mère m’avait tout simplement interdit de sortir de la Thaïlande sans en avoir fait un. Cela m’avait d’ailleurs surpris car pour moi massage thaï rimait avec  »Body massage »,  » happy end » et tout plein d’autres termes qu’on peut trouver sur certains sites ou certaines revues dont je ne citerai pas les noms. Lorsque nous ouvrons les portes de ce salon de massages situés sous les voies du train aérien de la capitale, nous ne savons pas trop à quoi nous attendre. Le hall d’entre est classe, les hôtesses d’accueil sont charmantes, les réceptionnistes chaleureuses. Avec soin et attention, nous sommes guidés dans les locaux jusqu’à une petite chambre où  on nous demande de nous mettre en caleçon: lumière tamisée, musique zen:  »ça y est, nous sommes tombé dans le stéréotype du touriste qui se rend au bout du monde pour se faire une prostituée » nous disons-nous. Mais que nenni!! Ce sont deux bonnes femmes super musclées de cinquante ans qui se chargent de nous labourer le dos, le bras et les jambes pendant une heure. Au bout d’une vingtaine de minute, j’entends un gros CRACK: c’est la nuque de Benoît qui menace de ce briser, entourée par le bras de Madame qui lui fait une prise à la Jack Bauer. Cassés, courbaturés mais aussi débloqués et réparés, nous sortons tout étourdis de ce salon de massage aux allures de cabinet d’ostéopathe.

Après deux journées à se mettre au rythme asiatique, nous prenons le train vers le nord de la Thaïlande, où mon périple à vélo reprend après ces trois mois de pause.
Uttaradit, c’est de cette ville que Benoît  et moi, nous nous lancerons en direction du Vietnam. Sur ce, je laisse la parole a mon compère pour quelques jours:

Uttaradit – Thung Chang, plus ou moins 300km > Par Benoit

Réveil matinal dans la couchette du train, par la fenêtre je découvre les paysages embrumés de la campagne thaïlandaise. Le soleil prend son temps pour se lever, William aussi. Du coup, j’en profite pour traverser les 15 wagons qui nous séparent de nos vélos afin de les décadenasser, sans quoi ils ne pourront être déchargés par le personnel lors de notre courte halte a Uttaradit. En chemin je tombe sur une cargaison de jeunes militaires encore somnolents mais souriants. Les plus matinaux se tiennent déjà devant les portes ouvertes des wagons , face au paysage qui défile, profitant de l’air frais qui s’y engouffre. De retour à notre couchette je réveille William et file à l’arrière du train pour faire de même, passer la tête au dehors, comme on plongerait sa tête dans une fontaine. Autour de moi, un environnement surréaliste se dessine, tout droit sortit des planches de Cosey et des films sur la guerre du Vietnam: les rizières, cette brume laiteuse et enfin le soleil, rond et rouge qui  s élève a l’horizon au dessus de montagnes verdoyantes. Le fracas des rails et l’humidité ambiante complètent le tableau. Il n y a plus de doute, nous y sommes!

Le train arrive finalement vers les 8h à Uttardit et les choses sérieuses peuvent commencer… ou alors attendre que l’on ait pris notre petit-déjeuner sur le quai. Le vélo de William, décoré de partout, attire les curieux qui l’observent charger cette drôle de bestiole. On sent l’expérience des mois de voyages car ni une ni deux William est prêt à prendre la route alors que je me débats encore avec mes sacoches. On charge mon vélo ensemble et après un échange de regard chacun saute sur sa monture en silence: les premiers coups de pédale sont magiques, c’est le corps entier qui se met en marche. Balancement des hanches, tension des muscles. Le poids des bagages augmente encore davantage l’instabilité du départ, c’est tout l’attirail qui tangue. Mais de déséquilibre en déséquilibre nous voila lancés, avec le sentiment agréable de porter un peu sa maison et d’être libre de la planter là ou bon nous semble.

« Enfourchés nos vélos deviennent destrier, heureux le chevalier forcé de pédaler » .

Dès les premiers kilomètres de routes nous nous habituons à traverser de petits villages avec gargotes et épiciers avec pignon sur rue. Nos estomac sont rassurés, l’approvisionnement ne sera pas un problème. Les habitations sommaires de bambou et au toit en paille se mêlent à de magnifiques pavillons tout juste construits. A notre passage les gens sont souriants et nous adressent des gestes amicaux, même les conducteurs font preuve de patience a notre égard et s’ils klaxonnent c’est doucement et en sortant la main par la fenêtre, le pouce levé pour nous encourager. Bref, la Thaïlande sera pour nous une énorme surprise tant les habitants sont aimables et accueillants. Des vaudois diraient  » Nous sommes déçus en bien »

La route que nous empruntons contourne un lac retenu par un barrage: le Sirikit Dam. Après une cinquantaine de kilomètre nous y arrivons. Nous faisons un petit détour pour nous en rapprocher et voir le lac, juste derrière. Pour ce faire nous quittons la route principale et passons un poste de police gardé par des agents toujours aussi souriant. Mais là, soudain, changement d’atmosphère. Une charmante petite route goudronnée nous mène à travers d’énormes jardins entretenus (presque a l anglaise), il y a même une piste cyclable! De petites constructions se trouvent ça et là  et nous apercevons terrains de tennis et parcours vita.  Pourtant quelque chose ne va pas; tout ce complexe est désert, on se croirait dans un film! James Bond y découvrirait une base militaire clandestine, ou un site d’enrichissement d’Uranium! Plus loin quelques ouvriers semblent réparer des installations et des jardiniers embellissent encore un peu plus ces lieux fantomatiques. Le barrage est énorme mais ne présente rien d’exceptionnel, il nous empêche surtout de voir le lac. Nous rebroussons donc chemin, tout de même satisfait de notre découverte.

Au village suivant nous nous arrêtons dans un petit marché. Il est temps de penser à se ravitailler pour notre première nuit de bivouac. Oignons, légumes et piments compléteront nos nouilles chinoises achetées à Bangkok. Nous en profitons aussi pour tester les différents snacks locaux qui nous accompagneront jusqu’à la frontière. Le soleil décline gentillement à l’horizon. Nous sortons de la route et suivons une piste en terre afin de trouver le lieu idéal pour camper. Après quelques hésitations nous trouvons une charmante petite cabane sur pilotis;  pittoresque a souhait, c’est ce qu’il nous fallait. Le bivouac est monté et nous pouvons profiter tranquillement des derniers rayons lumineux, avant que le soleil ne se couche. Les légumes mijotent dans la casserole, nous verrons bien a quelle sauce le voyage, lui, nous mijotera…

La première nuit se passe bien même si l’humidité envahi tout. Elle s’infiltre dans la tente, condense sur nos affaires et se mêle à la transpiration. J’ai l’impression de nager dans mes draps. Le corps doit encore s’acclimater à ce nouvel environnement. Côté positif, William ne ronfle pas, me voila rassuré. Une fois de plus je suis le premier debout. William ne s’est toujours pas remis des multiples décalages horaires depuis son retour d’Amérique du sud. Dehors la brume recouvre les collines environnantes et au loin, fidèle à lui même, le soleil pointe son nez, rond et rouge. Nous décidons de ne pas trop tarder pour profiter de la fraîcheur matinale et faire un maximum de kilomètres avant la fournaise de la mi-journee. A midi justement nous arrivons dans un village ou se déroule une fête. Au programme: football, pétanque, volley et surtout…. pitance! Les gens surpris de voir deux gulus débarquer dans leur fête villageoise nous observent d’un oeil amusé et bienveillant. Nous sommes invité à goûter une sorte d’alcool local et nous avons la chance d’assister à un match de foot commenté par le Yannick Parate local (dixit Will). Pense repue et bien tendue nous quittons ces gens adorables, certainement tristes de nous voir si vite partis. Les filles en pleurs agitent leurs mouchoirs, retournant à leurs  »vies de peines pour si peu de plaisirs ». Nous briserons plus d’un coeur sur notre route, dur destin que celui de l’aventurier!

Le reste de la journée est fait de paysages desséchés et de sourires encourageants. Les premières pentes difficiles apparaissent et se succèdent. Après une descente au fond de la vallée, nous n’avons pas le courage de remonter et décidons d’installer notre bivouac dans les environs. Surtout, qu’il  y a une petite rivière à proximité pour nous laver et faire la vaisselle. Nous décidons de bivouaquer sous le signe de la  discrétion car nous campons tout près d’un village. Après avoir scrupuleusement choisi un endroit plus ou moins dissimulé, William a la fabuleuse idée de faire un feu….  Conséquence immédiate, nous recevrons la visite de plusieurs habitants curieux de voir ce qu’il se trame a proximité de chez eux.

En forme, grâce à une nuit réparatrice des presque 10h, nous reprenons le trajet là où nous l’avions laissé auparavant, au pied de la montée que nous n’avions pas eu le courage d’affronter la veille. Frais comme des sticks de poissons sorti du congel, c’est sans problème que nous en venons à bout. Mais nous n’avions pas prévu que cette première montée n’était qu’un avant goût de ce qui nous attendait. Les routes ne passent pas par quatre chemins pour vous faire comprendre votre douleur, taillant droit dans la montagne, elles semblent presque les escalader. Une fois en haut, on chemine le long de crêtes, de village en village. De magnifiques paysages montagneux s’étendent de chaque côté, récompensant nos efforts. Le soir nous arrivons dans la petite ville de Nan où nous logeons dans une guesthouse. Au marché, nous tombons sur un stand d’insectes: des grosses sauterelles bien dodues, j’en avais rêvé toute ma vie! William, lui, opte pour des larves. Finalement il s’avère qu’elles ont peu de goût et que comme souvent c’est surtout la sauce qui compte. Profitant des commodités de la ville, nous buvons une bière devant Chelsea-Liverpool a côté de supporter thaïlandais, enthousiastes dans leurs maillots, et qui, vu leurs gesticulations, semblent sérieusement intéressés par le championnat de foot anglais.

La Teranga Thailandaise, par votre serviteur William

Allez, nous quittons Nan, sachant que la prochaine ville digne de ce nom sur notre parcours est Louang Prabang au centre de la partie nord du Laos. La route ondule gentillement, slalomant parfois entre les collines, en gravissant une ou deux montées pour la forme, et traversant de temps à autres de petites villes. Nous laissons passer les heures les plus chaudes de la journée en nous arrêtant dans une petite gargote. A 1 francs le plat, cela serait bête de se priver. Du coup, on commande généralement deux platées de riz bien copieuses. Quelques heures plus tard, pour les Quatre Heures, nous engloutissons un bol de nouilles. Le ventre blindé, nous sommes prêts à trouver un endroit où planter notre tente sans souper. Mais voilà, alors que nous arrivions en vue d’une charmante bourgade du nom de Thougchang, un vieux monsieur sur un scooter s’arrête a notre hauteur:  » You can sleep in my garden if you want! »

Suraphol est un ancien camionneur ayant opéré en Irak, en Syrie et au Koweit. Ses qualités de travailleur international lui valent des compétences supérieures à la plupart de ses compatriotes en ce qui concerne le maniement de la langue de Shakespear. Retraité, Suraphol cultive un superbe potager, et lorsqu’il nous sert à dîner dans sa cuisine open-air, il nous fait déguster du riz de son jardin et des bananes du verger ! Tous les trois, nous passons une soirée mémorable. Suraphol est heureux de nous faire découvrir sa gastronomie et, lors du repas, nous gratifie d’un  »I am very happy to welcome you » qui nous émeut beaucoup. De notre côté, nous essayons d’apporter autre chose que nos mains sales. Benoit joue « La Marine » avec son Okarina, et j’entonne « Hey Jude » avec mon harmonica.

Grab ‘n Ride,

Lendemain: adieux émouvants avec notre hôte. En guise de cadeau d’adieux, nous avons le droit aux restes de notre petit-déjeuner (riz et nouilles avec viande bouillie) emballés dans des feuilles de bananiers. Quelques pommes, une boite de sardines et un régime de bananes du jardin posés sur nos sacoches arrières, nous reprenons la route pour notre dernière journée sur les routes thaïlandaises. Nous nous réjouissons d’entrer au Laos. Je ne connais rien de ce pays, si ce n’est qu’il fait partie des pays que je n’avais pas prévu visiter. Donc, c’est avec vigueur que nous entamons les quarante derniers kilomètres jusqu’à la frontière, et pas les moindres. Il y a quelques jours, nous avions déjà souffert du relief (que nous savions  faits de collines avant d’entreprendre notre aventure dans ces contrées), mais cette fois-ci, la route est étroite et pleine de camions. Dans un premier temps, nous pensons ne pas avoir notre place sur cette route, puis, je réalise que les mastodontes qui nous frolent toutes les cinq minutes sont extrêmement lents dans les montées. Quand ceux-ci peinent et crachottent tout leur diesel dès que la route est trop pentue pour eux, il devient alors tout naturel de pédaler un bon coup pour se mettre à leur niveau, et de s’agripper à la première prise venue. Ainsi, toute la matinée, nous avançons de camions en camions, les attrapant avant l’ascension, les lâchant avant le grand saut. Nos petits vélos semblent minuscules à côté des immenses roues qui frôlent nos sacoches prêtes à nous avaler à la moindre erreur. Parfois, les prises font défaut, et c’est en réalisant des contorsions des plus grotesques que nous arrivons à nous hisser en haut des côtes, aussi suant que si nous les avions pédalées intégralement! Il faut noter que ces remonte-pentes de luxe ne nous font pas gagner beaucoup de temps, nous avançons rarement à plus de 9kmh (sommes nous trop lourds?) et n’en sommes pas moins fatigués. Ainsi, lorsque nous arrivons à la frontière de Nam Ngeun, nous sommes heureux de manger notre dernière platée de riz thaïlandais dans une échoppe avant d’aller faire tamponner nos passeports (eh oui Paris, un de plus).

Souffrance , Souffrance…

Le Laos… Déjà, on sent une petite différence avec la Thaïlande. Les premiers kilomètres se font notamment sur une route superbe, toute neuve. Il faut dire que la frontière n’est ouverte que depuis 5 ans, et toutes les machines de chantiers du pays ont du être envoyées dans ce secteur pour permettre un trafic plus aisé et régulier vers la Thaïlande. Très vite, nous déchantons en atteignant les tronçons de route en construction. Routes larges, peu fréquentées, oui, mais couverte de graviers qui rendent la navigation extrêmement périlleuse. Les montées sont longues, et les descentes se font à coin sur les freins. Les camions sont rares, et quand nous arrivons à les attraper au vol, il est difficile de maintenir le même cap que le conducteur. Une chute, sans gravité, mais intégralement filmée par Benoît, témoigne de la difficulté de l’épreuve! Celle-ci sera bientôt disponible sur vos écrans.

De nuit, exténués, couverts de poussière, sans un Kip en poche (la monnaie locale), nous arrivons dans le premier village capable de nous ravitailler en eau. Crados, mais heureux d’être dans ce pays, nous campons dans une cabane sur pilotis à proximité de la piste.

Le lendemain, on se lève tôt. Benoît est au taquet et à 7h, nous sommes sur nos selles. Au fil des kilomètres, nous rencontrons les écoliers qui vont à l’école. Jusque là, mon Klaxon K2 offert par Sarah m’attirait les sourires et même les fous rires des badeaux et des bambins aux bords des routes. Ici, en revanche, je me prends de nombreux bides. Celui qui j’avais surnomme  »friends maker » n’est plus si efficace en ces lieux. Passons. Le fait de voir tous ces écoliers allant à l’école nous rappelle la vie de nos camarades restés en Suisse, prenant le TSOL tous les matins pour se rendre a l’Uni ou l’EPFL. En ce pays, si éloigné, nous avons une pensée pour eux.

Après 10km à fond la caisse, en fond de vallée, au milieu des rizières, nous entamons notre première montée de la journée sur une petite route de campagne qui part vers les collines. Un panneau indique une pente de 15%:  »ok, on peut bien faire une petite montée aujourd’hui, vamos! ». Ces 15%, nous les sentons, surtout qu’aucun camion ne vient à notre aide. Après celle-ci, une deuxième se présente, puis une troisième. Finalement, nous passons la journée à monter, à chaque fois, en ayant le droit à un court break  lors des descentes pentues, qui ne nous permettent pas de faire de nombreux kilomètres. Ce type de relief est exténuant. Le compteur fait du surplace, et quand la pente devient trop abrupte et que nous hésitons à sortir cordes et mousquetons pour hisser nos vélos, celui-ci affiche 0,0kmh. Le compteur nous boycotte. Trop lents, nous ne sommes pas digne de lui.

Exténués, la gorge sèche, nous arrivons à notre premier vrai village laotien. Aucune baraque en dur, que des bambous, des bouts de bois, et des gamins sales. On semble être arrivé au bout du monde. Les gens nous dévisagent, les enfants se cachent quand je dégaine mon appareil photo, et quand nous nous arrêtons à l’ombre d’une paillote pour souffler, c’est le village entier qui nous dévisage.  Ces scènes se reproduisent dans la plupart des communes perchées que nous traversons.

Enfin! après trois jours à monter et descendre sans cesse, n’avançant qu’avec parcimonie, nous sortons des collines, ou plutôt rejoignons une route qui slalome entre elles. Très vite, nous débouchons sur le Mekong, fleuve mythique de 4’500km. C’est le dixième plus grand fleuve de la planète, et a l’instar du Gange et du Bramapoutre, il prend sa source au coeur du l’Himalaya. Ce sont presque 90 millions de personnes qui dépendent des eaux de ce fleuve gigantesque. Nous nous attendions donc a voir un fleuve énorme, couvert de bateaux et de pirogues, mais ce n’est pas le cas. Nous devons batailler pour trouver un bateau qui nous remontera pour un prix raisonnable jusqu’à la ville de Louang Prabang, à plus de 100km au nord. Quelques pêcheurs, des pirogues à moteur, c’est tout ce que nous croiserons lors de notre croisière flash-éclair. Attention, ce n’est pas pour autant que nous ne sommes pas sous le charme, les berges sont belles, des buffles se baignent à quelques dizaines de mètres de nous, et notre embarcation traverse de nombreux rapides qui font tanguer notre barque à moteur.

A LouangPrabang, nous renouons avec la civilisation. Une ville, touristique, peuplée de centaines d’occidentaux en vacances. Et dire qu’hier, nous mangions dans un village avec une prof d’anglais qui ne parlait quasiment pas la langue qu’elle enseignait. Deux mondes si proche, et si différents…

Premiers objectifs de notre séjour de 2.5 jours a LP: se laver, laver nos vêtements, manger, boire, manger, dormir, manger, vous écrire un article et manger. Ce soir, à la veille de notre départ pour le Vietnam à 400km de là, je pense pouvoir affirmer que nos missions ont été accomplies avec succès.


Chapitre 20: Iguaçu, Saõ Paulo, Pain de Sucre et Antoinette: Amérique du Sud suite et fin

Cuzco – Lima – Santiago – Saõ Paulo – Foz do Iguaçu – Puerto Iguaçu, 36h.

L’avion, le bus, le train sont des portes vers d’autres espaces-temps. On entre dans un grand bâtiment plein de gens pressés et portant des grosses valises, on s’assied quelques heures dans un fauteuil plus ou moins confortable, on ressort d’un autre bâtiment presque identique, et là, tout est différent. L’air, les odeurs, les gens, la langue, l’ambiance, les « énergies ». Parfois il faut plusieurs heures d’adaptation, parfois quelques jours, mais il arrive qu’on se trouve en phase avec son environnement dès la première seconde. C’était le cas pour la pluspart de mes destinations sud-américaines, où, contrairement à mon arrivée au Maroc et malgré l’obstacle de la langue, je me suis toujours senti à ma place.

Quand je débarque à Santiago de Lima, il est 2h du matin et mon vol pour Saõ Paulo est dans 5h. Je retrouve mes repères d’il y a 3 mois et m’endors sur un banc. En arrivant à l’aéroport de Saõ Paulo, je retrouve aussi mes repères. Je me rappelle de ces derniers instants passé sur le sol brésilien avec le sourire, mais je ne perds pas de temps, je cours à la gare routière pour tenter de trouver un bus pour Iguaçu. Mission accomplie, je passe 16h dans un bus, de quoi économisé une nuit d’auberge: il n’y a pas de petites économies!
Ainsi, un jour et demi après avoir quitté Paris à la porte d’embarquement 26 de l’aéroport international de Lima, me voilà en plein cœur de l’Amérique du sud, entre Brésil, Paraguay et Argentine.

Antoinette
Vous vous souvenez d’Antoinette? Il s’agit de la demoiselle lausannoise que j’avais retrouvé à Santiago la veille de l’arrivée de Paris. Tous les trois, nous avions partagés quelques moments agréables dans la capitale chilienne. Depuis, nous gardions contact régulièrement, suivant à distance nos voyages respectifs. Elle s’est baladée dans diverses villes argentines après avoir visité le sud du Chili et la Patagonie. Sans plans précis pour mes deux dernières semaines latinos américaines, je pensais me trouver un trek dans les environs de Rio, j’envisageais aussi pousser un peu plus loin pour admirer les chutes d’Iguaçu. Je souhaitais juste trouver une quelconque occupation afin de « remplir » mon temps jusqu’à mon départ pour la Suisse puis pour l’Asie, pensant que le gros de cette partie du voyage était déjà passé. Quand nous nous sommes rendus compte que nous envisagions de nous rendre aux chutes plus ou moins au même moment, nous avons aussitôt convenu de nous y retrouver, afin de profiter de cette merveilles de la nature à deux. Plus d’un mois après des adieux rapides sur un quai de métro de la ligne 1 de Santiago, nous nous retrouvons avec joie. Finalement, ces jours avec Antoinette ne seront pas du bête « remplissage », mais bel et bien un nouvel acte joué dans cette pièce d’une année qu’est mon voyage.

Donc, un mois après que nos routes aient pris des direction différentes, nous revoilà réunis dans une  jolie petite auberge argentine. Antoinette, c’est une suissesse. Elle est organisée, ordonnée, et c’est une pro dans l’art de planifier une journée, un voyage. A Iguaçu, elle sait exactement ce qu’il faut voir et visiter, elle connaît les combines pour entrer dans le parc national moins cher et éviter les foules. Cela tombe bien, car de tout ça,  je n’en sais rien. Ainsi, c’est aux premières heures du jours que je suis tiré de mon lit pour partir illico presto pour le parc national des chutes d’Iguaçu. Impatient, nous nous hâtons afin d’assister à ce spectacle grandiose de la manière la plus intimiste possible.

Les chutes d’Iguaçu

Sur terre, 3 chutes d’eau (ou ensemble de chutes d’eau) sont remarquable par leur grandeur, leur débit et leur beauté. Les plus célèbres sont certainement celles du Niagara, entre USA et Canada. Les plus longues, les chutes Victoria situées entre la Zambie et le Zimbabwe, forment un rideau continue de plus 1,7 kilomètre et de 110m de haut. Le système  de catarates le plus complexe, le plus diversifié, et le plus étendu est celui d’Iguaçu, entre Argentine et Brésil. Dans un paysage plat et peu accidenté, une faille gigantesque balafre la croute terrestre, et coupe la course du Rio Iguaçu, un affluant du Paranà. En résulte un des spectacle les plus impressionnant et des plus violent qu’il est possible d’observer sur terre. Imaginez des millions de litres qui se fracassent sur des roches basaltiques après plus de 80m de chute. Imaginez plus de 270 cascades, toutes différentes de leurs voisines, côte à côte sur  2,5 kilomètre. Imaginez, un vacarme tonitruant et permanent.  Imaginez des milliards de gouttelettes en suspension dans l’atmosphère formant des nuages immenses, ces gouttelettes remontant parfois bien au-dessus de leur point de chute originel. Imaginez une Forêt Atlantique comme on n’en voit de moins en moins, peuplée de singes, de coatis et de papillons multicolores.

Avant ce jour, je n’arrivais pas à m’imaginer cela. J’avais vu des photos, écouté des gens en parler, lu des récits, mais ce genre d’endroits, il faut y aller, car ce sont des lieux que l’on sent, que l’on vit. Nous passons les portes du parc, prenons un petit train, allons directement au fond du parc, empruntons une passerelle qui surplombe des eaux en apparences calmes. Plus nous avançons, plus cette eau s’agite, accélère sa course, et finalement disparaît dans le vide: ça y est, nous sommes au-dessus de la Garganta del Diablo, la chute la plus imposante du site. Perchés sur la plateforme surplombant ce U gigantesque, et peu à peu mouillés par les embruns, nous restons de longues minutes à contempler cette démonstration de force de la nature. Lentement, nous sortons de notre torpeur, et décidons de nous diriger vers les autres points de vus, éparpillés dans tout le site.

Pendant trois jours, nous allons sillonner les sentiers des parcs nationaux argentins et brésiliens. Le premier jour, nous les découvrons sous le soleil, parfois après s’être frayé un passage entre les quelques 16 000 autres visiteurs du jour. Le deuxième, il pleut, mais c’est encore mieux. Comme pour DisneyLand, il n’y a personne quand il ne fait pas beau, et nous pouvons ainsi retourner et profiter à notre guise des spots que nous avons préférés la veille. On saisit aussi l’occasion d’aller nous baigner sous une  »petite » cascade de 20m en marge des principaux points d’intérêts. Finalement, le troisième jour, nous faisons le grand saut, et passons au Brésil, pour contempler une vue plus générale du site, et plus célèbre aussi, car c’est de ce côté qu’on était jouée les scènes de certains films tels qu’OSS 117.

Après trois jours passés dans ce cadre hors du commun, nous reprenons un bus de nuit pour Saõ Paulo. Antoinette vient elle aussi, nous prévoyons de passer ensemble quelques jours à Rio.

Back in Rio

20h de bus pour arriver à Saõ Paulo. On est glauque, le bus n’était pas confortable, et quand nous arrivons à SP vers midi, il pleut, le ciel est gris, et les gens tirent la gueule. Nous aussi. Après 3 visites à SP, j’ai décrété que cette ville, je ne l’aime pas. Antoinette est plus optimiste que moi, elle est sûr qu’elle arrivera a trouver un charme à cette mégapole surpolluée.   » Tu verras, ce suis sûr que c’est une jolie ville au fond! » Mais non! Pour commencer à aimer cette ville, il ne faut en tout cas pas venir un dimanche: ivrognes étalés partout, sans abris agressifs et prieurs ambulants remplissent les rues désertes que nous visitons. Orage, pluie sans fin, rues fantômes, nous essayons de tuer le temps tant bien que mal en attendant de prendre un bus pour Rio, à minuit. Finalement, la délivrance arrive, 23h55, nous embarquons, demain, à l’heure où blanchie la campagne, nous serons dans « la plus belle ville d’Amérique du Sud »: Rio.

Comme vous pouvez le constater dans mes écris, j’aime bien Rio. Peut-être est-ce le fait d’être logé chez Ricardo, un ami à mes parents, et ainsi de pouvoir découvrir cette ville de l’intérieur, peut-être c’est du cadre qui m’envoute. Cette ville est réellement unique. Monts et forêts sont présents jusqu’au cœur de la ville. les différents quartiers, Copacabana, Ipanema, Jardìn Botanico, Barra, sont séparés des uns des autres par des obstacles naturels qui leur confèrent à tous des caractères uniques. En plein Rio se trouve aussi le parc de Tijuca, gigantesque. Ce parc propose d’innombrables trails, et permet de rejoindre les sommets de nombreuses montagnes allant jusqu’à 1000m. Combiner en une journée trek et bronzette à la plage, c’est top non?
Du coup, je suis particulièrement impatient de partager mon enthousiasme avec Antoinette. Je pars du principe qu’il ne faut pas commencer un séjour sans rendre visite au Pain de Sucre. Il y a trois mois, j’avais passé 4 de mes journées sur ce rocher de 400m. Fier d’y avoir trouvé un sentier menant au sommet, j’y avais emmené Ricardo, puis Carla. En ces temps, jamais je n’ai réussit à compléter l’ascension du rocher en entier, car l’escalade de celui-ci s’avère ardue à mi-hauteur. Un pas  de 4-5m seulement, mais très exposé (moindre prise qui lâche, et c’est la chute assurée sur plusieurs dizaines de mètres), me forçait à chaque fois à faire demie-tour. Cette fois-ci, nous sommes au taquet, et le passage critique, nous le passons. Bon, on est arrivé en haut tout tremblant et couvert de sueurs froides, mais ça personne ne le sait!

Les autres jours, nous les passons à marcher (Pico da Tijuca, Pedra da Gaveo: nous faisons tous les sommets importants de Rio) et à manger. Antoinette est l’une des rares personnes que je connaisses qui mange plus que moi au quotidien. En dix jour, elle deviendra une « Food-Friend » telle que j’en ai jamais eu! Nos deux semaines de voyage communes nous laisseront le temps de déguster de nombreux plats et boissons locales. Mon estomac en redemande!

6 mois de voyage

Peu à peu les jours passes, la liste des choses à faire diminue, mes affaires s’emballent, mon vélo se démembre, et mon regard se porte de plus en plus souvent vers l’océan, vers l’Est.

23 Janvier 2012, je quitte l’Amérique du Sud. Après 6 mois sur la route, c’est l’heure des comptes. Cette partie du voyage aura été pour moi complétement en marge de mes projets initiaux, mais tellement riche! Peut-être que le vélo est resté dans le placard, mais l’aventure, elle, était bien au rendez-vous. Expédition à l’Aconcagua, auto-stop avec Paris, île de rêve avec Carla, paysages irréels en Bolivie, chutes d’Iguaçu avec Antoinette: tout était génial, unique, et je ne me suis pas ennuyé un moment  Durant trois mois, j’ai pu annihiler le sentiment de solitude qui m’avait paralysé ,lors de ces premières semaines en Afrique. Grâce à ces amis et amies qui ont fait un bout de chemin en ma compagnie, j’ai pu ajouter une dimension affective et humaine à ce voyage et apprendre à partager ces moments privilégiés et uniques qui jalonne une existence nomade.

Grâce à ces 3 mois d’improvisation, je vois mon trip sous un nouvel angle. Je réalise qu’en modifiant tous mes plans de la partie « Amérique », j’ai pris les dessus sur mon voyage. Ainsi, j’ai pu me libérer des chaînes que je m’étais forgé pendant toutes ces années passées à imaginer, à fantasmer, et à mettre sur pied ce « voyage de rêve ». Certains pourraient regretter que je ne me sois pas tenu à mes objectifs de base, que je n’ai pas gardé mon cul sur la selle en permanence. Je les comprends, il y un an, j’aurai sûrement vu les choses d’un point de vue ne correspondant pas à la réalité du terrain. Néanmoins, maintenant je me sens libre, j’ai cassé ces chaînes, je peux laisser vivre et évoluer ce voyage à sa guise. Si ma route change de nouveau de cap, si mes roues me mènent en Sibérie, au Japon, ou se reposent des mois durant dans une cahute népalaise pendant que mes pieds prennent le relais, je suivrai ce nouveau cap sans hésitation ni remords.

« Et maintenant? »

Il y a quelques jours j’ai décollé de Rio, non pas en direction de l’Ouest, mais de l’Est. En ce moment, j’effectue une escale en Suisse pour réorganiser mes sacoches, faire le plein de bonne chose et descendre quelques pistes. Si vous lisez ceci après le 5 février, je serai déjà repartit pour l’Asie du Sud-Est. Avec Benoît, un collègue cycliste, nous allons rallier sur nos deux roues Bangkok à Hanoï en passant par le Laos du Nord. Benoît rentrera en Suisse depuis la capitale vietnamienne, tandis que je tenterai d’acquérir au moins un Visa chinois pour entreprendre une traversée hasardeuse du Tibet. Si je n’arrive pas à franchir ces étapes administratives en un temps raisonnable, je remonterai sur mon vélo sans nom, et resterai à l’écoute de mes roues qui me diront où aller…