A la découverte du monde à 20km/h…

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Chapitre 31: Croatia the Hard Way!

Je ne voulais rien ecrire avant mon retour, mais ces dernières  journées méritent bien d’être comptées ici. Je profite donc de cette traversée en ferry entre Rab et Krk pour mettre à jour mon site.
Revenons où nous en étions, à Tirana…

Albani-albano

Arrivé essouflé d’un sprint de dix jours pour réceptionner à temps mon ami Grégoire, je le retrouve devant l’opéra de la capitale albanaise. Lui aussi est essouflé. Afin de venir voyager avec moi à moindre frais, Greg a fait un véritable parcours du combattant pour arriver jusqu’ici. Porrentruy-Lausanne puis Lausanne-Milan en train. Vol Easy-jet de Milan à Bari au sud de l’Italie, 12 heures de bateau entre Bari et Duress. Pour finir, une heure de mini bus entre cette ville côtière albanaise et la capitale. Pour courroner le tout, Grégoire a taillé un carton sur-mesure pour faire entrer toutes ses affaires (porte-bagage inclus) dans la catégorie  »bagage à main ». Le steward, en constatant que le carton est bel est bien dans les normes lui lancera un  »you are big » admiratif. Il a raison.

C’est donc un Grégoire super motivé que je récupère devant l’opéra, après plus de 26 h de voyage. Avant de partir, il lui faut quand même un vélo. Grâce à une association de type  »lausanne-roule » locale, il se procure un VTT standard qui ira parfaitement pour la modique somme de 100€.  Nous passons une journée avec PiBin, qui lui passe le témoin et le lendemain, nous filons.

Première journée de vélo avec gregoire en territoire albanais. Je suis vraiment heureux de retrouver cet ami d’université. Ensemble on s’est bien amusé (mais on a aussi bien étudié ) pendant ces trois ans passés sur les bancs. Il y a deux ans, nous avions fait lausanne-paris en 4 jours et l’année passée le tour du lac Léman en vélo. Gregoire est athlétique et endurant. Même après un an de voyage cul sur selle j’espère être à sa hauteur! La première journée se passe à plat, sur une route ultra fréquentée. Le fait marquant de cette étape, c’est le nombre considérable de voiture suisses. Je vois les plaques de tous les cantons défiler devant moi, dont certaines que je n’avais encore jamais vu! Les mauvaise langues disent qu’il y a que des albanais en Suisse. Moi je pense qu’il y a trop de Suisse en Albanie!

Arrivé à Shkoder, à la frontiere avec le Monténégro, nous cherchons un endroit où dormir. Par hasard, nous tombons sur une jolie auberge aux allures de musée. Le propriétaire, ayant vécu en Belgique, parle bien français et se montre très accueillant. Nous avons l’autorisation de planter la tente dans le jardin et d’utiliser la douche du personnel. Puis, on nous prépare une série de mets locaux qui nous seront offerts par le jeune évêque de  la ville qui viendra boire un apéritif avec nous dans la soirée. Nous sommes vraiment heureux de commencer ainsi ce voyage. Cette très bonne soirée ne fait qu’affirmer ma volonté de mieux visiter ce pays encore isolé des grands circuits touristiques des balkans.

Monténégro, la beauté sauvage…

Une vendeuse de Kotor m’a dit  »Le Monténégro, c’est un littoral de 100km peuplé de gros riches russes en vacances et des petits villages pauvres dans les montagnes ». C’est assez juste. En tout cas pour ce qui est du littoral. En arrivant à Budva, on attérit en pleine station balnéaire, aux plages bondées de touristes slaves luisants de crème solaire et aux nanas qui se balladent dans la rue avec leurs matelas pneumatique. Les filles sont magnifiques, certes, mais le truc qui nous préoccupe dans l’immédiat c’est de trouver un endroit où dormir et où se doucher. Pas facile … on erre, crevé, dans les rues de la ville avant de finalement trouver un camping. On ne s’attarde pas plus dans cette ville peu accueillante et le lendemain, nous filons vers la Croatie en faisant un saut dans la jolie ville de Kotor.

Croatie

Dubrovnick, bien que la vieille-ville fortifiée soit magnifique, nous fait elle aussi fuir tant le nombre de touristes est impressionnant! Depuis l’Inde, je n’avais pas eu à subir un tel chahut dans les rues d’une ville. Nous continuons donc notre progression vers la ville de Split. Nous restons sur le continent un moment, la route est superbe, mais nous décidons d’éviter le trafic en allant s’aventurer sur les inombrables îles et les presqu’île du pays. En nous baladant sur les petites routes de la presqu’île de Peliesac, nous réalisons l’un des pire cauchemar du cycliste. Faisant confiance à la carte, j’engage notre duo sur une jolie route côtière, descendant abrutement de l’altitude de 250m à celle de 2.5m. Alors que nous arrivons au niveau des trois maisons pignon sur mer qui forment le hameau que nous devions traverser, nous réalisons que cette route est enfait un cul de sac et qu’il nous est impossible de pédaler plus loin (à moins de denicher un pédalo). Nous voilà donc parti pour une remontée assassine en plein cagnard. Dans ces moments là, je suis heureux de ne pas être seul. Grâce à Gregoire, ce petit coup dur passe avec bonne humeur. Seul, j’aurais suivi les conseils du marin du hameau côtier: jeter mon vélo à la mer…

Sur l’île de Korčula, nous décidons d’arrêter notre progression à 2×2 roues pour prendre le bateau qui rallie l’île à Split en une demie journée. C’est de cette ville que nous nous séparons: Grégoire s’en va retrouver les siens dans son Jura natal, pour ensuite s’envoler à Londres vivre les J.O from the inside. Il essaye de rapatrier son vélo en train jusqu’en Suisse en vain: sa monture reste à quai…
Encore un nouvel aurevoir avec un ami m’ayant aidé à avancer dans mon tour du monde. Comme pour Paris au Perou et pour Benoît au Vietnam, je m’en tire avec une boule au ventre et une nostalgie déjà présente les jours passés ensemble. Heureusement, cette fois-ci les retrouvailles auront lieu dans moins de trois semaines!

Seul à Split, je prends une dernière douche, me trouve un nouveau short pour remplacer mon beau Black Diamond plein de trous qui font craquer les vieilles dames de la vieille-ville, et me remet en selle. Je veux manger du kilomètre, pédaler comme un forcené, à l’image de ce que j’ai fait en Grèce pour me rapprocher de mes latitudes. En même temps, je sens que ça ne va pas être si facile que ça de reprendre un rythme de vie sédentaire et mes mains ont tendance à appuyer en cachette sur les freins pour pouvoir profiter un peu plus longtemps de ces instants passés sur les routes du monde.

Après une journée et demi de bonne progression, j’arrive en vue de l’île de Pag. Cette île, tout en long, est au première loge pour subir le vent qui vient de l’intérieur des terres et qui est violent toute l’année. Seul un maigre bras de mer la separe des immenses montagnes de la côte. Ces montagnes qui semblent sortir tout droit de l’Adriatique et qui servent de rampe d’accélération aux masses d’air continentale frappant alors la pauvre île de Pag de plein fouet quand j’y arrive.

Alors que le pont qui me permet de rejoindre l’île est en vue, je subis l’un des pire vent de côté de tout le voyage. Pour avancer, j’utilise carrément toute la moitié de la route. Les bourrasques me font virer de bord à tout instant, rendant la progression extrêmement dangereuse parmi les camping-cars. Avant de faire le grand pas et de prendre le pont qui me mènera sur cette ile aux allures si inhospitalières, je pose mon vélo quelques minutes et admire le paysage se dressant devant moi. Devant moi, une iîe désertique où le calcaire  ne laisse aucune prise pour une quelconque végétation,  à ma droite, des nuages débordants des montagnes, à ma gauche un ciel bleu paradisiaque, mais tout autour: une mer sombre et déchaînée. Je ne suis pas le seul à profiter du paysage: je rencontre a cette occasion un jeune couple de français passant des vacances dans leur voiture avec leur bébé. Il s’agit de Xavier, Hélène et Ambre. Nous sympathisons et nous donnons rendez-vous à Lun au bout de l’île pour prendre le bateau vers l’île de Rab si je n’arrive pas à regagner le continent via le port précédent.

Quand je me sens d’attaque, je reprends la barre de mon navire à deux roues et me lance à l’assaut du pont. En posant mes pieds sur l’île de Pag, je ne le sais pas encore, je vais au devant des deux des journées les plus dures de mon voyage.

Pag: « vous ne passerez pas! »

Il me faut d’abord atteindre la ville éponyme: Pag. 20km de rodéo où les bourasques de vent font tout pour me faire tomber de la route. Je peine, mais la beauté sauvage du paysage me permet d’avancer en gardant un bon moral.  Il est 19h30 quand j’arrive dans la petite ville et j’ai fait 100km. Il est impératif que je dorme à l’abri du vent. Je cherche donc un bâtiment en construction pour m’y faufiler et y planter ma tente, mais faute d’habitation en début de vie, c’est une cabane en fin de vie, à moitié écoulée qui fera l’affaire. Sûrement un ancien vestiaire,cette maisonnette m’offre un abris de piètre qualité: couverte de tags obscènes, ex-cabine de douches remplie d’excrements, elle laisse quand même passer le vent qui soulève des nuages de poussière dégueulasse. Je plante la tente dans le coin le plus propre et entre deux bourrasques, je passe une nuit peu reposante, chahuté par ce satané vent. Aussi, je ne me sens pas en securité. Durant la nuit, je me réveille en sursaut après avoir rêvé que d’autres squatteurs s’introduisaient à leurs tour dans le bâtiment pour me causer des ennuis.
Je suis bien heureux de voir le jour arriver. Le ciel est bleu mais le vent toujours plus fort. Je fais quinze kilometre, dont la moitié sur une piste en une heure et demie. Quand je vois les panneaux indiquant le port qui permet de regagner le continent, je tourne sur ma droite, et là, c’est le drame.
Cette bifurquation de 90° me jette à bras ouverts dans le souffle d’Éole. Vent de face à 100%, des bourrasques monumentales qui, même si j’ai les deux pieds plantés sur le bitume, me font reculer de plusieurs pas. Pas question de pédaler, même en poussant le vélo j’avance à peine. C’est dur, très dur, mais mon moral est au top niveau et accepte l’effort sans rechigner. C’est au bout d’une heure et demie, après avoir couvert que trois kilomètres et demi qu’une voiture venant du sens inverse s’arrête pour me dire qu’aucun bateau ne circule aujourd’hui… tout ça pour rien… je refais ces trois kilomètres en sens inverse en deux minutes et me repose dans une station service en considérant les options qui s’offrent à moi.
Je pense  d’abord à retourner sur mes pas pour récupérer la route du continent. Pour ce retour en arrière de plus de soixante kilomètres, il me faut repasser le pont et j’apprends que celui-ci est fermé à la circulation cause du vent! Pas de bateaux et pont fermé, me voilà donc coincé sur l’île jusqu’à nouvel ordre.

Deuxième option, me rendre à Lun, tout au nord de l’île et espérer qu’un bateau circule le lendemain pour rallier l’ile de Rab. Je me mets donc en route sur une route qui monte pas mal mais qui est sur le versant le moins exposé aux rafales. Le fait de me remettre en route me motive particulièrement et m’aide à digérer les frustrations de ce matin.
Lun, c’est aussi le village où doivent se trouver Hélène et Xavier, c’est une motivation supplémentaire pour appuyer sur mes pédales.

I believe I can fly

J’arrive à Lun en fin de journée après avoir traversé une forêt d’oliviers millénaires, tortueux, majestueux. Je me demande comment ils ont fait pour pousser sur cette île si venteuse.
Je retrouve Xavier, Hélène et Ambre qui me félicitent du chemin parcouru avec ce vent. Ils sont arrivés la veille et ont dormi dans leur voiture qu’ils ont ingenieusement aménagé pour y caser deux matelas et leur bébé. Nous allons boire ensemble une bière puis nous reunissons nos provisions au bord de la mer et commençons a cuisiner un festin à base de pâtes.
J’ai laissé mon vélo appuyé contre un arbre à côté de leur voiture qui se trouve sur une place de parc, deux mètres au dessus de la mer. Alors que je tourne le dos à mon deux roues après l’avoir délaissé d’une saccoche contenant le matériel de cuisine, un marin me hèle un truc que je ne comprends pas. Mais voilà, pas besoin d’être croate pour piger ce que son doigt pointé vers l’endroit où se trouvait mon vélo quelques instants auparavant veut dire. Mon vélo, poussé par le vent, a perdu son appuis contre l’arbre et s’est approché peu à peu du précipice pour finalement, toujours chargé de son chargement arrière, faire un vol plané et aller s’écraser sur les rochers qui sortent à peine de l’eau, deux mètres plus bas. Je réagis aussitôt. Je lâche ce que j’ai dans les mains et cours sauver ce qui peut encore l’être. Heureusement, les vagues sont petites et mon sac à dos est presque sec quand je le passe à Xavier qui vient m’aider. Ma tablette est sauvée, mais que dire du reste… J’avais laissé ouvert ma sacoche contenant les vêtements, sac de couchage et matelas: tout est trempé. Je suis aussi très pessimiste quand je sors le vélo de l’eau.
Avec son chargement et la chute qu’il vient de faire, je m’attends au pire, le cadre fendu ou quelque chose comme ça. Je suis rassuré quand je constate que la seule partie à avoir souffert est la roue arrière. Elle est complètement voilée, sa forme rappelle l’allure que prend une pâte pizza quand elle tournoie autour du doigt d’un pizzaiolo. Je ne peux pas la faire bouger d’un centimètre, elle est coincée dans le porte bagage arrière. Elle n’est pas fendue, c’est déjà ça!

Dorénavant, je suis complètement paralysé, je ne peux plus avancer sans l’aide de quelqu’un. J’ai quatre sacoches et un sac a dos que je ne peux transporter en même temps que sur mon vélo et celui-ci ne roulera plus jusqu’à ce que je trouve une personne capable de m’aider. Je ne sais pas trop quoi faire…
Après avoir rincé mes affaires à l’eau douce avec Xavier, nous retournons à nos pâtes que j’avale sans appétit. Xavier et Hélène qui ne peuvent pas prendre le bateau qui va à Rab avec leur voiture doivent  toute façon revenir en arrière et il me propose de me prendre avec eux jusqu’à une ville digne de ce nom pour réparer mon vélo. Je préfère tenter ma chance sur Rab plutôt que de faire demi-tour. Mon moral est toujours au top, mais je sens que perdre tous les kilomètres que j’ai si chèrement arraché ces derniers jours risque de me demotiver pour la suite du voyage en Croatie. Je suis néanmoins heureux qu’ Hélène et Xavier aient été là, car dans ce coup dur, ils m’ont été d’une aide précieuse.

Après une bonne nuit de sommeil à l’abri du vent, je me rend au petit port de Lun pour voir avec le capitaine du petit bâteau s’il est possible de prendre la mer ce matin. Il est 7h et les rafales, bien que moins fortes que la veille, obligent le capitaine à repousser le départ à dix heures, si le vent daigne se reposer un peu. J’apprends à l’occasion que la veille des rafales de 180km/h ont été enregistrée non loin des cotes, et que l’hiver passé, c’est un vent de 250km/h qui a battu l’île. Je comprends pourquoi je n’avançais pas…
Pendant ces trois heures d’attente, je me demande si l’île de Pag va vraiment me laisser partir, et quand je m’aprête à monter à bord du petit bateau, j’imagine Pag incarnée en Gandalf faire barrage sur le quai en criant:  »vous ne passerez pas! »

Rab, la résurrection

Finalement, le bateau part, et plus important, il arrive à bon port, à Rab. C’est là que je réalise à quel point je suis handicapé par ce vélo qui ne roule pas et tous ces bagages. Pour me libérer, je dépose toutes mes affaires dans le premier restaurant, puis porte mon vélo dans toute la ville, de mécaniciens en mécaniciens. Pour tous, le verdict est le même, il faut aller chez Balti, à 5 km d’ici! Je suis trempé de sueur, et mon dos me fait mal après avoir porté mon deux-roues devenu une-roue pendant plus d’une heure. La ville de Rab est pleine de campingcaristes. Je décide de tenter ma chance à une station service, allant de camping-car en caravane, faisant l’omonne d’une course de quelques minutes. Après avoir été remballé plusieurs fois, un tchèque de quarante ans accepte de m’aider et ensemble nous cherchons pendant une bonne demie heure l’ « Atelier Balti ».
L’atelier en question, c’est un garage encombré de motos et quelques vélos. Un jeune s’occupe de réparer un scooter: Mirko. En me voyant arriver avec mon vélo infirme, Mirko fait un  »ohoh » qui veut dire « il en a pris un sacré coup ton vélo, ça va être dur de faire quelque chose… ». Je ne suis pas rassuré.
Quand Mirko met le vélo sur le trépied, je me ronge les ongles tel un père qui voit son fils partir en salle d’opération. Chirurgien-Mirko s’en rend compte et me sort une bière bien fraîche. Ça m’aide, car ce qui va se dérouler devant mes yeux ne va pas arranger l’état de mes nerfs: Mirko touille les rayons: rien ne change, alors pour que la roue arrière retrouve une forme un peu plus ronde, il la met par terre et saute dessus. Il la coince dans un porte et donne des coups d’épaule dedans. Je me demande comment la roue fait pour ne pas se casser définitivement. Au bout de dix minutes de torture, il dit:  » it’s ok now ». Je n’en reviens pas: mon vélo revient dans le monde des valides! Mirko, vrai gentleman, me félicite pour mes 13 ‘000 km et refuse que je lui paie l’opération.

Reprenant la route, je chante à tue-tête la chanson Bike de Pink Floyd et me mets en route s’en tarder. Pas de vent, je vole! Un bateau part à 18h depuis l’autre coté de l’île pour aller sur l’île de Krk  (j’adore le nom, pas vous?), je le prends. Après cette traversée de 3h (où je commence la rédaction de ce chapitre, cf. tout en haut de la page) je pédale encore quelques heures, de nuit, simplement heureux de rouler.

Miro: le retour du Yeti

La roue arrière n’a pas totalement regagné sa forme originale et est toujours un peu ovale. Je m’arrête donc à Rijeka, dernière grande ville croate avant la Slovénie dans le magasin Giro.  C’est un ami de Mirko qui s’occupe de ma roue pendant plus de quarante minutes. C’est du travail de précision, des rayons sont changés, mais rien n’y fait, la roue restera ovale toute sa vie. Peu importe, la maison n’est plus très loin!

En entrant en Slovénie, je passe des paysages secs et méditerranéens de la Croatie à ceux montagneux et verts de la Suisse. Je subi vraiment un choc en pedalant en Slovénie, avec ces petits villages entourés de forets de sapins ou d’alpages, ces routes propres, cette conduite calme et posée et ces paysans farouches c’est comme si j’étais catapulté au Pays d’en Haut. Pour la première fois depuis longtemps, il pleut, et j’accueille ce miracle du ciel (après cinq mois à pédaler au soleil, ça ressemble bel et bien à un miracle) les bras ouverts!

J’aurais pu zapper la Slovénie en la traversant au niveau de la mer pour rejoindre Trieste en Italie. Cinquante kilomètres de Slovénie, ça me semblait trop peu. Mais surtout, ceux qui ont lus toutes mes aventures se souviendrons de Miro, ce montagnard, mi-slovène mi-yeti, rencontré au Népal. Je lui avait dit que je le visiterai quand je serai dans son pays. Un crochet de 200 km s’impose donc pour rejoindre Jesenice, non loin de la jolie ville de Bled.
Quand j’arrive chez Miro à 21h et après avoir traversé son pays en un jour et demi, je suis k.o. Miro est très heureux de me revoir. De tous les personnes qu’il rencontre durant ces voyages (il part en Asie six mois par ans), je suis le second seulement à venir le voir. Après un  »Hug » de retrouvaille, il me montre aussitot ses photos de voyage, et me récite les prix de toutes les choses qu’il a acheté lors de ces dernières vacances en Iran, au Népal, en Turquie ou en Inde. Je ne suis pas douché et mon ventre est vide (comme son frigo). Peu importe, pour Miro c’est secondaire. J’avais oublié que Miro était différent de toutes les personnes rencontrées jusqu’alors. Il fait très rustre et bête sauvage avec ces vêtements déchirés et sa barbe de trente ans, mais c’est l’une des personnes les plus touchantes et des plus amicales que j’ai rencontré durant cette année.
Il me glisse aussi, alors qu’il me montre la douche, que demain on se lèvera à trois heures du matin pour faire l’ascension de son sommet fétiche: Jalovec (2645m), qu’il a gravit 251 fois en cinquante neuf ans! Je crois qu’il blague au début, car je suis vraiment rincé de ces derniers jours vélos et mes cuisses ne demande qu’une chose du repos!
Pourtant, m’y voila bien, le lendemain, dans sa voiture à 3h30 du matin en route pour une marche de  »seulement 7-8h aller-retour  ». On la fera en 14h.
La marche est magnifique, et la moitié est du style via-ferrata sans assurage. J’aurais pris vraiment du plaisir si j’avais dormis plus de trois heures et si mes cuisses ne s’étaient pas mises à trembler dés la deuxième heure de marche. Je les sens si faible que je crains pour ma sécurité dans les descentes. D’ailleurs souvent il me dit en montrant un falaise: « I lost a friend there « . Sacré Miro,  et moi qui pensait me reposer en passant chez lui!

Je quitte Miro et la Slovénie avec des jambes si courbaturées que le seul moyen de déplacement qui ne me fasse pas mal est…le vélo! Ca tombe bien. J’entre en Italie, et j’ai vraiment envie de me donner à fond pour ces derniers kilomètres avant la Suisse !

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Chapitre 30: Sprint

Ces derniers jours, tout s’est precipité, et je ne trouve presque jamais de temps pour  »faire mes devoirs », à savoir écrire un nouvel article. Voyons ce que j’arrive à faire aujourd’hui…

PiBin, in and out

je vous avais laissé alors que je m’appretais à quitter Istanbul. Le départ était fixé après la finale de l’euro, le 1er juillet. Ce ne sont pas les klaxons espagnols qui m’ont tenus éveillés jusqu’à tard dans la nuit (car inexistants dans cette partie du monde), mais la perspective de quitter le lendemain cette ville si particulière m’empêcha de laisser filer quelques précieuses secondes dans un lit à ne rien faire. Je me balade de nuit dans les rues de Taksim qui me rappellent légèrement les ruelles à flanc de Cerros de Valparaiso.
Je suis près à partir vers 11h du matin, et c’est alors que, coup de théâtre, je reçois un message de PiBin. Il vient de recevoir son visa pour l’espace Shengen et sera à Istanbul prêt à pédaler avec moi dès le lendemain. Je défais donc mes sacoches et m’accorde une journée de plus pour l’attendre. Je me réjouis de retrouver PiBin et partager avec lui les plaisirs du voyage. PiBin est bel est bien le compagnon de voyage parfait.
Nous nous retrouvons donc prêt à partir le 2 juillet, et là, la course commence. Mon ami d’université Grégoire prevoit de me rejoindre à Tirana pour pédaler avec mois une dizaine de jours. Tirana, capitale de l’Albanie, est à plus de 1’100km d’Istanbul et je dois y etre le 12 juillet, dans 9 jours. Je dois donc mettre le turbo et inciter pibin à en faire autant.
Les premiers jours avec pibin sont super, on se marre toujours autant, et la chance nous souri tous les jours. Pour une des siestes de PiBin,  nous nous allongeons sur la pelouse devant un centre de distribution de fruit secs; le patron vient voir qui sont ces hobos qui empietent sur son territoire, mais au lieu de nous mettre dehors il nous mène  à la cafète de l’entreprise, nous sert deux bols de çorba puis nous remet 850gr des meilleurs abricots secs de Malatya. Il y en a pour 15€. Ces abricots me serviront de carburants de luxe pour la semaine qui suit.
Apres une autre sieste, à l’ombre des arbres qui entourrent une petite mosquee de village, l’Imam, jeune dynamique et anglophone nous invite pour boire un çay. Je lui demande la permission d’aller jeter un oeil dans la mosquée. L’Imam nous fait une visite guidée, nous explique où et comment prient les fidèles, et surtout nous laisse monter en haut du minaret qui surplombe la mer Marmara. Avant de partir, il nous remet un beau coran et un chapelet coranique.

Sprint greco-mecédo-albanais

Malgré tout, quelque chose ne va pas lors de cette chevauché avec Pibin à travers la Thrace: on n’avance pas, ou en tout cas pas assez. Il faut faire au moins 120km pour arriver à temps à Tirana et là, nous faisons du 80km/jours au max. PiBin ne peux rouler lors des heures les plus chaudes de la journée et moi, j’enchaine crevaison sur crevaison. Mes rustines se decollent à cause de la chaleur. Alors que je n’avais crevé que trois fois jusqu’alors, je me retrouve le pneu arrière à plat cinq fois en deux jours. Je suis contraint de réparer mes chambres à air en plein soleil face à 5 chiens errants géants et affamés qui attendent que je leur jette quelques bouts de pains.
Pibin est trop lent, jusqu’alors cela ne me gênais pas, et je préférais même voyager à son rythme,  mais là je veux arriver à temps pour réceptionner Grégoire à Tirana. Je dis donc à PiBin que je compte continuer seul afin de pouvoir tout faire en vélo, tandis que lui prendra un bus de Thessaloniki en Grèce pour me rejoindre en Albanie quand Grégoire sera là. Il veut le rencontrer et nous ne voulons pas nous dire adieu maintenant.
Je passe seul la frontière turco-greque le 6 juillet, après avoir traversé la patrie d’Atatürk d’Est en Ouest, a vélo et parfois en bus. Les 1’200km de ce parcours, je les aurais fait le trois-quart du temps avec mon ami chinois à mes côtés.

C’est parti pour la Grèce! J’ai 390km à couvrir pour arriver à Thessaloniki, deuxième ville du pays. Je trace donc, retrouvant le rythme adopté en début de voyage, en Espagne. Il fait super chaud, mais cette fois je suis adapté et peux pédaler même lorsque la température fait fondre le bitume. Pour aller plus vite, je roule sur l’autoroute. Pas d’ombre, pas d’eau, pas de stations service. Rouler sur une autoroute en Grèce est synonyme de traversé du désert. Tous les 30km il y a une sortie qui rejoint une station service au centre d’un village ou je me repose et remplis mes gourdes. Je traverse de jolies villes, comme Kavala, mais je ne prends pas le temps de visiter, je dois pedaler. Je dois arriver à Tirana à temps…
Malgré ce sprint, je fais quelques jolies rencontres, comme le jour où une voiture s’est arrêtée et qu’un jeune couple un peu bizarre m’a demandé:  »do you have money? ». Prudent, je réponds par la négative. Aussitôt, la fille me tend un billet de 10€, trois bières, du pain et de l’eau. Sympa!

Après 390km en trois jours depuis la frontière, j’entre à Thessaloniki le dimanche 8juillet. Mais voilà, j’ai voulu aller vite, et du coup je souffre du derrière comme jamais. Le sel de la sueur à fait des dégâts et je sens que si je ne veux pas ranger ma selle dans la catégorie  »instruments de torture » je dois laisser le tout reposer une journée. Ainsi, je perds une journée, je dois donc prendre le bus jusqu’à la frontière macédonienne. Fichtre! J’étais super motivé pour ne pas prendre de véhicule jusqu’en Suisse … donc voilà, le 10 juillet, j’entre en Macédoine, il me reste plus de 250km de collines avant d’arriver à Tirana. Trop juste. Lorsque les montées sont trop longues, je lève le pouce tout en pedalant et monte par trois fois dans des pick up pour liquider des montées trop longues.

En Macédoine, les paysages sont magnifiques, très verts, et je regrette de ne pas m’y attarder. A partir de la ville d’Ohrid, au bord du lac du même nom, je retrouve les villes et les régions que j’avais traversé en bus avec Robin il y trois ans, ce qui offre quelques moments de nostalgie. Lors de ce voyage sac au dos, en bus et train, je prévoyais déjà entrer en Europe par ce chemin. Ça fait bizarre d’y être enfin, cela semble si lointain!
Ohrid est magnifique, et je décide de mettre en pratique ce que PiBin m’a enseigné dans l’art du camping urbain. Je repère une petite église surplombant le lac et dors ainsi face à cette immensité d’eau, entre les maisons mais à l’abri des regards.

En entrant en Albanie, je rencontre une multitude d’autres cyclistes, qui voyagent à travers les balkans. Certains prevoyent même d’aller en Asie. Ça fait plaisir de rencontrer des collègues, mais ces rencontres sont néanmoins moins chaleureuses qu’en Iran ou au Nepal…
Le 11 juillet au soir, je boucle enfin ce marathon de 9 jours entammé à Istanbul. Tout n’a pas été fait à vélo, mais bon, no choice.

Je mets une croix sur des retrouvailles avec mon ami chinois lorque je découvre les mails de PiBin (malade, bloqué à Xanthi, perdu en Grèce), mais voilà,  alors que je cuisine mes pâtes dans, la cuisine de l’auberge, coup de théâtre! Mon téléphone sonne, c’est PiBin, survolté, qui m’annonce qu’il arrive à Tirana dans la demie heure. Il a fait du stop depuis la frontière sud avec la Grèce, et a remonté toute la cote adriatique en compagnie de travailleurs albanais qui sont allé jusqu’à le déposer devant la porte de l’auberge.
PiBin est là, Grégoire arrive demain. Joie.